L’omission des délégués à la Table Ronde Politique : Oubli, méprise ou mauvaise foi ?

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Qui peut-on appeler pionniers de l’indépendance ? C’est en tout cas tous ceux qui ont pris part active comme délégués principaux et leurs suppléants aux travaux de la Table Ronde Politique tenue à Bruxelles en 1960. Ce sont eux qui ont négocié au nom du peuple congolais les modalités et même la date de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale. Le Phare a eu le privilège de publier le lundi 28 juin 2010 la liste de ces compatriotes qui ont effectué le déplacement de Bruxelles afin d’obtenir l’indépendance du pays. La même liste reprenait les noms des personnalités politiques belges qui avaient été en face des congolais pour cet évènement historique dont le pays fête aujourd’hui le cinquantenaire.

 

Oubli, méprise ou mauvaise foi ?

 Quelle n’a pas été la surprise des millions des Congolais de ne pas retrouver des noms célèbres de ceux qui ont négocié à la Table Ronde Politique cet évènement d’une portée historique sur la liste des personnalités que le président de la République a décorées le jeudi 1er juillet dernier au Palais de la Nation ! C’est le cas de ceux qui sont encore en vie, dont notamment Albert KALONJI Ditunga, co-fondateur du MNC et qui, après la scission de ce parti en 1959, fut chef de la délégation du MNC/Kalonji dans laquelle faisaient partie Joseph ILEO, Pierre Ngandu et Cyrille ADOULA aujourd’hui décédés. Cet homme est entré dans l’histoire de la RDC pour avoir proclamé en septembre 1960 la sécession du Sud Kasaï et sera, sous la première République, ministre sous les gouvernements de Cyrille ADOULA et Moïse TSHOMBE. Et plusieurs fois député, sénateur et membre du Comité Central du MPR. Il joua un rôle capital pour mettre fin aux troubles ethniques au Kasaï. Vivant aujourd’hui en France, ses enfants exercent dans les affaires à Kinshasa et Mbuji Mayi. L’histoire n’oubliera jamais la prudence et la sagesse avec lesquelles les autorités de l’Etat Autonome du Sud Kasaï, notamment lui-même Kalonji, Joseph NGALULA et Etienne TSHISEKEDI, avaient flairé le piège leur tendu par le Groupe de Binza en leur envoyant un colis dangereux contenant Patrice LUMUMBA et ses deux compagnons de martyre, à savoir OKITO et Maurice MPOLO. Ce piège mortel visait à leur faire endosser l’assassinat de celui qui avait été présenté comme commanditaire du massacre de la Cathédrale de la Bonzola en décembre 1960. Albert KALONJI ordonna aux responsables de l’aérodrome de Bakwanga de ne pas autoriser l’atterrissage de l’avion qui transportait le colis spécial qui prit ensuite la direction d’Elisabethville, capitale de l’Etat sécessionniste du Katanga où les trois personnalités furent assassinées le lendemain de leur arrivée.

 On ne comprend pas pourquoi le Comité Scientifique du Commissariat Général du Cinquantenaire l’a omis sur la liste des pionniers de l’Indépendance. De même, ceux qui sont décédés auraient été honorés à titre posthume comme cela a été le cas pour cardinal Joseph-Albert MALULA et Simon KIMBANGU. Pire encore, on a même oublié VITA KIMPA, la vaillante femme qui organisa la résistance face aux portugais au 17ème siècle. Elle est pour les congolais et la angolais l’équivalente de Jeanne d’Arc qui fur brûlée vive par des extrémistes catholiques alors que son héroïsme avait mis en déroute les forces anglaises au 16ème siècle. Albert MALULA, encore jeune abbé, on le sait, est connu comme celui qui avait lancé l’idée d’un club de réflexion dénommée  « la Conscience Africaine » vers le début des années 50 en regroupant des jeunes intellectuels congolais comme Joseph ILEO et Joseph NGALULA dans le but de forger l’émancipation politique. Ce groupe créa un organe de presse écrite dans lequel étaient publiés des articles vantant les valeurs et les mérites de la conscience noire. Nul n’est besoin de rappeler le martyre de Simon KIMBANGU que l’on laissa mourir à petit feu dans la sinistre prison de BULUWO près de Likasi à l’issue d’un simulacre de procès pour avoir revendiqué la liberté du peuple noir.

Falsification de l’histoire

 Un coup d’œil sur la liste des délégués congolais aux travaux de la Table Ronde Politique de Bruxelles renseigne que deux des quatre personnalités décorées le 1 juillet dernier au Palais de la Nation par le chef de l’Etat n’ont pas effectué le déplacement de la Belgique. Il s’agit du patriarche Antoine GIZENGA et de Christophe GBENYE. Le premier qui était pourtant président du PSA avait préféré se rendre à Moscou où il passa tout son temps à accorder des interviews aux médias de la place. Il ne revint au Congo que lors des élections législatives grâce auxquelles il décrocha le poste de vice-premier ministre en charge de la Défense nationale dans le tout premier gouvernement de la République indépendante. La délégation du PSA comprenait Cléophas KAMITATU, Sylvain KAMA, Jean MABITI avec comme suppléants Valentin LUBUMA et Christian MAFUTA.
 Christophe GBENYE, président provincial du MNC/ Lumumba pour la province Orientale fut gratifié du siège de ministre de l’Intérieur dans le même gouvernement. Il n’a jamais fait partie de la délégation du MNC/ L à Bruxelles, aussi bien lors de la table Ronde Politique que lors de la table Ronde Economique, même comme délégué de la province. Selon la liste publiée, la province Orientale fut représentée par M.M. François KUPA, SABITI Mabe avec comme suppléants BOSSAMBO Yaele, Joachim BATEKO et Joseph LIONGA. Tandis que la délégation du MNC/ L à la Table Ronde Politique comprenait Patrice LUMUMBA, Joseph KASONGO et Jean YUMBU avec comme suppléants Sébastien IKOLO, Jean FINANT (Père de feue ABETI Masikini, artiste musicienne de renommée internationale) et Bruno BUKASA décédé il y a quelques mois. Mario CARDOSO, MOBUTU Joseph, Antoine KIWEWA et MUSAMPA Raphaël faisaient partie de la délégation du MNC/L à la Table Ronde Economique.  Nulle part la trace de Christophe GBENYE ni celle d’Antoine GIZENGA comme pionniers de l’indépendance. Pourquoi le comité scientifique pourtant dirigé par un historien de renommée internationale n’a pas présenté les noms de toutes les personnalités ayant été à ces deux Tables Rondes tant politique qu’Economique ? Car, qu’on le veuille ou pas, ce sont ces hommes qui sont les vrais pionniers de l’Indépendance de ce pays. C’est la même erreur que l’on a commise lors de la cérémonie du cinquantenaire du parlement en oubliant de signaler le rôle combien salutaire des treize parlementaires pour l’avènement de la démocratie en RDC. Comme dit un proverbe de chez nous : « l’histoire ne pardonne pas ceux qui refusent de corriger leurs erreurs ». La balle est dans le camp du comité scientifique du Commissariat général du Cinquantenaire pour apporter des correctifs. L’unité et la concorde de la nation se mesureront à cette aune.  
    
    

Fidèle Musangu

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