L’Hôpital du Cinquantenaire torpillé par une main noire

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Hôpital du cinquantenaire à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John BompengoCité dans le domaine de la santé comme une des réalisations-phare du Chef de l’Etat, dans le cadre de la Révolution de la Modernité, l’Hôpital du Cinquantenaire était secoué, dernièrement, par une grève de son personnel médical congolais. Présenté comme la conséquence d’arriérés de salaires impayés depuis deux ans, cet arrêt de travail vient de révéler, après enquête, plusieurs facettes cachées.

Les observateurs ont appris, notamment, que médecins et infirmiers congolais œuvrant au sein de cette formation médicale jouissent d’un barème salarial que leur envient leurs conftères et consoeurs de plusieurs hôpitaux et cliniques du pays. S’agissant de leurs relations avec leur employeur, on signale que leur recrutement se fait par le biais d’une maison de placement, et que l’embauche obéit aux prescrits du Code du Travail. Selon une source proche du staff, un mécontentement du personnel est exclu, au vu des barèmes de rémunération en vigueur dans le secteur de la santé en République Démocratique du Congo.

 Le vrai mobile de la grève est à chercher dans l’instrumentalisation du personnel par, soutient-on, le ministre de la Santé en personne, qui serait en conflit ouvert avec le patron de l’Hôpital du Cinquantenaire depuis deux ans. Le fond du problème se situerait au niveau de la non rétrocession d’une commission que lui réclamerait le précité sur un appui financier annuel promis à cette formation médicale par le gouvernement. On laisse entendre que sur 5.000.000 (cinq millions) de dollars américains qui devaient leur être alloués, les gestionnaires de cet hôpital n’auraient reçu que 1,5 millions Usd et libérés, semble-t-il, 200.000 Usd, avant de fermer le robinet, car l’exécutif national se serait arrêté à un seul décaissement de fonds.

Du côté de la direction de l’Hôpital du Cinquantenaire, on accuse aussi la tutelle de la Santé de torpiller les initiatives du Chairman Hazeeb Rahman Padiyath visant la modernisation effective des équipements, la prise en charge optimale des malades, la maximisation des recettes, l’harmonisation des relations entre Congolais et Indiens, etc.

On laisse entendre que pendant un temps relativement long, le ministre de la Santé avait déporté son cabinet à l’Hôpital du Cinquantenaire, pour des raisons non révélées. Il avait fallu l’intervention personnelle du Chef de l’Etat pour l’obliger à rentrer à celui de son ministère, sur le boulevard du 30 juin, à Gombe.

Très mauvais départ

Lorsque l’on revisite le passé, l’on se rend compte que l’Hôpital du Cinquantenaire, décrit comme l’un des plus modernes et les mieux équipés de l’Afrique Sud-saharienne, avait connu un très mauvais départ. A en croire les archives, la vision du Chef de l’Etat était que le réaménagement du site et son équipement soient confiés à une firme allemande, dont l’expertise faisait autorité. Son objectif était d’éradiquer ou, à tout le moins, limiter les cas de transfert des Congolais à l’étranger pour des soins médicaux.

Le coût du projet était évalué à 100 millions de dollars américains. Mais, au moment de passer à l’exécution, indique-t-on, un ancien ministre des Travaux Publics, Pierre Lumbi pour ne pas le citer, aurait préféré jeter son dévolu sur une firme chinoise.  Résultat : les équipements étaient loin de répondre aux attentes. Tout était donc à refaire.

            Pris de court, Joseph Kabila, qui tenait absolument à donner au pays une unité médicale conforme aux standards internationaux, avait chargé le gouvernement de trouver un autre partenaire. Dans un premier temps, c’est un opérateur économique cubain qui s’était annoncé pour soumissionner. Mais, son offre n’avait pas été retenue.

