L’incroyable bourde Kalume et Ndaywel

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Patrice Emery Lumumba et Laurent Désiré Kabila se sont certainement retournés, l’un dans son bain d’acide sulfurique et l’autre dans sa tombe, en voyant atterrir dans l’Ordre des Héros Nationaux qui porte leurs glorieux noms, un personnage au passé lourdement chargé. Il s’agit, on s’en doute, de Justin-Marie Bomboko, que toute la Nation a vu se faire décorer par le Chef de l’Etat le jeudi 1er juillet 2010, en marge des festivités du cinquantenaire de notre pays.

Certes, Bomboko, jeune universitaire encore, eut le rare privilège d’être compté parmi les participants à la Table Ronde économique ayant succédé à la Table Ronde politique, en 1960, pour poser les jalons du futur Congo indépendant. Il est vrai que l’homme présenté comme le tout premier ministre congolais des Affaires Etrangères répondait bel et bien à ce signalement.

 

 Ce que le commun des Congolais ne comprend et n’accepte pas, c’est la grosse bourde commise par les responsables du Commissariat Général du Cinquantenaire, entre autres le général Denis Kalume et l’un de ses adjoints, l’historien professeur Ndaywel, de retenir Justin Marie Bomboko sur la liste des nominés dans l’Ordre des Héros Nationaux Lumumba et Kabila.
Premièrement, les animateurs du Commissariat Général du Cinquantenaire ne pouvaient pas ignorer la double trahison dont Bomboko s’était rendu coupable à l’égard de Patrice Emery Lumumba. En effet, selon l’esprit et la lettre de la Loi Fondamentale, le Décret du Président Joseph Kasa-Vubu portant révocation de son Premier ministre en date du 05 septembre 1960, pour revêtir un caractère légal, devait être contresigné par au moins deux ministres. Alors que l’opinion s’attendait à ce que par solidarité avec le chef du gouvernement, aucun ministre ne se prête au jeu du Chef de l’Etat, deux traîtres s’étaient signalés, à savoir Justin Marie Bomboko (ministre des Affaires Etrangères) et Albert Delvaux (ministre résident du Congo en Belgique), rebaptisé Mafuta Kizola dans le cadre de l’Authenticité (27 octobre 1971).

 Le second acte de traîtrise de Bomboko était intervenu pendant qu’il assumait les fonctions de Coordonnateur du Collège des Commissaires Généraux, entre « le coup d’Etat » du colonel Mobutu (14 septembre 1960), et l’avènement du gouvernement Adoula en 1961. En sa qualité de « Premier ministre » faisant fonction, il était l’un des conspirateurs ayant décidé, avec Kasa-Vubu (Chef de l’Etat), Joseph Ileo (Premier ministre recalé au Parlement et donc non investi), Mobutu et Nendaka (patron de la sécurité nationale), de l’arrestation de Lumumba puis de son transfert au Katanga.
 Est-il normal que Lumumba, Héros National, puisse cohabiter avec son bourreau, Justin Marie Bomboko, dans les annales de l’histoire nationale ?

 S’agissant du cas de Laurent Désiré Kabila, s’il est admis qu’il est l’un des héritiers spirituels de Lumumba et de Mulele, lui non plus ne peut partager la même page d’histoire avec celui qui aura géré, pendant près de 10 ans, le portefeuille de la République Démocratique du Congo. Car, après avoir trahi Lumumba en 1960, il allait briller par la même traîtrise à l’égard de Pierre Mulele, en 1968. C’est Bomboko, faut-il le rappeler, qui avait servi de « convoyeur » de Mulele de Brazzaville à Kinshasa, sur la route de « l’abattoir » de Mobutu. Il ne peut feindre ignorer le sort qui attendait le malheureux chef de la rébellion du Kwilu, de 1963 à 1965.

 En intégrant dans l’Ordre des Héros Nationaux Lumumba et Kabila, des compatriotes qui portent sur leur conscience le sang des autres, le Commissariat Général du Cinquantenaire a terriblement falsifié une page importante de l’histoire nationale. Cette grave bourde exige un correctif. Et le plus tôt serait le mieux.

Jacques Kimpozo

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