Livre : «Joseph Kabila : un pari fou» : le pré-bilan de Tokwaulu Aena

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203 pages analysant l’évolution de la situation de la RD Congo à partir de la mise en place des institutions démocratiques issues du processus électoral couronné, le 6 décembre 2006, par la prestation de serment de Joseph Kabila en qualité de Président élu du pays. Difficile de croire que c’est une dissection sans complaisance des événements politico-diplomatiques dès lors que l’auteur de l’œuvre, Bernadette Tokwaulu Aena, est une personnalité indépendante de l’Alliance de la Majorité Présidentielle. Et pourtant, cette mandataire publique, Administrateur Directeur Général Adjoint de la Société nationale d’électricité, a osé dans ce livre fractionné en 5 parties, outre l’introduction et la conclusion intitulée par ailleurs « Avec Dieu tout est possible ». 

            D’entrée de jeu, Bernadette Tokwaulu dans la première partie intitulée « Un deuxième tour pour la paix », s’est employée à décrire l’affrontement de deux personnalités, Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, toutes deux arrivées en tête du scrutin électoral pour l’élection présidentielle de 2006. Selon elle, on peut repérer une explication sur ces caractères diamétralement opposés à travers, entre autres, leurs signes astrologiques : Kabila est «gémeau» et Bemba «scorpion».

 Dans la deuxième partie intitulée « le Président de tous les Congolais », Tokwaulu Aena présente autant les hommes du Président, le carré d’As familial, sans pour autant omettre quelques affaires qui ont défrayé la chronique au cours des gouvernements Gizenga et Muzito  (affaires Kahemba et Bundu Dia Kongo, Kamhere etc.). « Impossible gouvernance », le titre de la troisième partie traite des questions liées à la corruption, au tribalisme, aux violations des droits de l’homme, aux assassinats de journalistes, prêtres et religieuses, au gender, aux fonds vautours, à la problématique de l’armée, etc.

Consacrant la quatrième partie aux « Voisins encombrants », l’auteur s’est étendue sur les schémas Rwandais et Ougandais, le Programme Amani, le CNDP et Laurent Nkunda, l’Ouganda, l’Angola etc.

            Dans la cinquième et dernière partie consacrée au « Bilan et perspectives », Bernadette Tokwaulu donne  les éléments concrets sur lesquels le bilan du mandat présidentiel peut s’évaluer en terme de satisfaction apportée aux besoins fondamentaux de la population. Il s’agit, entre autres, de l’alimentation (agriculture, pêche et élevage) ; du commerce de gros, demi-gros et détails ; de l’urbanisme et habitat ; des produits pétroliers ; de l’accès aux soins de santé ; de l’accès à l’éducation ; des transports routier, ferroviaire et fluvial ; des télécommunications et nouvelles technologies, etc. Par ailleurs, d’autres éléments liés au cadre macro-économique peuvent aussi permettre l’appréciation : le PIB, le taux de  croissance, le taux d’inflation, les réserves d’échanges, le taux de change, la trésorerie, la balance des paiements, les besoins de financement, etc. 

Tout est possible 

            « A mi-mandat de Joseph Kabila, après près de 4 ans de gestion, la RDC peut-elle s’enorgueillir de résultats probants ? Joseph Kabila est-il en passe de gagner le pari fou auquel il s’est engagé avec pour seul réel atout sa détermination ? » A ces délicates questions, l’écrivain est certaine des faits telles que la crédibilité internationale retrouvée dans le concert des nations, le fonctionnement démocratique (gouvernement répondant de son action devant le parlement), l’indépendance du pouvoir judiciaire, etc.

            Néanmoins, des épines demeures dans cette marche d’espoir. Elle cite en exemple les faiblesses dans le fonctionnement du gouvernement de coalition, l’insécurité persistante dans l’Est du pays (rebelles ougandais de la LRA, les FDLR rwandais, les fractions Maï Maï.)

            Sur le plan socio-économique, elle n’a pas manqué de souligner que l’accès à l’électricité est plus problématique à cause des spécificités de financement (grands projets, projets locaux à impact immédiat etc.). Pendant ce temps, se convainc-t-elle, les travaux de réhabilitation des routes de dessertes s’annoncent d’ores et déjà comme la partie la plus marquante des réalisations des Cinq chantiers. Déplorant le manque de coordination entre le ministère du Travail et ses organismes concernés pour encadrer les disponibilités d’emploi, Tokwaulu Aena préconise l’accès aux microcrédits pour les jeunes afin de permettre la création d’emplois par les PME.

            Toutefois, pourquoi la population reste dubitative malgré les progrès réalisés que brosse l’auteur du livre ? Pour elle, la réponse tient dans l’immensité du pays (2.345.000 Km²) et dans le nombre d’habitants à satisfaire (plus de 60 millions d’individus). « Dans ces conditions, les résultats sont relatifs. Pour que ces résultats soient probants, il faut que les réalisations soient systématiques, qu’elles concernent l’ensemble de la population et du territoire. Pour ce faire, il faut que la réalisation des 5 Chantiers soit réellement assurée par le Gouvernement dans un cadre de bonne gouvernance. Il se pose alors un problème d’hommes pour l’exécution et le contrôle des 5 chantiers ».

      Bernadette Tokwaulu Aena est née en 1961 à Kisangani, dans la Province Orientale. Elle est titulaire d’une licence en droit privé, d’une maîtrise en droit privé et d’un diplome d’Etude Approfondie en Droit des Affaires de la faculté de Lille en France. Elle fait sa carrière à la SNEL depuis 1984. Elle a occupé le poste de Secrétaire Général de 1995 à 2007. Adga de la Snel depuis 2007, elle est l’auteurd’une autobiographie «Tant que je vivrai, tu vivras» et d’un roman « La malédiction de la fente». 

Tshieke Bukasa 

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