Loi d’amnistie : des interférences déjà au rendez-vous

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images-Parlement_RDC_135797760_137179868On pouvait s’attendre à tout, sauf à des interventions émanant des autorités politiques pour réclamer le retrait de telle ou telle personnalité du bénéfice de la loi d’amnistie. Une loi dont les débats pour son examen et son vote au Parlement  ont provoqué des passions, des émotions et des rancœurs de tous genres qui ont failli réveiller les démons des haines provinciales, intertribales et interethniques qui ont endeuillé la nation à des moments sensibles de son histoire, avec comme risque inattendu et indésirable de voir voler en éclats cette richesse incommensurable nous léguée par nos ancêtres. A la grande satisfaction de ceux-là qui ne rêvent que de la balkanisation de notre pays. 

 Chaque jour qui passe nous surprend par des lettres émanant, aussi curieux que cela puisse paraitre, de certaines autorités administratives et politiques réclamant la tête de tel ou tel compatriote en état de détention ou déjà condamné pour des faits devant bénéficier de cette loi d’amnistie.

 C’est le cas parmi tant d’autres de cette lettre écrite le 27 janvier dernier par un gouverneur de province à Mme la Ministre de la Justice et Garde des Sceaux pour lui demander « de biffer des noms de certains compatriotes qu’il traite des fils égarés de la liste des personnes amnistiables pour prétendre assurer la paix et redonner le sourire à la nation congolaise ». Aux yeux de ce gouverneur de province dont nous taisons le nom, si ces compatriotes bénéficient de cette loi d’amnistie, la province où ils évoluent ainsi que ses habitants ne connaitront jamais la paix ni le sourire.

  Pour assoir sa demande, il va jusqu’à prétendre que ces compatriotes « sont des récidivistes qui ont été dans le passé détenus plusieurs fois pour des faits insurrectionnels et actes de rébellion et qui continuent d’assurer tout autant des liaisons entre ces groupes et milices étrangers évoluant à l’Est ».   Et d’ajouter que « ces mêmes compatriotes continuent, à partir de leurs lieux de détention, à apporter le soutien et appui par le biais de leurs complices ».

A ce stade des débats, la question qui se pose est celle de savoir quel dividende politique ce gouverneur tirerait de sa démarche, étant entendu que d’une part sa lettre a été expédiée en copies à d’autres autorités censées intervenir dans le processus de la sélection des compatriotes devant bénéficier de cette loi d’amnistie. D’autre part, quels sont les arguments ou moyens de droit que les autorités chargées de ce travail de sélection des amnistiables pourraient avancer pour justifier le retrait de tel ou tel compatriote du bénéfice de cette loi d’amnistie ? En sachant d’avance que les amis, connaissances et membres des familles de ces compatriotes ont déjà élaboré des mémoires en défense à déposer, le cas échéant, devant la table de l’une des chambres de la Cour Suprême siégeant comme Cour de Cassation. En y joignant pourquoi pas et probablement une copie de cette lettre du 27 Janvier 2013 comme preuve de l’ingerance maladroite d’une autorité du pouvoir politique dans les affaires du pouvoir judiciaire.

 A ce rythme et si l’on n’y prend garde, il y a à craindre que de centaines de nos compatriotes courent le risque de ne pas voir leurs noms figurer sur les listes des bénéficiaires de cette loi d’amnistie. Alors que c’est l’une des conditions imposées non seulement par le bon sens mais surtout  par nos partenaires de la communauté internationale pour assoir définitivement la paix et la stabilité en RDC.  Ce qui va aggraver les rancœurs et les complots des règlements des comptes à l’occasion d’un évènement politique quelconque. La mémoire collective ne souhaite plus revivre les violations des accords d’amnistie en faveur de feu Pierre MULELE et ses compagnons ainsi que le groupe des officiers ex-diabos katangais conduits à Léopoldville en 1968 par le Colonel Tshimpola et qui furent exécutés et torturés sauvagement à l’issue d’un procès sommaire et expéditif aux Camps Kokolo et Tshatshi. Il est temps que le pays revienne à la paix et à la stabilité pour permettre à ses fils et filles de se mettre au service de sa reconstruction.

F.M.        

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