Lettre ouverte à Ngoy Mulunda : « rendez-moi mon vote »

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Monsieur Ie Président,

J’ai l’avantage de vous approcher en ce jour pour exprimer mon indignation en rapport avec le déroulement du scrutin électoral en République Démocratique Congo organisé par la commission Electorale Nationale Indépendante dont vous êtes le responsable n°1 afin de me rendre mon vote.
Il me revient donc de vous rappeler que ces élections devraient être l’aboutissement heureux d’un processus démocratique chèrement conquis par le souverain primaire, le 24 avril 1990. L’attente de celui-ci était de voir les perdants se reconnaître perdants en toute dignité et les gagnants se réjouir avec honneur et que, dans l’ensemble, tout le monde gagne (le peuple) sans oublier tous ceux qui ont contribué, assisté, appuyé ce processus électoral. Même ceux qui se sont livrés jusqu’au sacrifice suprême : la mort.

Ils ont perdu ainsi leur vie en cherchant à sauver les élections par leurs voix, par leurs revendications, par leurs expressions, qui malheureusement ont mal tourné. Mal compris par l’organisateur et les forces de l’ordre commis à la sécurisation des personnes et de leurs biens, ces hommes et femmes ont fini par payer le prix de l’intolérance humaine. Votre intolérance.
Vous vous souvenez sûrement de « Jeudi serveur », et aussi de nombre de morts et dégâts enregistrés. Ils ne voulaient que la vérité, toutes ces victimes, nos compatriotes. Vous avez cédé après qu’il y ait eu mort d’hommes. Vous ne me direz pas que vous aimez le sang humain même si cela a coulé à cause de votre refus de collaborer. Bravo ! Avec vous la démocratie tant souhaitée risque de connaître le sort d’oeuvres sans lendemain.
J’ai été choqué du ton outrageusement condescendant, partenaliste et prétentieux que vous avez utilisé pour vous adresser à la nation : la Ceni est la maison de la démocratie, aviez-vous déclaré !

Je me permets de vous informer, peut-être, vous rappeler s’il le faut, que la démocratie est l’égalité des droits.
– pensez-vous que les écrits repris sur le panneau de votre Institution se conforment bien à votre comportement et aux résultats?
– Etes-vous en ce jour réellement fier de ces élections que bon nombre critiquent ?
– Etes-vous content de ces élections qui ont coûté et continuent à coûter la vie de nos compatriotes, ou encore avec un issu cruel ?
Que direz-vous à vos fidèles, que vous êtes le modèle d’un bon berger ?
Vous n’êtes pas obligé de me répondre.

Encore une fois, votre institution a démontré au monde entier que l’impunité et la corruption cohabitent bien en République Démocratique du Congo, notre pays. A voir, à travers les médias, le nombre de bulletins de vote circulant librement en dehors de bureaux de vote, cela me pousse à vous poser ces questions :
– Comment justifierez-vous la possession de bulletins de vote déjà remplis (à en croire certaines sources) auprès de certains candidats ?
– Comment ces candidats étaient-ils entrés en possession de ces bulletins ?
– N’est-ce pas là les indices d’une tricherie et d’un sabotage ?
– Qu’avez-vous fait de la confiance de la population et de son crédit accordés à votre institution ?
– Pourquoi en ce jour, la majorité de vos partenaires qualifient-ils les résultats de vos élections de non crédibles ?
Ce qui est grave, le gagnant à la présidentielle, selon votre publication, le Président de la République, a reconnu les irrégularités. Vous, également, vous les avez reconnues. Les aspérités sont insupportables ! Comme il y a eu irrégularités, les résultats sont-ils crédibles ?
– Quand vous affirmez qu’il y a eu irrégularités, êtes-vous capable aujourd’hui de dire à la population, à quel niveau celles-ci se sont-elles produites ?

Le processus électoral est entaché de beaucoup d’irrégularités. Trop de tricheries, trop de fraudes, trop d’erreurs, trop d’intimidations, trop de réclamations, trop de mécontents, trop de mensonges, trop d’humiliations…, je peux encore vous lister d’autres au cas où vous en aurez besoin. La suspension de compilations et publications de résultats : les raisons évoquées et l’assistance sollicitée prouvent à suffisance l’échec de votre mission. Les résultats des élections législatives sont sur la route de la présidentielle: anarchie, désordre, contestation, controverse, altercation.
– Est-ce qu’il est encore matériellement possible de réparer les graves irrégularités enregistrées aux quatre coins de la République même dans un travail de synergie entre la Ceni et les experts de la communauté internationale ? Je réponds à votre place « Non ».
Je savais que vous alliez continuer la compilation et la publication des résultats sans attendre l’aide sollicitée et ainsi mettre devant un fait accompli les experts
invités par votre organisation. Savez vous pourquoi ? Simplement parce qu’il était évident qu’en remettant en cause la régularité des élections législatives, vous remettiez en cause la présidentielle, qui a eu lieu le même jour.

