Logements sociaux à Kinshasa : la supercherie

0
624

Les projets des logements réellement sociaux ont cessé d’exister à Kinshasa depuis la disparition de l’OCA (Office des Cités Africaines) à la fin de la colonisation belge et la faillite de l’ONL (Office National de Logement) dans les années’80. A l’époque de l’OCA d’abord et de l’ONL ensuite, les maisons à crédit étaient à la portée des gagne-petit. C’est ainsi que des chauffeurs, des menuisiers, des enseignants du primaire et du secondaire, des fonctionnaires, des infirmiers, des cordonniers, des maçons, des charpentiers, des mécaniciens, des électriciens, des plombiers, des ferrailleurs, des ajusteurs des briquetiers…avaient pu accéder à la propriété immobilière dans des communes telles que Kintambo, Bandal, Kalamu (Matonge, Kauka, Yolo), Lemba, Matete, Kinshasa, Barumbu, Ndjili, Kasa-Vubu, Ngiri-Ngiri. Il suffisait au Congolais de justifier d’un emploi connu et d’être marié pour être éligible au fameux « Fonds d’avance », une formule de crédit-maison destinée aux masses populaires.

 Mais, depuis plusieurs décennies, les gouvernants qui se succèdent au pouvoir font beaucoup de bruits autour de la politique nationale de logement à caractère social sans passer aux actes. On assiste même, ces dernières années à Kinshasa, à une vaste supercherie de la part des soi-disant entrepreneurs immobiliers ayant dans leurs agendas la construction des logements sociaux. En réalité, l’on a affaire à des chasseurs des terrains qui courent après des lotissements à acquérir gratuitement.

Rimmokin : la grande farce

 Il y a cinq ans, Kinoises et Kinois assistait à la naissance de Rimmokin (Régie Immobilière de Kinshasa), qui devait exécuter, pour le compte de l’Hôtel de Ville de Kinshasa, un programme spécial de construction des logements dits sociaux. Des espaces lui étaient attribués à Kinkole et à Ndjili-Brasserie. Et, sous prétexte d’ériger des maisons à titre d’échantillon, Rimmokin avait jeté son dévolu sur l’espace vert confiné entre les avenues Kasa-Vubu, Sendwe et Funa, au Pont Kasa-Vubu, créant du coup un conflit foncier avec l’’ex-OCPT qui en revendiquait la propriété. Sans avoir investi un seul sou dans l’immobilier, cette nébuleuse s’était permise d’ouvrir un front contre la succession Moleka, en voulant lui arracher les galeries du 24 novembre, sur l’avenue du Commerce, à Gombe.

Une campagne tonitruante de souscription avait même été lancée à l’hôtel Memling, pour des cités ultramodernes dont la villa la moins chère était évaluée à 25.000 dollars américains. Sur maquettes, le projet paraissait tout beau. Mais, après une longue et vaine attente, aucune maison-témoin n’a poussé des terres ni au Pont Kasa-Vubu, ni à Ndjili-Brasserie, encore moins à Kinkole. Le label Rimmokin, très visible alors au croisement des avenues Kasaï et Marché, à Gombe, a disparu dans la nature, sans crier gare. Même alors, souscrire à un logement social à 25.000 USD, ce n’est pas à la portée du Congolais moyen vivant à Kinshasa.

Adieu la pépinière de Bandal

 Après avoir longtemps résisté, les maraîchers et maraîchères de la pépinière de Bandalungwa ont fini par jeter l’éponge face à des investisseurs immobiliers jouissant du soutien total du Gouvernement central et de l’Hôtel de Ville, au motif qu’ils étaient porteurs de grands espoirs dans le secteur des logements sociaux. Effectivement, une cité ultra moderne est en chantier sur le flanc de l’avenue Kasa-Vubu.

Cependant, des indiscrétions échappées des experts de l’immobilier à Kinshasa, l’on a appris qu’une villa de cet espace est estimée à plus de 150.000 (cent cinquante mille) dollars. Combien de résidents de la capitale sont-ils en mesure de faire face à une facture aussi salée ? Chacun peut aisément constater qu’en lieu et place des logements sociaux, la nouvelle cité en construction à l’ex-pépinière de Bandal se veut plutôt un domaine réservé aux nouveaux bourgeois politiques.

Eternels locataires

A dire vrai, les familles modestes sont d’office disqualifiées de la compétition en ce qui concerne les projets des logements sociaux, tels qu’ils sont jusque-là ficelés par les architectes de la prétendue nouvelle politique d’urbanisation de Kinshasa. Vu les coûts prohibitifs de ce type de maisons, des générations entières de citoyens congolais vont rester éternellement locataires dans la capitale.

L’unique opportunité qui leur reste, pour briser le cercle vicieux de la vie de locataire, c’est d’aller s’installer dans des sites insalubres et sauvages de la périphérie, du côté de la ligne à haute tension d’Inga à Kimbanseke, Kinkole et Maluku, à frontière entre Kinshasa et Kasangulu, à Kindele, à Lemba Imbu (Kisenso). A cause du cauchemar des loyers mensuels, des familles kinoises n’hésitent plus à habiter dans des sites érosifs, des cimetières, des marécages, sous des lignes à haute tension, etc.

Pour de véritables logements sociaux

            S’il y a une volonté réelle de soulager les catégories modestes à travers l’aménagement des logements sociaux, leurs bâtisseurs devaient tenir compte du pouvoir d’achat du fonctionnaire qui touche à peine 100 dollars le mois, du « chailleur » ou de la maman « bipupula » qui vit au jour le jour, bref du Congolais qui survit avec un dollar par jour. Si l’Etat congolais n’a pas les moyens de s’engager dans une politique sociale ambitieuse visant le logement des pauvres, ses gouvernants devraient remettre les deux pieds sur terre.

Annoncer pompeusement à des millions de citoyens incapables de concourir financièrement pour l’acquisition à crédit d’un logement social, la fin de leur calvaire c’est les pousser à croire à la démagogie. Quant aux investisseurs immobiliers qui abusent de la bonne foi des mandataires publics ou magouillent avec certains d’entre eux pour se taper gratuitement des lotissements, il est plus que temps de mettre fin à leurs aventures immobilières.

                                   Kimp

LEAVE A REPLY

*