L’interpellation des voisins par Obama suffit-elle pour ramener la paix au Congo ?

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obama-makes-victory-speech-dataLe voyage du Président Barack Obama sur le continent africain s’est terminé le 2 juillet 2013. Après ses passages au Sénégal et en Afrique du Sud, son dernier arrêt a été la Tanzanie où il a rendu visite au Président Jakaya Kikwete. Les présidents Obama et Kikwete ont, tous deux, fait des déclarations qui constituent des signes, à priori, favorables à l’égard de la crise en République Démocratique du Congo…

            La semaine dernière, le président Kikwete a appelé le Rwanda et l’Ouganda à engager un dialogue avec leurs groupes de milices respectifs présents en RDC, au lieu de constamment utiliser la présence de ces rebelles comme prétexte rationnel à leurs interventions répétées au Congo.

            Lundi 1er juillet 2013, pendant sa visite officielle en Tanzanie, répondant à une question d’un journaliste congolais, le Président Obama réitère: « Les pays entourant le Congo doivent s’engager à cesser de supporter financièrement les groupes armés qui empiètent sur l’intégrité territoriale et la souveraineté du Congo ».

            La réponse du Président Obama est fascinante à plusieurs égards. D’abord, en dépit de 16 années d’intervention des alliés américains en RDC à savoir le Rwanda et l’Ouganda, déclenchant la mort de millions de Congolais, le Président Obama s’est gardé de mentionner explicitement ces pays et a choisi d’y substituer l’euphémisme « les voisins du Congo ». De plus, tandis que les États-Unis ont reconnu à plusieurs reprises que ses États alliés, le Rwanda et l’Ouganda, supportent financièrement des groupes armés au Congo, ils continuent à armer, former, financer et fournir les couvertures diplomatique et politique nécessaires à ces deux pays.

            Pour mieux dire, Philippe Bolopion de Human Rights Watch observe: « Ainsi, comment parvient-on à s’en tirer après avoir avoir armé une force rebelle qui attaque les soldats de la paix de l’ONU, viole des femmes et recrute des enfants? En ayant des amis puissants. Et cela, le Rwanda en a. Sur la base de la culpabilité de l’inaction de l’administration Clinton face au génocide rwandais et de la reconnaissance de l’utilisation relativement efficace de l’aide au développement par le Rwanda, les États-Unis ont prouvé qu’ils sont parmi les alliés les plus loyaux de Kigali. »

            Lorsque les États-Unis demandent à leurs alliés de cesser de financer des groupes armés au Congo, il serait plus cohérent que les Américains eux-mêmes cessent de financer le Rwanda et l’Ouganda tant que ces derniers continuent à supporter financièrement le conflit en RDC. Dans les faits, la loi américaine exige à l’administration Obama d’adopter une telle ligne de conduite. La Section 105 de la Public Law 109-456 – loi que le Président Obama a instaurée lorsqu’il était Sénateur et que Hillary Clinton et John Kerry ont appuyée – autorise le Secrétaire d’État à retenir l’aide fournie aux États voisins du Congo si ces derniers en venaient à déstabiliser le pays. L’administration Obama tarde encore à entièrement mettre en œuvre cette loi.

            La pression sur le Rwanda et l’Ouganda est de plus en plus élevée eu égard à leur support à des groupes rebelles au Congo. À la lumière de deux rapports du Groupe d’experts de l’ONU publiés en 2012, le gouvernement des États-Unis affirme que: « Il y a un ensemble de preuves crédibles qui corroborent les découvertes clefs du Groupe d’experts des Nations unies – incluant la preuve de supports militaire et logistique significatifs, ainsi que de conseils opérationnels et politiques de la part du gouvernement rwandais au M23 ».

            La réponse de l’administration Obama face à ces rapports a été la suspension du financement militaire étranger fourni à une académie militaire rwandaise à la hauteur de 200,000$ US et un appel téléphonique du Président Barack Obama à Paul Kagame pour discuter du rôle du Rwanda dans la déstabilisation du Congo. Malheureusement, non seulement ces actions n’ont pas suffi à arrêter les voisins du Congo dans leur agression, mais elles sont nettement insuffisantes face au niveau de souffrance quotidien auquel le peuple congolais est confronté dû aux meurtres brutaux perpétrés par les groupes de milices.

            Un changement clé nécessaire à la politique américaine face à la région des Grands-Lacs africains doit être de cesser de supporter ses alliés qui alimentent le conflit en RDC. Comme il a fait lors de son voyage de 2009 au Ghana, le Président Obama réitère ceci durant son discours de Cape Town : « Nous sommes intéressés à investir, non pas dans les hommes forts, mais bien dans les institutions fortes ». Cependant, le support continuel du gouvernement américain des hommes forts au Rwanda, en Ouganda et en RDC, est en opposition totale avec la déclaration du Président Obama à Cape Town.

            Un second changement clé requis à la politique américaine est que les Américains supportent réellement les institutions fortes et la démocratie tant au Congo que dans la région. Le manque de démocratie et d’institutions démocratiques, ainsi que la militarisation de l’espace politique dans la région a été un catalyseur majeur de l’instabilité en RDC, en Ouganda et au Rwanda. Les changements structurels de la politique étrangère américaine exposés sont des pré-requis essentiels pour engendrer la paix et la stabilité au Congo et dans la région des Grands Lacs africains.

            Malgré les millions de Congolais qui ont péri au cours des 17 dernières années dans ce que les Nations-Unies disent être le conflit le plus meurtrier dans le monde depuis la Deuxième Guerre mondiale, il est peu de dire que la réponse des leaders mondiaux et des États-Unis en particulier face à ce qui est probablement la plus grande tragédie humaine à l’aube du 21e siècle a été terne.

            Adopté récemment, « L’Accord cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région » en est un exemple; Cet accord n’arrive pas à tenir le Rwanda et l’Ouganda responsables de leurs actes, manque un élément important sur la justice, n’inclut pas le peuple congolais dans l’élaboration de cet accord, déduit par erreur que la légitimation du pillage du Congo par le Rwanda et l’Ouganda sous des apparences d’intégration commerciale et économique apportera la stabilité dans la région des Grands Lacs.

            Le fait que l’action ait été menée là où des pays agresseurs tels que le Rwanda et l’Ouganda ont pu être tenu responsables à un niveau minime, est le résultat d’une pression globale des citoyens ordinaires sur les leaders mondiaux. Nous n’avons cessé de constater le rôle constructif qu’une pression mondiale peut jouer dans le rétablissement de la paix au Congo. Récemment, la fuite d’un rapport du Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC documentant une diminution du support des milices rwandaises et ougandaises au Congo est un signe clair que la pression sur les États-Unis et ses alliés, le Rwanda et l’Ouganda, doit être supporté et intensifié.

Kambale (CP)

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