L’impunité et l’avenir du journalisme au menu du 27ème Congrès mondial de la FIJ

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Le 27è Congrès mondial de la Fédération Internationale des journalistes (FIJ) s’est tenu à Cadix, dans le Sud de l’Espagne, du 25 au 28 mai dernier. Sous le thème général « Journalisme en prise directe avec l’avenir », ce congrès a rassemblé plus de deux cents cinquante délégués venus de tous les continents, dont une trentaine de journalistes africains de 24 pays.

La cérémonie d’ouverture du Congrès s’est déroulée dans la salle de théâtre de San Fernando, en présence de Mme Teresa Fernandez de la Vega, Vice -Première ministre espagnole. Dans son allocution, elle a déclaré qu’il faut faire de la démocratie une réalité et cela passe par la liberté d’expression.

Faisant un clin d’œil aux journalistes, elle a indiqué que « les fausses rumeurs et les informations biaisées peuvent devenir des armes de destruction massives ». D’où cet appel : « Dans vos mains réside une grande responsabilité : discerner ce qui mérite d’arriver au citoyen parmi l’avalanche des nouvelles ». Pour mémoire, c’est dans cette salle de théâtre qu’a été votée en 1810 la première loi sur la liberté de la presse en Espagne. Les travaux proprement dits se sont déroulés au palais des congrès.

Si la première journée a été consacrée essentiellement aux débats sur l’avenir du journalisme, la persécution des journalistes et l’impunité ont été mises en exergue comme étant des défis de taille à relever.

En témoigne le nombre de motions ordinaires et urgentes envoyées par différents syndicats et qui ont fait l’objet des discussions des congressistes. On a compté, en effet, 15 motions sur la persécution des journalistes et l’impunité dont deux rédigées par le SNPP, 9 motions sur la crise de la presse et les droits de travail, 3 sur les droits d’auteur et copyright, et 5 sur le travail syndical. Au total, 40 motions ordinaires et 16 motions urgentes ont été adoptées par le 27è congrès.

 Un avenir pas si rose

Pour revenir au débat sur l’avenir du journalisme, il a été constaté que les journalistes font face à la Culture de l’intolérance de plus en plus répandue, à l’Internet et d’autres nouvelles techniques de l’informations et de la communication toujours envahissantes, sans oublier les vagues de pauvreté et de corruption.

La question que beaucoup de congressistes se sont posé est celle de savoir comment, dans ce contexte, maintenir un journalisme éthique et de qualité. Pour les panélistes Jean-Paul Marthoz (Belgique) et John Nichol (USA), chaque partie en présence doit faire sa part pour sauver le journalisme menacé.

Pour le gouvernement, soulignent-ils dans leur rapport, « il ne doit pas s’immiscer dans les affaires journalistiques, mais il peut contribuer à la mise en place d’un environnement de base pour la liberté des médias, en supprimant les obstacles à la liberté de la presse et en améliorant le statut des travailleurs du secteur du journalisme ». D’où la nécessité et l’urgence de dépénaliser ou décriminaliser les délits de presse. Il s’agit de ne pas ajouter une pression supplémentaire à celle que subissent les journalistes dans l’exercice quotidien de leur métier.

 Le rôle des journalistes

Mais, dans cet environnement de crise, que doivent faire les journalistes et les organisation professionnelles des médias pour maintenir le cap ? Le rapport souligne deux pistes à explorer. La première consiste au renforcement des liens entre les journalistes et les communautés qu’ils servent en se concentrant sur les systèmes de responsabilité et en renforçant le dialogue entre le journalisme et la société civile.

La seconde piste est celle de l’autorégulation. Pour survivre aux multiples crises actuelles et futures, «le journalisme doit se montrer capable de garantir des informations crédibles, transparentes, pertinentes et responsables. Dans un monde tenaillé par les conflits, tant au niveau des société qu’entre les pays, la nécessité de disposer d’un journalisme professionnel n’a jamais été plus importante », conclut le rapport.

John Nichols, auteur du livre sur « La vie et la mort du journalisme américain : la révolution des médias qui reconstruira un monde nouveau » a donné des informations sur les médias aux Etats-Unis. Ces trois dernières années, a-t-il dit en substance, on a fermé 150 journaux, soit plus de 30.000 emplois supprimés à cause de la crise. Par ailleurs, à Baltimore, 96% des nouvelles diffusées provenaient du pouvoir ! Il s’est indigné de constater que dans son pays, on dénombre un journaliste contre quatre agents de relations publiques.

Qu’à cela ne tienne, a fait observer Jean-Paul Marthoz, le journalisme demeure un bien public. Où que nous allions, a-t-il renchéri, le journaliste jouera peut-être un rôle différent de celui qui lui revient aujourd’hui, mais un rôle primordial. 