Vous savez aussi bien que moi que certains députés d’un même groupement politique s’accusent de fraude et vous en accusent aussi. A mon humble avis, ces élections doivent être remises en cause. Ce qui s’est passé à Mbuji-Mayi, Kinshasa, Katanga n’est que la partie visible de I’iceberg. Et plus le temps passe, plus la vérité rattrape les mensonges distillés dans la population par la CENI.
Juste rappel, ces élections ne sont pas les vôtres. Ce sont les élections du peuple congolais dont vous faites partie et vous avez reçu seulement le mandat de les organiser. Vous ne faites donc aucun cadeau au peuple congolais. Vous êtes payé pour faire un bon travail. On aurait pu faire mieux par rapport à 2006 si vous aviez été professionnel.

J’ai personnellement travaillé depuis 2002 comme tant d’autres, dans l’éducation civique de la population sur les valeurs démocratiques et la culture citoyenne à travers mes créations artistiques et culturelles avec l’espoir d’aboutir à un résultat positif et citoyen mais dommage. Tous ces efforts ne sont pas récompensés. Nous avons vu les conditions dans lesquelles les PV, les bulletins de vote ont été et sont encore entassés. Même les sacs de Fufu sur des camions en provenance de Bandundu sont bien rangés. Ce n’est pas sécurisant ni pour la Ceni, ni pour les candidats. Une terrible faiblesse organisationnelle !
«Dieu que je sers m’a dit qu’il ne va pas pleuvoir le 28 novembre », c’est ce que vous aviez dit avant les élections mais il a plu. Non seulement la pluie est tombée mais aussi le sang a coulé. Je ne voudrais pas entrer dans vos relations avec votre Dieu mais j’ai l’impression qu’il n’a pas exaucé votre prière. Pour quelle raison ? Psaumes 1 :1 « Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants. Qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs, et qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs…. Vous avez peut-être fait Ie contraire de ce verset.

Révérend Président, la mission de la CENI, est d’organiser les élections libres, démocratiques, transparentes et apaisées, mais avec tout ce que je viens d’énumérer, vous serez d’accord avec moi que de tout ça, rien n’a été respecté. Honnêtement, vous serez aussi de mon côté si je vous disais en ce jour que la République Démocratique du Congo n’a pas eu d’élections. Il vaut mieux demeurer dans la dictature que subir de telles humiliations, avec des bulletins de vote qui ressemblent aux ordures dans une poubelle.
Vous avez créé deux présidents, c’est le cadeau de Noël et de Nouvel an que vous avez donné à ce peuple : Un Président des urnes et un Président du peuple ou plutôt un Président de la Cour suprême et un Président des Procès-verbaux. L’un a prêté serment dans une caserne militaire, l’autre dans sa résidence. Voilà ce que vous avez fait de ce pays.

Le manque de franchise et le désordre orchestrés par la CENI ont suscité le dégoût de la population qui a perdu toute confiance dans le processus électoral. L’acte de vote a désormais perdu tout son sens, pour la simple et bonne raison que la vérité des urnes ne dépend plus de l’électorat mais plutôt des officines politiques ou, si vous voulez, des pouvoirs parallèles. Ma crainte est de voir le taux de participation pour les échéances électorales futures fondre comme une peau de chagrin. Et plus qu’une crainte, c’est une certitude car la population qui vient de se faire flouer est dans une grande colère.   Des fois, la colère vaut mieux que le désespoir. Mais il reste encore une chance pour ce peuple, que dis je, un espoir de restructurer l’édifice démoli par vous : votre démission.
Vous êtes appelé, à cet effet, à faire preuve de courage et d’honnêteté en démissionnant. Regardez-vous dans le miroir, l’autre VOUS, vous dira: Daniel, abandonnez! Par amour du Christ que vous dites servir, je vous exhorte donc à abandonner et rentrer à l’Eglise, mais avant tout : Rendez-moi mon vote.
Que votre conscience vous interpelle !

Lele Michoux BOSSAY, Opérateur culturel

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