Lettre ouverte aux universités de la RDC

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Monsieur le Secrétaire Général,

Monseigneur et Messieurs les Présidents des Conseils d’Administration,

Messieurs les Recteurs

Messieurs les Présidents Directeurs Généraux d’Instituts

Mesdames et Messieurs les Directeurs Généraux,

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs membres des corps académique, scientifique, administratif et technique,

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs Cadres de l’Administration centrale,

La principale cérémonie de l’ouverture de l’année académique en RDC a déjà eu lieu le 15 octobre 2013. Au-delà des aspects protocolaires et traditionnels des cérémonies particulières, qui seront organisées dans chaque université et instituts supérieurs, l’événement revêt à mes yeux une signification profonde. Il est le témoignage de la volonté collective de la communauté de l’Enseignement Supérieur de s’assumer et de survivre en dépit de l’adversité momentanée des événements.

Les années ont été particulièrement difficiles telles que l’histoire de notre Alma Mater n’en a jamais connue. Toutes les couches sociales : le personnel académique et scientifique, le personnel administratif et technique, le personnel des services centraux, les étudiants, ont de façon indépendante mais inquiétante, exprimé leurs préoccupations face au présent et à l’avenir. A un certain moment, nous avons craint le pire. Heureusement, le bon sens a triomphé, l’intérêt national a pris le dessus : la communauté a survécu.

Au seuil de cette nouvelle année académique, l’expérience de l’année dernière me pousse à l’optimisme à condition que toute la communauté s’imprègne de l’idéal démocratique et soit pénétrée de la déontologie professionnelle. C’est pourquoi, au lieu de simples vœux traditionnels, j’aimerais développer à votre intention une leçon académique sur le sujet : « L’Université, l’idéal démocratique et la déontologie professionnelle ».

1. L’Université et l’Idéal démocratique

 L’Université est le berceau par excellence de la formation à l’idéal démocratique. La démocratie est généralement définie comme une forme de gouvernement dans laquelle l’autorité émane du peuple. Mais mieux qu’une forme de gouvernement, la démocratie est un ensemble d’attitudes et de comportements, un état d’être par l’esprit et par le cœur qui prédispose l’individu à obtenir la coopération volontaire de l’autre, à découvrir chez l’autre des desseins communs à réaliser, à s’adapter à lui, à respecter sa personnalité.

La démocratie s’oppose ainsi à l’autocratie qui est caractérisée par une rigidité et une inflexibilité des buts, par l’impossibilité d’admettre la contribution des autres, de tenir compte de leur expérience, de leurs désirs et de leurs jugements dans la détermination des objectifs qui les concernent. L’autocratie balaie les différences individuelles et cherche à mouler la conduite des autres sur ses propres modèles.

Les expériences nombreuses ont prouvé que l’attitude démocratique avait un avantage certain sur l’attitude autocratique ou autoritaire. En pédagogie, les principes de l’éducation nouvelle prônent le respect de la personnalité de l’être à éduquer, de sa liberté et de ses intérêts et insistent sur la création d’un milieu éducatif épanouissant.  Depuis le célèbre Jean-Jacques Rousseau en passant par Tolstoï Montesson Decroly, Dewey et Piaget, c’est le même son de cloche que l’on entend : « éducateurs, tenez compte de vos élèves et étudiants ».

En économie, on sait aujourd’hui mieux qu’hier que le régime démocratique libère les initiatives, rassure les individus et favorise le développement. Dans les pays du tiers Monde, on est arrivé à la conclusion qu’un projet de développement conçu et exécuté sans le concours de la population échoue nécessairement. Les mêmes exemples peuvent être cités dans d’autres domaines.

L’attitude démocratique n’est pas un comportement instinctif ou inné, elle est acquise par le processus d’apprentissage, processus patient et long dont le fruit est doux et juteux. L’apprentissage à la démocratie doit commencer au niveau de la famille, se poursuivre à l’école et éclore à l’Université.

Le processus d’apprentissage démocratique à l’Université s’exerce sur des adultes, c’est-à-dire sur des êtres ayant déjà une structure de personnalité affirmée, poursuivant des objectifs précis dans la vie et ayant adopté une démarche donnée pour les atteindre. La rencontre de ces différentes personnalités produit un choc non seulement compte tenu des différences individuelles, mais aussi de la singularité du milieu universitaire. Comment parvenir à épanouir chacun en respectant son individualité et son destin ?

Pour réussir cette gageure, l’Université doit devenir un modèle microcosmique d’une société réellement démocratique. Elle doit s’efforcer de traduire la démocratie abstraite en principes concrets, pratiques et viables. La formation doit reposer sur la considération positive de l’homme, sur la promotion de la justice et sur l’apprentissage des obligations. La première obligation de la démocratie, est le respect intrinsèque de soi-même. La deuxième, c’est le respect de soi par les autres. En fait, on se respecte soi-même pour être respecté par les autres. La troisième obligation consiste à respecter les autres. Comment peut-on s’attendre à être respecté si on ne respecte par les autres ? Comment peut-on protester lorsqu’on est victime d’injustice, d’imposition ou de violence si on est soi-même injustice, intolérant et violent envers les autres ?