La montée en puissance des Africains

Au cours des élections des  membres du Comité Exécutif de la FIJ, les congressistes ont réélu Jim Boumelha, du syndicat des journalistes britanniques, pour un second et dernier mandat à la tête de la Fédération.

Et pour la première fois, un Africain a été élu au poste de Premier Vice-président de la FIJ. Il s’agit de Younes Mjahed du syndicat de la presse marocaine (SNPM). Et alors qu’il n’avait droit en principe qu’à deux sièges pour les postes de membres du Comité, le groupe africain a réussi à obtenir quatre. Une grande prouesse due à l’unité affichée par tous les délégués du continent qui ont privilégié l’intérêt collectif.

Rendez-vous a été pris pour 2013. Les candidatures pour l’organisation de ce 28è rendez-vous restent ouvertes. L’on attend aussi que l’Afrique montre le bout du nez.   

Stanis Nkundiye, Secrétaire général du SNPP

MOTION POUR LE CONGRES FIJ

Renforcement des campagnes contre l’impunité

Le Congrès mondial de la Fédération Internationale des Journalistes réuni à Cadix du 24 au 27 mai 2010,

Considérant le nombre croissant et ahurissant des assassinats des journalistes ainsi que la multiplication des attaques et agressions contre les médias indépendants dans plusieurs régions du monde ;

Soulignant avec indignation que dans 90% des cas, les auteurs et commanditaires des assassinats et violences contre les journalistes ne sont pas sanctionnés par la justice locale ;

Rappelant la résolution pertinente N° 1738  du 23 décembre 2006 prise par le Conseil de sécurité d l’ONU qui condamne les attaques délibérées contre les journalistes en particulier et les professionnels de la presse en général en période de conflit armé ;

Rappelant en outre que les crimes contre les journalistes sont des crimes contre la société dans son ensemble et que, par conséquent, ils ne peuvent demeurer impunis ;

Déplorant le manque criant de volonté politique pour faire aboutir les enquêtes en vue de démanteler l’industrie du crime et mettre fin au règne de l’impunité dont bénéficient les auteurs des actes ignobles perpétrés contre les journalistes ;

Soulignant en fin les efforts entrepris par le Comité Exécutif depuis le Congrès de Moscou ;

Le Congrès

Demande au nouveau Comité Exécutif de la FIJ de multiplier et renforcer les campagnes de sensibilisation, les missions officielles, les rencontres au sommet et les pressions en vue de dénoncer vigoureusement l’impunité et décourager les nombreux prédateurs de la liberté de la presse dans les régions d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie.

Invite le Secrétaire Général à impliquer dans les actions de terrain les hauts responsables de la Fédération au niveau régional afin d’initier et/ou d’accélérer ses propres enquêtes sur les assassinats et les violences contre les journalistes et les médias indépendants. 

Motion proposée par le SNPP, RDC

MOTION URGENTE POUR LA DEPENALISATION DES DELITS DE PRESSE EN AFRIQUE

Le 27ème Congrès de la Fédération Internationale des Journalistes réuni à Cadix en Espagne du 25 au 28 mai 2010,

Considérant les nombreux cas de harcèlements judiciaires, intimidations militaro-policières et tortures dans les services spéciaux dont sont  encore régulièrement victimes les journalistes africains dans l’exercice de leur profession ;

Préoccupé par le nombre toujours croissant de journalistes emprisonnés pour leurs écrits ou leurs opinions en Afrique, au regard du Rapport 2009 sur l’exercice de la liberté de la presse,

Choqué par la mort récente dans des conditions troubles du journaliste Germain Cyrille Ngota Ngota alias Bibi Ngota dans une cellule de la prison à Yaoundé, Cameroun, où il était détenu ainsi que deux autres sans jugement ;

1. Soutient les syndicats engagés  pour la réforme des lois liberticides sur la presse, lesquelles se réfèrent au Code pénal pour sanctionner les délits de presse ;

2. Demande au Comité Exécutif de la FIJ de rechercher un financement pour appuyer moralement, matériellement et financièrement le combat des syndicats africains pour la dépénalisation rapide dans nos pays des délits de presse;

3. Exhorte le Comité Exécutif de la FIJ d’initier, en concertation avec les dirigeants de la Fédération Africaine des Journalistes des missions de solidarité avec les journalistes emprisonnés sur le contient, particulièrement en Erythrée ;

4. Encourage les dirigeants de la FAJ à lancer une réflexion à l’échelle continentale sur l’accès des journalistes aux sources d’information publiques, cause de nombreux cas d’emprisonnement pour recoupement des informations sensibles et, à défaut, diffusion de nouvelles douteuses. 

Proposée par le SNPP (RDC) et le SNJC (Cameroun) 


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