L’éternelle équation Fdlr , Washington responsabilise Kinshasa et Kigali

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En un temps record, on a vu naguère défiler dans la région des Grands Lacs, 3 officiels américains de haut rang. La Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, l’envoyé spécial du Président Obama pour la région des Grands Lacs Howard Wolpe, et le numéro 2 de la majorité démocrate au Sénat Richard Dubin, avaient tous pour point de chute de leur mission la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, et dans leur agenda les Fdlr comme la préoccupation majeure. Après les opérations combinées Rdc-Rwanda menées l’année passée pour traquer et anéantir ces rebelles hutu rwandais, on avait laissé entendre que leur capacité de nuire était sensiblement réduite jusqu’à plus de 80%. On supposait depuis lors que le reste de 20% était insignifiant et inoffensif et devrait être balayé entre-temps. Mais il n’a pas fallu longtemps pour s’apercevoir qu’on était loin du compte. Les Fdlr sont autant tueuses et dévastatrices qu’avant.  L’un de ces drames récent est celui de 7 femmes originaires du village de Mulombozi, assassinées dans la nuit du 11 au 12 février 2010, dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu.

Selon le sénateur démocrate Richard Dubin, « le président Obama tient à poser des gestes en faveur du développement de l’Afrique. Cet objectif passe nécessairement par le retour de la paix et l’instauration de la démocratie sur l’ensemble du continent. Et il souligne : « les élections ont été organisées en RDC en 2006, mais depuis lors rien na changé dans l’Est de ce pays ». Concernant les Fdlr, il déclare notamment : « La question des rebelles hutu rwandais devrait être résolue par les gouvernements congolais et rwandais, ainsi que la communauté internationale ». Pour la RC, le sénateur démocrate insiste sur le fait qu’elle doit « réorganiser ses forces armées avec le concours de la communauté internationale représentée par la Monuc, dans le cadre d’un mandat précis et plus ciblé.» Washington est persuadé, dit-il encore, que « si rien n’a changé dans l’Est de la RDC, ce n’est pas seulement du fait des Fdlr. Des rapports de la Monuc et des ONG font mention des exactions attribuées à certaines brigades des Fardc ». Tout en concentrant ces efforts sur le Moyen-Orient et l’Extrême-Orient, « la nouvelle administration américaine entend liquider toutes les crises résiduelles qui risquent de déstabiliser certaines régions du monde », d’après les propos attribués à Richard Dubin.

Au Rwanda, Washington lui demande « d’accorder la chance de retourner dans leur pays, aux gens qui n’ont pas été impliqués dans des crimes horribles. Il y en a qui sont déjà rentrés et vivent assez bien parce qu’ils ne sont pas impliqués dans ces crimes ». Comme un test de sincérité et de bonne foi qu’il fait subir à Paul Kagamé, Washington demande au Rwanda de « publier les noms des combattants Fdlr accusés de violations des droits de l’homme pour permettre à ceux qui ne se sont pas concernés de regagner leur pays. La liste des génocidaires qu’il est demandé à Kigali d’établir, sera utilisée par la Communauté internationale pour faire pression sur les pays d’accueil des chefs des Fdlr à l’étranger. » Dans son rapport au Conseil de sécurité en décembre 2009, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu en RDC, Alan Doss, signalait « que le moyen efficace d’en finir avec l’équation Fdlr consistait à décapiter leur leadership politique avec l’appui des pays d’accueil, et aussi à stopper le trafic des minerais de l’Est de la RDC qui leur fournit les ressources de survie et de guerre. » Pour l’essentiel de la stratégie de Washington : 1/ la RDC doit réformer son armée et plier les hommes de troupe à la discipline avec le concours de la Monuc ; 2/ le Rwanda doit faire la différence entre les génocidaires et ceux qui ne le sont pas afin que ces derniers puissent regagner leur pays, dresser aussi la liste de ces génocidaires et les localiser.

Une vision réaliste du train-trust Obama

Cette vision de la situation présentée par l’administration Obama met en évidence une réalité selon laquelle la pacification de l’Est n’est pas si simple qu’on se l’imagine. La clef du problème se trouve entre les mains de Kinshasa et Kigali. A cet égard, quels que soient les efforts qu’on attribue à Jean-Bosco Ntaganda dans la pacification de cette partie du pays, l’ancien bras droit de Laurent Nkunda ne saurait s’en sortir en dehors des responsabilités que Washington détermine pour la RDC et pour le Rwanda. La désignation des protagonistes avec le cahier des charges qu’ils doivent exécuter, apparaît comme une démarche qui tend à démanteler ce fonds de commerce odieux que représentent les Fdlr, particulièrement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Mais les protagonistes auraient tort de croire que les charges que leur définit l’administration américaine d’aujourd’hui sont à prendre ou à laisser. Washington suit la situation très attentivement.

Si le Président rwandais Paul Kagame tient réellement à être débarrassé des Fdlr, il ne peut plus tergiverser maintenant qu’on lui met le marché en main. Il devrait s’empresser de confectionner la liste des génocidaires identifiés avec des coordonnées de localisation. Selon Washington et le Conseil de sécurité, cela pourrait conduire à la neutralisation des ténors  à partir des pays d’accueil où ils ont trouvé refuge. On ne sait si Kigali peut satisfaire à cette exigence qui est comme la balle qu’on lui renvoie. Depuis l’accord de Nairobi signé par Kinshasa et Kigali en présence des témoins de la communauté internationale, toutes les stratégies imaginées visaient vaguement à la liquidation des Fdlr comme forces négatives. Mais le schéma de l’administration Obama cerne autrement le problème, détermine les protagonistes et précise les charges de responsabilité que chacun doit assumer. Ce schéma paraît plus concret que la particularité de l’accord de Nairobi et la généralité de la Conférence de Goma. Jusque-là Kagame faisait croire à l’opinion que la liquidation des Fdlr sur le sol congolais incombait seulement à Kinshasa. On lui apprend maintenant qu’il a une part de responsabilité plus grande encore, car c’est lui qui doit identifier et désigner les génocidaires en dehors de son pays. C’est la vision réaliste du brain-trust du Président Obama. 

Jean N’Saka wa N’Saka

 

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