L’Opposition républicaine est la voie la plus raisonnable en démocratie (PAR PROF BANYAKU LUAPE EPOTU

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oppLe Pacte Républicain est l’engagement pris par toutes les parties prenantes aux dernières Concertations Nationales et pour lequel la cohésion nationale  trouve son fondement politique et social. C’est donc une avancée dans la vie politique ou la praxis politique de notre République Démocratique.

Il est ainsi reconnu que la République, au delà de l’Etat dans ses constituants génériques, à savoir, le gouvernement, la population et le territoire, se trouve ses propres règles  de conduite dans l’exercice du pouvoir par la majorité au cours d’un mandat et s’imposer de bonnes manières à préparer l’alternance politique en gagnant les élections à terme échu par l’opposition.

 La République ne peut être démocratique que sous les deux conditions suivantes. D’une part la majorité devra s’efforcer premièrement  à améliorer ses capacités de gestion de la chose publique sans  autocratisme, ni écrasement de l’opposition et moins encore tout abus de jouissance stérile ou improductive du pouvoir ; deuxièmement à respecter l’équilibre institutionnel entre les organes classiques du pouvoir et troisièmement à promouvoir les  droits humains et sociaux, ainsi que la protection de l’environnement. D’autre part, l’opposition démocratique devra se montrer efficace dans ses contributions critiques ou positives face à l’exercice du pouvoir par la majorité, sans tomber dans un antagonisme puéril ou sensationnel ni afficher un  arrivisme putschiste ou machiavélique.

Cet effort de part et d’autre pour une démocratie apaisée et responsable ne peut être soutenu que lorsqu’il y a une tolérance réciproque et une volonté de construire utilement le destin commun des citoyens dans un esprit de partage et de cohésion nationale.

L’exercice du pouvoir doit être assumé comme un devoir, une responsabilité et une comptabilité pour les Tenants de pouvoir dans le sens du bien commun ou de l’intérêt général et l’alternance politique comme une nécessité pour l’opposition de maintenir la compétitivité  politique et de corriger les erreurs commises dans l’exercice du pouvoir par la majorité ou de montrer les voies à faire mieux.

L’hooliganisme politique, qui consiste à  organiser de la violence sur la scène politique dans le seul but de vouloir gagner à  tous les coups ou de chercher à gagner en dehors les règles de jeu démocratique admis par tous est très peu recommandable pour tous les acteurs politiques de la majorité et de l’opposition.

De  même, le viscéralisme politique, qui consiste à vouloir manger à tous les râteliers sous multiples prétextes d’activisme ou de perfectionnisme autoproclamé de certains acteurs pour participer coûte  que coûte à  l’exercice du pouvoir est une très mauvaise pratique politique voire même anti-démocratique.

La République Démocratique du Congo vit son apprentissage démocratique depuis seulement cette première décennie d’expérience, dont la première mandature a été marquée  par une cohabitation gouvernementale au sein d’une majorité fébrile ou fragile et pendant les deux législatures par une cohabitation parlementaire entre deux Présidents de l’Assemblée Nationale sortis de la majorité et un Président du Senat sorti de l’opposition.

            Il peut être également  évoqué  la cohabitation presque dans toutes les Provinces entre les Gouverneurs issus de la Majorité et  les Présidents des Assemblées provinciales issus de l’opposition ou inversement, ce qui n’a pas donné de bons signes d’efficacité parlementaire ou de grands effets de bonne gouvernance en province.

            Si l’on ajoute  le fait que toutes les Hautes Directions des Entreprises Publiques transformées en Sociétés commerciales privées  ou patrimonialisées par les heureux Mandataires intérimaires permanents, ainsi que celles de grands Services Publics fonctionnent jusqu’aujourd’hui sous régime de partage 1+4 entre la majorité et l’opposition avec le plus grand pillage organisé jamais connu depuis l’indépendance de notre Pays.

Alors de grâce ! Et s’il vous plaît ! Restons en là et ne fabriquons plus d’autres nouvelles cohabitations en plein cours  du mandat, sans pourtant exclure des ouvertures politiques à des personnalités patriotes, compétentes ou expérimentées de l’opposition, tel que l’a clairement exprimé  le Président de la République. Mais, il n’est pas politiquement bon de vouloir en faire une règle de rebondissement ou de retour aux affaires publiques par la ruse de certains acteurs de l’opposition qui veulent encore aujourd’hui user de l’impropre modèle de la démocratie consensuelle longtemps vécu sous forte cure de la rigueur pour codiriger le Pays dans un forcing politique. Eh bien Nenni !

            La majorité a la responsabilité historique de gagner son pari de reconstruction nationale et de dialogue social pour l’emploi, l’éducation et les soins de santé engagé dans son programme du mandat en cours avec souhait de meilleure performance aux prochains mandats. L’opposition a aussi la grande responsabilité de valider l’alternance politique en affutant  son programme d’actions pour se faire désirer par les congolais  aux prochaines échéances électorales. C’est cela le sens profond de la compétition démocratique dans l’exercice du pouvoir par la majorité et dans la préparation de l’alternance politique par l’opposition républicaine en pleine gestation.

