Livre Blanc sur Chebeya : les ONG répondent au gouvernement

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Réagissant au Livre Blanc Tome 1 : « Justice et hommage au défenseur des droits humains, Floribert Chebeya Bahizire » du ministère de la Justice et des Droits humains, le collectif des ONG de défense des droits de l’homme (ONGDH) a déposé, ce jeudi 16 septembre 2010, un mémorandum au ministre de la Justice et Droits humains, Luzolo Bambi. Avec copie pour information au Premier ministre Adolphe Muzito. A la page 25, fait observer, le Livre Blanc dit que « le président de la République a fait part aux membres du Conseil de l’émotion suscitée par cette mort et de sa détermination de voir toute la lumière faite sur cette affaire. La suspension de l’Inspecteur général de la Police nationale congolaise l’a été pour permettre un déroulement serein de l’enquête et le Conseil a rassuré l’opinion que cette enquête sera menée en toute objectivité et transparence. Plusieurs autres personnalités ont fait l’objet d’arrestations pour besoin d’enquête, le cas de l’Inspecteur Denis Mukalay ». 

            Cet extrait, souligne le collectif des ONGDH, confirme la profonde inquiétude des ONGDH qui voient en cette double mesure pour deux poids, la difficulté qu’a la justice militaire congolaise à poursuivre en toute indépendance.

 Les officiers supérieurs. Ces ONG se demandent ce qui fait que pour la même affaire, le suspect numéro un mis en accusation directement par les victimes soit simplement suspendu et que l’officier qui travaillait sous ses ordres soit arrêté pour besoin d’enquêtes. Les ONGDH recommandent la mise en œuvre de cette abondante législation sur la promotion et la protection des droits humains en procédant à l’arrestation immédiate du général John Numbi et à sa mise en détention préventive pour raison de sécurité pour les défenseurs des droits humains. « Faire ainsi, note le collectif, vous rendrez le véritable hommage à Monsieur Floribert Chebeya Bahizire, défenseur Emérite des droits humains ».

            Dans ce mémo de cinq pages, les ONGDH remercient le gouvernement pour cet hommage rendu à Floribert Chebeya, ce défenseur des droits humains dont le corps é été retrouvé sans vie le mercredi 02 juin 2010. Elles relèvent que le fait pour le gouvernement de qualifier Chebeya « défenseur émérite » des droits humains revêt une signification symbolique profonde aux yeux de toute la communauté des défenseurs des droits humains qui, pour sa part, le considèrent comme un «  héros » mort en pleine exécution de son sacerdoce de défenseur des « sans voix » à travers le pays, ou un « martyr » sacrifié afin que triomphe la cause combien noble et exaltante de la défense et de la promotion des droits humains.

            « Emérite, Héros ou Martyr », les trois mots renferment, selon elles, les valeurs de perspicacité, témérité et courage dans le travail. Le premier met l’accent sur la longue pratique dans son domaine, le deuxième met en exergue son comportement légendaire face au danger et le troisième, enfin, a le mérite de relever les mauvais traitements qu’il a subis jusqu’à perdre sa vie.

            Les ONGDH reconnaissent également l’avancée significative de la législation congolaise en matière de promotion  et de protection des droits humains. Elles exhortent, toutefois, le gouvernement à poursuivre ses efforts  en vue d’améliorer le cadre normatif congolais relatif aux droits humains, en portant notamment son attention sur les droits catégoriels, de manière à faciliter la participation des minorités, les pygmées et les albinos en particulier à la gestion de la chose publique, y compris au sein de leurs communautés, autant que les personnes vivant avec handicap.

            Les ONGDH ont tenu à apporter quelques précisions sur les circonstances de la mort de Chebeya et la disparition de son chauffeur Fidèle Bazana Edadi qu’elles prient volontiers le ministre d’intégrer à la vingtième page, point 41 et 42. D’après la Voix des Sans-Voix et la veuve Chebeya, deux premières sources légitimes d’information, en attendant le procès, « Floribert était parti de son bureau, conduit par son chauffeur Fidèle Bazana Edadi vers 17 heures, pour répondre à une invitation officielle de l’inspecteur général de la Police nationale congolaise, le Général John Numbi. Le lendemain, la police retrouvera son corps sans vie et le chauffeur est depuis lors porté disparu ». A défaut de donner cette correction ; les ONGDH invitent le ministre à dévoiler ces « sources concordantes » dont la teneur de l’information prête à confusion avec celle des familles et  proches des victimes. 

De la commission d’enquête indépendante 

            Ayant apprécié à sa juste valeur la mesure du gouvernement de mettre sur pied, de façon transparente, une équipe médicale mixte RDC-Hollande pour la réalisation de l’autopsie visant à déceler les causes réelles du décès, les ONGDH recommandent la même sagesse pour la mise en place d’une commission d’enquête indépendante dont elles proposent la composition comme suit : un professeur de droit ou de criminologie, un membre d’une organisation de la société civile à désigner par elles-mêmes, un expert de l’UA, un expert des Nations Unies, un magistrat du bureau du Ministère Public et un Magistrat militaire… 

Michel LUKA

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