Lettre de l’Asadho aux responsables et membres des partis politiques de l’Opposition

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Aux Présidents, Secrétaires Généraux et membres des partis politiques de l’opposition

Mesdames et messieurs ;

            La présente lettre que l’ASADHO vous adresse  est fondée sur  notre conviction que sans une opposition politique engagée, effective et responsable, le processus de démocratisation de notre pays ne peut aboutir qu’à l’instauration, par la majorité présidentielle, d’une démocratie de façade dont notre peuple n’a pas besoin. Cette démocratie de façade est dangereuse tant pour notre peuple que pour ses dirigeants politiques. C’est la raison pour laquelle nous ne la voulons pas.  Nous, nous languissons après une démocratie dans laquelle la majorité présidentielle a sa place et où l’opposition peut être un vrai contrepoids et une alternative crédible.

            Depuis 1990 à ce jour, nous ne voyons pas  la  lueur qui préfigure l’avènement  d’une telle démocratie parce que la majorité présidentielle empiète sur le rôle dévolu à l’opposition, par la constitution,  et parce que l’opposition politique  ne se donne pas les moyens de devenir un véritable contrepoids politique. Certains membres de l’opposition politique sont aussi affectés comme la grande partie de notre peuple par la poursuite effrénée des intérêts personnels en lieu et place de poser des actes qui mettent notre peuple au centre de toute action politique.

            Malgré tout, pour l’ASADHO,   l’opposition politique reste importante dans la construction d’une vraie démocratie, en ce qu’elle constitue un contrepoids indispensable à l’égard de ceux qui détiennent le pouvoir.

            Les obstacles que l’opposition politique rencontre, actuellement, dans l’exercice de son mandat constitutionnel en République Démocratique du Congo sont nombreux et inacceptables : fermeture des médias proches de l’opposition, répression systématique des marches pacifiques de l’opposition, l’instrumentalisation de la justice contre certains leaders de l’opposition, achat des consciences… Nous ne pouvons accepter cet état de choses éternellement. C’est pourquoi  notre organisation ne  ménagera  aucun effort pour dénoncer tous ceux qui portent atteinte aux droits garantis à l’opposition par la Constitution ou qui la privent des moyens nécessaires pour lui permettre de faire entendre sa voix et de demander des comptes au Gouvernement.

            Cette position de l’ASADHO rentre dans son souci de voir s’installer en République Démocratique du Congo  une société ouverte et inclusive. Une société où tous les Congolaises et Congolais peuvent donner et recevoir. Une telle société, gage de progrès véritables, constitue le plus grand rêve de notre organisation.

            L’engagement de notre organisation pour lutter contre toute entrave à l’instauration d’une société ouverte et inclusive part de notre conviction que la démocratie est le seul système politique susceptible de permettre à tous les Congolaises et les congolais de  participer effectivement et librement à la construction d’un Congo plus beau qu’aujourd’hui.  Ce beau Congo que nous voulons pour nous, pour nos enfants et pour les enfants de nos enfants ne peut naître que grâce aux efforts de tous  les Congolaises et Congolais,   de ceux  qui sont issus des partis politiques de la majorité et de l’opposition politique, de la société civile  et de confessions religieuses. Aucun parti politique ou un  regroupement politique,  aucune organisation de la société civile,  aucune confession religieuse ne peut prétendre  construire à lui tout seul ce type de Congo.

            Dans  ce cadre, ceux qui sont au pouvoir sont appelés à laisser l’opposition politique jouer son rôle constitutionnel. Ils doivent se refuser à mettre en place une politique qui empêcherait l’opposition de jouer pleinement son rôle. En  travaillant à la conquête du pouvoir, les partis politiques de l’opposition doivent, de leur côté, aider  la majorité au pouvoir à améliorer la gouvernance et à mettre en place des politiques et programmes qui profitent directement aux populations.  Pour y arriver, l’opposition politique a  besoin de devenir un véritable contrepoids par rapport à la majorité en place. Ce contrepoids est nécessaire au développement démocratique dans le pays.  En d’autres termes, l’opposition politique doit démontrer qu’elle est une alternative crédible, sérieuse et fiable.  A cet égard,  c’est à elle que revient le fardeau d’apporter la preuve qu’elle est crédible et sérieuse.

L’alternative qu’elle propose en matière de politique économique, de justice sociale, de lutte contre l’impunité, des antivaleurs et la corruption devrait être lisible.