            Tout raccourci politique et tout transfuge machiavélique ne peuvent pas être bénéfiques pour notre jeune démocratie et pour la Nation congolaise en quête d’une plus grande cohésion nationale dans l’assainissement des mœurs politiques et valeurs démocratiques.

            Dans la préface de « La Lettre Ouverte à Masire », le Professeur Kaumba rappelle l’interrogation du Président Laurent Désire Kabila adressée à la classe politique congolaise en ces termes : « Messieurs les politiciens, qui vous a dit que vous êtes des dieux  pour subordonner toute issue politique à la préservation de vos intérêts privés, en pervertissant les mécanismes démocratiques de la compétition »,

            Ainsi, l’option levée d’une «  opposition républicaine » est une grande avancée démocratique pour marquer les bonnes et nettes lignes entre la Majorité au pouvoir et l’Opposition en attente d’une alternance politique par les élections voulues libres et transparentes par tout le peuple congolais.

            A mon sens, les leçons tirées  de l’histoire politique de la transition démocratique depuis la libéralisation politique consacrée d’ avril 1990, nous donne trois grandes indications sur les stratégies menées par le Pouvoir et l’Opposition.

            La première indication est celle de la mise en place d’un Gouvernement des Technocrates. En effet, la tendance du Pouvoir à s’appuyer sur un gouvernement des Technocrates pour éviter de composer avec l’Opposition n’a jamais résolu le problème fondamental de représentativité populaire des Partis Politiques engagés au changement radical selon les aspirations diffuses des populations. Ainsi, les gouvernements de Lunda Bululu et Mulumba Lukoji de mai 1990 jusqu’en juillet 1991 n’ont pas réussi à affronter ni résister à la grogne populaire soutenue par les Partis Politiques de l’Opposition. Bien au contraire l’opposition s’est radicalisée et  le 18 juillet 1991, il est créé  l’Union Sacrée de l’Opposition radicale.

            La deuxième indication est celle d’une cohabitation difficile entre les Partis du Pouvoir et ceux de l’Opposition radicale au sein d’un Gouvernement d’Union Nationale. Et même le compromis global et inclusif conclu le 31 juillet 1992 ou encore les Accords de Gbadolite  du 22 novembre 1992 n’ont jamais abouti à un acte constitutionnel devant régir la transition politique ou la décrispation politique entre le Pouvoir et l’Opposition. L’entrée au Gouvernement d’Union Nationale du Leader de l’Opposition radicale le 15 août 1992, Etienne Tshisekedi après l’échec de septembre 1991, tout comme sa reconduction en décembre 1992 n’ont pas créé un climat d’apaisement politique et moins encore la stabilité du Gouvernement d’Union Nationale.

            La troisième indication porte sur les divisions de l’Opposition qui n’ont apporté non plus aucune stabilité politique ni efficacité gouvernementale. Nous citerons pour exemples celle intervenue entre l’Opposition de l’Union Sacrée Radicale sous le leadership d’Etienne Tshisekedi et l’Union Sacrée de l’Opposition Libérale et Démocratique en novembre 1991 sous le leadership de Nguz-a-Karl-i Bond ou encore entre la première et certains Leaders de l’Opposition regroupés au sein des Forces Politiques du Conclave  sous la conduite de Birindwa en mars 1993, à laquelle s’ajoutera celle survenue à la suite de la rupture entre l’Union Sacrée de l’Opposition Radicale et l’Union pour la République et la Démocratie sous le leadership de Kengo wa Dondo.

            La conclusion est que le débat  sémantique sur la qualification de l’Opposition radicale, de l’Opposition libérale et de l’Opposition républicaine ou démocratique pendant la transition risque de nous ramener en arrière par rapport aux acquis démocratiques tirés d’élections de 2006 et 2011. Les lignes de différenciation politique s’établissent en termes de la Majorité qui gouverne et l’Opposition qui se met en position d’alternance politique pour les prochains mandats, afin d’éviter tout statut de « chauve-souris » dans l’une ou l’autre catégorie politique.

            Quand on n’est plus d’accord avec la Majorité en cas de désapprobation totale, alors on quitte pour entrer à l’Opposition. Et lorsqu’on aspire à gouverner au sein de la Majorité, on quitte l’Opposition pour rejoindre la Majorité. Il n’est pas moral de chercher à avoir « et le beurre et l’argent du beurre », dit-on.

            Procéder autrement par des marques déposées d’appellation de l’opposition radicale, libérale ou républicaine ne peut résoudre la question fondamentale de la démocratie en RDC. Mais cela constitue peut-être un alibi politique pour revenir au fétichisme du partage équitable et équilibré des postes entre le Pouvoir et l’Opposition. C’est un combat d’usure que seuls les amnésiques ne semblent pas comprendre, comme le dit souvent l’enseigne éducative de la RFI : « Ecouter ! Apprendre ! Comprendre ! »

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