L’escroquerie à la «griffonia» s’enracine à Kasangulu

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Après avoir piqué la somme de 15.000 dollars à une architecte résidant dans la commune de Limete, des escrocs très rusés viennent de faire une nouvelle victime. Ils ont réussi à endormir un père de famille respectable, haut cadre dans une institution de la place et à lui subtiliser la bagatelle de 10.000 dollars américains. Comme pour le premier cas, l’affaire tourne autour d’une prétendue opération d’achat de la graine « griffonia », qui serait fort recherchée en Ouganda, à cause de ses vertus thérapeutiques.
 Un beau matin du mercredi 11 juillet 2012, Patrick Kayembe – c’est le nom de la nouvelle victime- reçoit l’appel d’un certain Martin Mukalay (n° de téléphone +256 759 363 251), qui se fait passer pour un Congolais résidant à Kampala et travaillant au laboratoire « Foflex ». Il se présente comme un des anciens étudiants du précité à l’Ecole de Santé Publique de l’Université de Kinshasa.

 A l’en croire, la graine « griffonia » serait commercialisée sur le marché ougandais au taux de 45 dollars la pièce. Il recommande alors à Patrick Kayembe d’entrer en contact avec un guérisseur traditionnel habitant Kasangulu, dans le Bas-Congo, qui vend la graine à 20 dollars la pièce. L’offre est tellement alléchante que ce dernier prend contact avec Papa Panzu Mingiedi (phone : 081 024 6172). Celui-ci confirme le prix de 20 Usd, soit l’équivalent de 18.000 francs congolais. Afin de faciliter la transaction, rendez-vous est pris avec deux fils de papa Panzu à Mitendi, le samedi 14 juillet 2012.
 Dans un premier temps, Patrick Kayembe se contente d’acheter trois graines à 60 dollars, en guise d’échantillon à présenter à l’équipe d’acheteurs en provenance de l’Ouganda et conduite par un certain Rock. Dès que le marché est conclu, Martin Mukalay le rappelle plusieurs fois au téléphone, le pressant de faire diligence.
 Le même jour, Rock appelle de Brazzaville pour annoncer son arrivée à Kinshasa le même samedi, avec logement au Grand Hôtel Kinshasa. Lorsque Patrick Kayembe s’y pointe à 20 heures, son hôte lui apprend au téléphone qu’il s’est déplacé pour le Memling, pour un autre marché et lui envoie son agent commercial, un certain William (phone/ 082 541 8588). Alors qu’il l’attend à la réception, l’émissaire de Rock lui demande de le rejoindre à la piscine. Dans la pénombre, il lui remet 50 dollars pour l’une des graines de l’échantillon à montrer à son patron.


 Alors qu’il est en route pour chez lui, Patrick Kayembe reçoit un appel de Rock, qui lui fait croire que la « griffonia » est d’excellente qualité et que le laboratoire Foflex » a besoin d’au moins 1.000 pièces. Compte tenu de cette forte demande, il reprend contact avec Papa Panzu en vue d’obtenir d’urgence la quantité sollicitée. Le dimanche 15 juillet, lorsqu’il arrive à Kasangulu, le tradipraticien est absent. Mais il trouve ses deux fils qui lui disent qu’ils n’ont trouvé que 500 graines. Vu de la pression de Rock, Patrick Kayembe paie cash 10.000 dollars Usd.
 Une fois en possession des produits, il revient à Kinshasa et reprend aussitôt contact avec Rock et William. Mais les deux preneurs sont formels : leur firme ne peut pas acheter une quantité inférieure à 500 graines. C’est 1000 graines de « griffonia » ou rien. Hypermotivé par la perspective de réaliser une affaire en or, Patrick Kayembe relance Papa Panzu, qui promet de lui fournir la quantité supplémentaire le lundi 16 juillet, à partir de Mitendi.


 Accompagné cette fois de son épouse, Kayembe rencontre un fils Panzu, le nommé Makengo ( phone : 082 063 5481) mais assisté d’un inconnu. Autre fait bizarre : au lieu de 500 graines sollicitées, le groupe se présente avec 2.500 graines, sous prétexte qu’un second preneur serait à l’affût. Ayant constaté que le couple est devenu méfiant, l’inconnu s’excuse pour aller se soulager. Il tarde tellement à revenir que son acolyte promet d’aller le chercher, laissant les 2.500 graines à la garde du couple.
 Ne voyant revenir ni l’un, ni l’autre après une interminable attente, Patrick Kayembe appelle Rock et William pour leur expliquer ce qui vient de se passer à Mitendi. C’est alors que Rock lui répond sèchement qu’il ne peut pas acheter une marchandise litigieuse et l’accuse d’avoir roulé Papa Panzu. Intrigué, Patrick Kayembe pense appeler ce dernier pour tirer l’affaire au clair, mais son téléphone est fermé. Il se rabat alors sur tous les numéros de contact à sa portée. Curieusement, les téléphones de Rock et William sont aussi hors périmètre. Sa tentative d’atteindre Martin Mukalay à Kampala est tout autant infructueuse. Tous les efforts qu’il déploie pour retrouver les traces de Rock et William au Grand Hôtel Kinshasa comme au Memling s’avèrent infructueuses.
 Alors il comprend enfin : il a été victime d’un réseau d’escroc. Il a perdu 10.000 dollars dans l’affaire. N’eut été la présence de son épouse à Mitendi, il aurait certainement perdu le double. Moralité : attention à la « griffonia » et aux randonnées à Kasangulu. Patrick Kayembe est-il la dernière victime de la série? Il faut l’espérer.

     
Kimp

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