            Mais la question  que nous nous posons  tous est celle de savoir, si dans sa composition actuelle, l’opposition politique congolaise est ou peut devenir un contrepoids pour faire avancer la démocratie en République Démocratique du Congo.

            Le but de cette question est d’attirer l’attention de tous les partis politiques de l’opposition sur les choses qu’ils sont appelés à faire pour que l’opposition politique devienne un contrepoids effectif, une force qui puisse faire avancer la démocratie et  qui soit capable de faire mieux que la présente majorité une fois qu’elle aura conquis le pouvoir politique.

            Depuis la lettre ouverte de 13 parlementaires adressée au président MOBUTU, en 1980, jusqu’aux changements politiques survenus en avril 1990 et en 1997, certains individus ou partis politiques se sont  beaucoup battus pour l’instauration d’une vraie démocratie en République Démocratique du Congo ou pour conquérir le pouvoir politique par des moyens pacifiques et démocratiques, mais n’y sont pas arrivés. Non seulement parce qu’ils ont respecté la décision de la Conférence Nationale Souveraine interdisant à tout Congolais de prendre le pouvoir par les armes, mais aussi parce que les élections qui ont été organisées en République démocratique du Congo n’ont pas donné toutes les garanties de transparence souhaitées comme l’attestent les différentes revendications sur la vérité des urnes.  Aussi, leur capacité à influencer, au profit de notre peuple,  les politiques et programmes mis en place par ceux qui détiennent le pouvoir, s’est trouvée très limitée.

            Face aux enjeux de l’heure (la guerre à l’Est,  les entraves à l’exercice de la liberté d’expression et de manifestation de l’opposition, le dialogue politique, l’éventuelle révision de la constitution, les élections provinciales,  les élections législatives et présidentielle de 2016…), l’ASADHO appelle l’opposition politique à réfléchir aux questions suivantes :

1. La cohésion de l’opposition politique :

            Il est vrai que tous les partis politiques de l’opposition n’ont pas  la même vision.  En fonction de sa vision, chaque parti politique poursuit des objectifs individuellement défendables.  Nul  ne doute que ces  visions et objectifs divergents constituent souvent  un vrai  frein à la cohésion ou à l’unité des partis politiques de l’opposition. Or, devant les enjeux actuels, cette cohésion est plus que jamais nécessaire.

            La cohésion de l’opposition face à certaines questions d’intérêt national est  nécessaire pour faire d’elle un véritable contrepoids face à la majorité présidentielle et une alternative possible face à l’incapacité du pouvoir actuel à garantir la sécurité à la population, à préserver l’intangibilité des frontières nationales, à endiguer le pillage des ressources nationales et à assurer l’unité nationale et à lutter contre l’impunité. « Les populations sont impatientes, parce que fatiguées par la guerre, la pauvreté et la misère »[1].

            Cela est important non seulement pour conquérir le pouvoir politique, mais aussi pour influencer les politiques et programmes mis en place par ladite majorité présidentielle.

            C’est pourquoi l’ASADHO se félicite des efforts fournis par l’opposition politique pour parler d’une seule voix  sur les concertations nationales et sur d’autres questions d’intérêt national telle que la révision constitutionnelle qui se profile à l’horizon.

La Déclaration de l’opposition du 01 juillet 2013 et les résolutions du conclave de l’opposition politique tenu du 06 au 11 juillet 2013, à Kinshasa, sont des actes encourageants dans la mesure où ils  contribuent à renforcer l’influence de l’opposition politique sur les questions d’intérêt national.  Ces efforts, quoi qu’encore isolés, sont à encourager, car ils peuvent permettre à l’opposition de devenir non seulement un contrepoids, mais aussi une alternative.

            Nous sommes aussi conscients que l’unité ou la cohésion dont l’opposition fait preuve ces derniers jours sera confrontée à des épreuves  au moment  de mettre en œuvre la résolution n°3 relative à l’organisation et au fonctionnement de l’opposition politique prise par le Conclave et au moment  de désigner les représentants de l’opposition politique au dialogue politique ou aux concertations politiques.

Nous attendons voir le degré de responsabilité des dirigeants de l’opposition quand ces questions seront abordées.  Nous attendons aussi voir le degré de résistance des membres de l’opposition face aux sirènes de la nuit qui offriront appâts et promesses.

            Traitez ces questions de manière à garder la cohésion ou l’unité de l’opposition. Donnez la preuve que vous êtes non seulement capables d’aborder ces questions de manière démocratique et responsable, mais que vous pouvez être une alternative responsable et digne pour notre pays.