            Les autorités académiques et scientifiques, les enseignants et les administratifs doivent créer autour d’eux un climat démocratique et promouvoir ses valeurs cardinales par des actes. Les étudiants pourront s’inspirer de ce modèle et en faire un bon apprentissage. Ils se rendront ainsi compte que seule l’application des principes démocratiques peut conduire à des solutions durables et à l’épanouissement harmonieux de leurs personnalités.

            Parallèlement à la culture de l’idéal démocratique. L’université doit-être le modèle dans l’exercice de la déontologie professionnelle. Aussi, dois-je vous inviter maintenant à la deuxième partie de cet exposé :

2. L’Université et la déontologie professionnelle

 L’exercice de toute profession est soumis au respect d’une certaine éthique, d’une certaine déontologie, c’est-à-dire d’un code de conduites qui finalement produit une manière-d’être-dans-la-société. Lorsqu’on observe les étudiants, au niveau d’un pays, qu’ils étudient en ville ou qu’ils soient inscrits dans n’importe juste faculté ou section, on relève des caractéristique communes évidentes. Mêmes au niveau mondial, on sera frappé de retrouver des identités étonnantes entre des étudiants chinois, néo-zélandais et congolais. C’est que tous ont des mêmes manières d’être et d’agir.

Les Professeurs d’Université sont aussi identifiables par leur manière d’être et de faire. Mais sur le plan éthique et déontologique, ont-ils de bonnes manières d’être et de faire qui devraient servir de modèle ? Un Professeur d’Université doit, plus il avance en grade, devenir un maître, une référence. Un maitre, c’est-à-dire une personne qui exerce un pouvoir, une autorité sur d’autres et qui a la possibilité de leur imposer sa volonté. En effet, le Professeur exerce une autorité évidente sur le plan scientifique et on s’attend à ce que cette autorité se traduise aussi sur le plan éthique.

            Une référence, le professeur est et doit être la personne que l’on consulte, celui auprès de qui on sollicite le dernier avis.

            Pris ainsi, le Professeur doit s’imposer une déontologie rigoureuse : être et agir en maître, en cadre de référence. Cela implique que, quelle que soit la nature du problème ou sa complexité, le professeur doit avoir une attitude qui sauvegarde la dignité de sa fonction et la solidité morale de sa personne. J’interpelle donc mes collègues Professeurs à privilégier cet aspect pour l’honneur et la crédibilité de la profession que nous avons librement choisie. L’enseignement a une dimension morale très élevée qui fait de lui une sorte de sacerdoce, une prêtrise, un apostolat.

La déontologie professionnelle concerne également tout le personnel administratif, technique et ouvrier. Au-delà de toute éthique administrative, la gestion universitaire et scientifique se veut encore plus exigeante. Actuellement, la valeur d’une université se mesure davantage par la souplesse et l’efficacité de son organisation administrative que par l’organisation académique. Si nos Etablissements d’Enseignements Supérieur et Universitaire ne produisent pas de champions olympiques, ce n’est pas par manque de candidats talentueux, mais par manque d’organisation. La professionnalisation ne se réalise pas correctement pour la même raison.

            J’invite les Directeurs- Chefs de Service, les Directeurs, les Chefs de Division et de Bureau à prendre à cœur leurs responsabilités en tant qu’Agents de commandement. Multiplier des initiatives dans leurs secteurs, montrer l’exemple de la ponctualité, de la régularité et de la compétence, encadrer les subalternes, bannir les pratiques prohibées, etc.

            Après avoir parlé des étudiants, des professeurs et des administratifs, parlons enfin des Autorités Académiques et Scientifiques.

            Les événements qui se déroulent actuellement dans nos institutions d’Enseignement Supérieur et Universitaire et de la Recherche Scientifique ont souvent désigné comme cible les membres des Comités de gestion. Ceci, démontre l’importance de cet organe dans la conduction des affaires de ces institutions. Il est par conséquent indispensable de brosser ici le portrait-type d’une bonne autorité académique ou scientifique. Les caractéristiques essentielles de ce portrait sont les suivantes :

1°. considérer l’institut comme une famille, comme une maison. 

Ainsi, le Chef de l’Institution (Recteur, Président Délégué Général ou Directeur Général) doit se considérer comme Chef de famille appelé à bien gérer le patrimoine commun ;

2°. Respecter les instructions officielles. Bien de désagréments résultent du non-respect des institutions, ce qui place les responsables dans l’illégalité et soulève des contestations.

3°. Assumer pleinement ses responsabilités et respecter la hiérarchie. Assez souvent, les Chefs d’Etablissements ou de Centres ont peur de prendre leurs responsabilités et se rabattent sur la tutelle ; ou cherchent à atteindre trop rapidement une solution et brûlent, les étapes ;

4°. Cultiver le dialogue et la transparence. Pour ce, il faut encourager les différentes communautés à s’organiser : étudiants, enseignants, administratifs. Dialoguer, ne signifie pas seulement s’expliquer, mais aussi écouter l’autre.

5°. Etre disponible. L’absentéisme de certains responsables ou leur inaccessibilité constitue un frein au dialogue et conduit aux actes de brutalités et d’irresponsabilité.

            J’invite toutes les autorités académiques et scientifiques à s’ouvrir aux vertus démocratiques et à améliorer leurs méthodes de gestion des hommes et du patrimoine mis à leur disposition.

Pr Kambayi Bwatshia

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