            Peu après, c’est l’actuel ministre de la Santé qui, au terme d’une mission de prospection à Dubai, avait réussi à négocier un nouveau partenariat avec le Dr Hazeeb Rahman Padiyath, Chairman de Padiyath Healthcar Group. Cette firme, faut-il le relever, dispose d’une chaîne de formations médicales de classe internationale en Inde, Abu Dhabi et Sharja aux Emirats Arabes Unis. Le partenariat public-privé signé par les deux parties, pour l’équipement et la gestion de l’Hôpital du Cinquantenaire, court sur 25 ans. Il est prévu qu’à son terme, tout le patrimoine (équipements et installations) revienne à l’Etat congolais.

Fidèle à ses engagements, la firme Padiyath Health Group a déjà injecté, en deux ans de partenariat, la bagatelle de 40 millions de dollars américains dans l’achat des équipements médicaux, ce qui fait de ce complexe médical l’un des mieux équipés de l’Afrique Centrale. En termes de comparaison, son unité de cardiologie, qui venait de coûter 2 millions de dollars américains, n’a d’équivalent qu’en Afrique du Sud.

Contre-publicité malsaine

            A la suite d’une contre-publicité malsaine menée par certains décideurs politiques, dit-on, l’Hôpital du Cinquantenaire est peint comme un « éléphant blanc », budgétivore et peu performant. Au niveau de son staff, on soutient le contraire. Ici, il est affirmé haut et fort que cette formation médicale est solidement équipée pour faire face aux cas difficiles qui, il y a quelques mois, exigeaient un transfert automatique vers l’étranger (Afrique du Sud, Inde, France, USA, etc). Les médecins comme les infirmiers, assure-t-on, possèdent l’expertise requise pour la prise en charge des malades.

            A titre d’exemple, l’Hôpital du Cinquantenaire reçoit, en consultation, une moyenne de 500 patients par jour, pour un coût de 5 dollars seulement. Selon les statistiques actuelles, 250 malades y sont internés. Les services opérationnels sont le centre des urgences et des soins intensifs, la cardiologie, la diabétologie, la dentisterie, le centre des troubles et de chirurgie gastro-intestinaux, le scanner ( à 150 dollars Usd), l’IRM ( 350 dollars Usd), le centre de chirurgie pour la tête et le cou, l’institut de radiologie invasive et non invasive, la médecine interne, l’institut des sciences de laboratoire, le centre de chirurgie mini-invasive, le centre des soins néonatals et pédiatrie à hauts risques, le centre de néphrologie et maladies rénales (dialyse à 180 dollars, soit le coût le plus bas en Afrique centrale), le centre de neurologie et neurochirurgie, le centre d’ophtalmologie, centre d’orthopédie, arthroplastie et médecine sportive, centre d’otorhinolaryngologie, le centre de la peau, laser et chirurgie esthétique non invasive, les sciences chirurgicales et chirurgie bariatrique, centre d’urologie et transplantation rénale (coût : 150 Usd), le centre de troubles de la poitrine et maladies contagieuses, etc.

            Contrairement à ce qui se raconte sur les médecins indiens, ce sont des spécialistes à ne pas confondre avec des charlatans. Selon l’accord conclu avec le gouvernement congolais, c’est le ministère de la Santé qui devait se charger de présenter leurs dossiers au Conseil National de l’Ordre des Médecins en vue de leur validation. Mais cela n’est toujours pas fait, ce qui laisse penser à une intention délibérée de contourner ce verrou de contrôle, alors que tel n’est pas le cas.

            Bref, le staff de l’Hôpital du Cinquantenaire tient à offrir aux Congolais et aux expatriés résidant en RDC des soins de qualité, aux tarifs les plus bas dans la sous-région de l’Afrique Centrale, conformément au cahier de charges signé avec le gouvernement congolais ainsi qu’aux lois et règlements régissant le secteur de la santé. Contrairement à un éléphant blanc, il fonctionne, depuis deux ans, sur fonds propres.

Kimp