Lettre de Tshisekedi : réaction tardive de la Cenco

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Des évêques membres de la CENCO lors de l’ouverture du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 08/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Des évêques membres de la CENCO lors de l’ouverture du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 08/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Des évêques membres de la CENCO lors de l’ouverture du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 08/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Il a fallu attendre le déballage de Pierre Lumbi, président du MSR (Mouvement Social pour la République) et du G7, le jeudi 23 février 2017, qui a pris à témoin l’abbé Tshilumbu, pour voir la CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo) reconnaître l’existence de la lettre de Tshisekedi désignant, pour le compte du Rassemblement, le Premier ministre appelé à gérer le gouvernement de transition. Pourquoi les Evêques Catholiques ont-ils pris plus de trois semaines, depuis la disparition inopinée du président de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social) et du Conseil National de Suivi de l’Accord du 31 décembre 2017 pour admettre l’évidence ?

 
Pourquoi, pendant trois semaines, le staff de la Cenco a-t-il laissé planer le suspense, faisant passer des sociétaires de l’UDPS et du Rassemblement pour des gens qui ne disaient pas la vérité ? La controverse s’est pratiquement installée dans la durée au sein de la classe politique congolaise, plombant du coup l’Arrangement Particulier devant sous-tendre l’Accord du 31 décembre 2016. Le mutisme des Evêques catholiques a produit un effet néfaste au sein d’une large frange de l’opinion tant nationale qu’internationale, qui a eu l’impression que les membres du Rassemblement voulaient se servir de la prétendue lettre d’un mort, qui ne peut plus revenir à la vie pour confirmer ni infirmer, pour soutenir que la question de la direction du gouvernement était réglée.
            Maintenant qu’il est admis qu’Etienne Tshisekedi, après avis de ses pairs du Conseil des Sages du Rassemblement, avait déjà opéré le choix du futur Premier ministre, il appartient à la Majorité Présidentielle d’en tirer les conséquences. Aujourd’hui, des compatriotes sont surpris voire frustrés d’apprendre que le Chef de l’Etat a rejeté la proposition de Tshisekedi. Pourtant, l’intéressé avait confié sa dernière volonté aux Evêques Catholiques conformément à l’esprit et à la lettre de l’Accord du 31 décembre 2016 qui lui laissait la latitude, en sa qualité de président du Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement, de désigner l’oiseau rare qui allait diriger le gouvernement de large union nationale pendant douze mois.
            Tshisekedi, juriste de son état et vieux routier de la scène politique congolaise, n’aurait pas pris l’initiative de confier son « secret » aux Evêques catholiques s’il n’avait pas expressément reçu mandat de le faire de la part des participants au Dialogue inclusif du Centre Interdiocésain.
            Et si Pierre Lumbi, qui était personnellement porteur de la lettre de Tshisekedi à la Cenco, n’était plus de ce monde ou s’il avait résolu de se taire, que n’allait ou pas raconter sur le compte des dirigeants du Rassemblement et de l’UDPS qui avaient révélé l’existence de pareille correspondance ? On se souvient qu’un des membres fondateurs de cette méga plate-forme politique, Katebe Katoto pour ne pas le citer, est allé jusqu’à affirmer, dans les médias, avoir rencontré Etienne Tshisekedi à Bruxelles, peu avant sa mort, et ne l’avoir pas entendu parler de l’existence d’un document portant désignation du futur locataire de la Primature. C’est dire combien le doute était épais au sujet d’une lettre qui paraissait de plus en plus comme une invention de quelques membres zélés de l’UDPS et du Rassemblement.
            Ce qu’il faut souhaiter, à présent, est que l’on respecte la volonté de Tshisekedi et que l’on exécute, de bonne foi, son testament politique. Plébiscité à l’unanimité président du Conseil National de Suivi de l’Accord du 31 décembre 2016, l’élégance politique voudrait qu’il en soit de même pour son choix du futur Premier ministre.
                                               Kimp
 
MISE AU POINT DE LA CENCO SUR LA LETTRE DE MONSIEUR ETIENNE TSHISEKEDI DESTINEE AU CHEF DE L’ETAT
1. Depuis quelques semaines, les voix s’élèvent au sein du Rassemblement des forces politiques et sociales de l’opposition (RASSOP) pour affirmer le dépôt à la CENCO de la lettre de Monsieur Tshisekedi, d’heureuse mémoire, contenant le nom du proposé Premier Ministre, à remettre au Chef de l’Etat.
2. Le jeudi 23/02/2017, d’un côté, Monsieur Pierre Lumbi a affirmé dans les médias avoir été témoin oculaire du dépôt de cette lettre à la CENCO par l’abbé Théo Tshilumbu. De l’autre côté, le Secrétaire Général de la Majorité présidentielle, l’Honorable Aubin Minaku, a affirmé que le Chef de l’Etat n’a jamais reçu cette lettre.
3. Face à l’opinion de plus en plus grandissante qui pense qu’elle a fait mauvais usage de cette lettre, la CENCO se fait le devoir d’informer le public de la vérité des faits :
4. Le 17/01/2017, Monsieur l’abbé Théo Tshilumbu et Monsieur Pierre Lumbi ont déposé au bureau de la médiation de la CENCO une lettre provenant de M. Etienne Tshisekedi destinée au Chef de l’Etat.
5. Les porteurs de cette missive ont donné avec insistance trois conditions pour sa remise à qui de droit : la stricte discrétion, attendre le moment opportun c’est-à-dire si toutes les négociations entre le Rassemblement et la MP n’aboutissent pas et la remise en mains propres au destinataire. La CENCO s’est engagée à respecter leur volonté.
6. Entre temps, pendant que les négociations étaient encore en cours, certains médias faisaient déjà allusion à cette lettre… La CENCO quant à elle, a tenu à ses engagements.
7. Le RASSOP ayant certifié que c’était le moment de remettre cette lettre, la CENCO a profité de sa rencontre avec le Chef de l’Etat, le lundi 20/02/2017, pour la lui remettre.
8. Ce dernier a estimé qu’il revient, au futur président du Conseil des sages du Rassemblement de lui présenter la liste des candidats.
9. La CENCO attend Que le RASSOP se donne un président du Conseil des sages pour lui remettre cette correspondance pour qu’il l’amène chez le Chef de l’Etat.
10. Comme vous l’aurez constaté, la CENCO n’a été que correcte par rapport à ses engagement convenus avec le RASSOP.
 
Kinshasa,  le 24/02/2017
 
Abbé Donatien Nshole