La survie de notre jeune démocratie est aussi liée à l’existence d’une opposition politique crédible et capable de surmonter ses divergences, tout  en se concentrant sur ce qui peut faire du Congo, un pays plus beau qu’aujourd’hui.

2. La participation au Gouvernement d’union nationale.

 

            La participation de l’opposition politique à un Gouvernement d’union nationale a toujours divisé et fragilisé l’opposition politique.  L’histoire nous enseigne malheureusement  que d’aucuns en ont fait la finalité ultime de différentes concertations passées. Par rapport à cette question, depuis 1990, les individus membres de l’opposition politique ont toujours privilégié les intérêts politiques ou financiers personnels immédiats en lieu et place de regarder à ce qui peut faire avancer la démocratie, à ce qui est durable pour notre peuple.

En ce qui concerne la mise en place et la participation à un Gouvernement d’union nationale qui serait issu du dialogue politique ou des concertations nationales, l’ASADHO partage les  mêmes points de vue que les partis politiques de l’opposition.

            Le dialogue ou les concertations nationales ne doivent pas être un lieu pour se partager le pouvoir politique. Pour l’ASADHO,  ce lieu devrait servir de cadre pour  débattre de toutes les questions d’intérêt national et à produire un cahier de charges que la majorité présidentielle devra mettre en œuvre pour recréer la cohésion et améliorer la gouvernance politique, économique et sociale du pays.

Nous croyons que les partis politiques de l’opposition et leurs membres tiendront cet engagement, qu’ils n’accepteront pas de participer à un quelconque Gouvernement d’union nationale.

            L’opposition devra laisser la majorité présidentielle poursuivre la mise en œuvre de sa politique et des  résolutions qui seront issues du dialogue ou des concertations nationales. Le rôle de l’opposition sera de veiller à ce que cette mise en œuvre contribue à l’amélioration des conditions de vie de notre peuple et à renforcer la cohésion et la concorde nationales.

            C’est en agissant ainsi que l’opposition sera digne de confiance et contribuera à l’amélioration de la gouvernance dans notre pays.

3. La capacité à se battre pour faire valoir  ses idées  et ses convictions.

            La capacité pour un homme politique à se battre jusqu’au bout pour les idées qu’il estime susceptibles de faire avancer son pays est une qualité qui manque à beaucoup des leaders politiques dans notre pays.

            Depuis avril 1990 jusqu’aujourd’hui, il est malheureux de constater que certains hommes politiques changent des camps politiques au gré des vagues et sans se soucier de leur honorabilité et du trouble que leur attitude crée au sein des populations, surtout au sein des jeunes générations. Ils sont prêts à renier leurs convictions dans le seul but d’obtenir un poste politique ou un avantage financier. Les exemples sont légion. L’addendum au Rapport du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo cite des exemples d’hommes politiques congolais qui sont au service des pays voisins et qui, devant les espèces sonnantes et trébuchantes, n’hésiteraient pas à trahir leur pays[2]. Nous disons seulement que ce type d’hommes est préjudiciable pour la démocratie et pour la cohésion nationale.

Nous serons très encouragés si nous constatons que  les hommes politiques qui sont dans l’opposition politique aujourd’hui travaillent pour faire avancer la démocratie et la gouvernance que pour gagner en finance et en honneur.

Une responsabilité historique pèse sur tous ceux qui ne sont pas au pouvoir, car ils ont l’obligation de surveiller la majorité présidentielle afin qu’elle gère le pays  dans l’intérêt du plus grand nombre.

Dans ce travail de surveillance, l’opposition est appelée à jouer un grand rôle, à condition qu’elle soit stratège,  unie et constructive.

            En  vous adressant cette lettre, nous avons un seul but en vue : voir l’opposition devenir un véritable  contrepoids à l’égard de la majorité présidentielle.   Cela va beaucoup contribuer à l’instauration d’un Etat de droit en République Démocratique du Congo.

            Il n’y a pas de démocratie sans une majorité présidentielle qui gère, il n’y a pas de démocratie sans une opposition qui surveille. Chaque partie doit laisser l’autre remplir son mandat constitutionnel. C’est à ce prix que le Congo deviendra un pays plus beau qu’aujourd’hui.

           Pour l’ASADHO

                                                                                          Maître Jean Claude

KATENDE

                                                                                                     Président National

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