Les vraies questions de Lambert Mende

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Dans un récent face à face avec la presse, Lambert Mende Omalanga, ministre de la Communication et des Médias, a posé entre autres questions, celles relatives à la détention prolongée et inexpliquée d’un journaliste à la prison centrale de Makala, en l’occurrence Lutu Mabangu,  Chargé de mission à la RTNC 2. Après avoir été privé de liberté pendant plus de deux mois, il a été acquitté au niveau de la Cour d’Appel de Kinshasa. Le ministre s’est inquiété du non respect de la présomption d’innocence dans le chef de ce haut cadre de son secteur.

Ce cas n’est ni fortuit, ni unique. Notre pays vit désormais au rythme d’une loi non écrite qui vient d’ériger la détention préventive en règle et la liberté en exception. Or, dans l’esprit du législateur congolais, c’est la liberté qui est la règle et la détention préventive l’exception. Un autre principe de droit descendu en flammes par les magistrats et leurs auxiliaires est celui de la présomption d’innocence, remplacée par la présomption de culpabilité.

Au nom de cette dernière, quiconque fait l’objet d’une plainte au niveau d’un commissariat de police, d’un parquet ou d’un tribunal est d’office jeté dans un cachot ou expédié en prison, quitte à rechercher par la suite les éléments constitutifs de l’infraction mise à sa charge, d’ouvrir son procès en tant que prévenu non libre et, dans l’hypothèse de l’absence des preuves de sa culpabilité, le relaxer.

Mandataires publics : fâcheux précédents

Les gestionnaires des entreprises publiques paraissent comme les cibles privilégiées des abus des procédures judiciaires. Ils sont nombreux à avoir déjà humé l’air frais de l’amigo de la Police Judiciaire des Parquets, dans la commune de la Gombe, mais aussi celui de la prison centrale de Makala, sans que les allégations de détournements mises à leur charge n’aient été formellement étayées de preuves irréfutables. On peut citer, dans le lot d’anciens pensionnaires de Makala injustement détenus puis libérés après le constat de leur innocence, un ADG honoraire de la RVA, le professeur Okana, l’actuel ADG de l’Ogefrem, Emile Ngoy Kasongo, l’actuel PCA de l’OVD. Quant à l’ADG de la Snel, Daniel Yengo, et l’ADGA de l’Onatra, Serges Basaula, ils avaient été gratifiés d’un cours séjour au cachot de la Police Judiciaire de Gombe. L’objectif inavoué était de rendre leurs postes vacants et d’y positionner les pions des « parrains ».

Les compatriotes et expatriés qui ont déjà fait gratuitement la prison ou séjourné dans des cachots se comptent par milliers. Des centaines d’autres continuent de moisir dans des prisons, sous le régime de la détention préventive, par la volonté d’un magistrat, un décideur politique, d’une épaule galonnée, d’un puissant homme d’affaires, de la maîtresse d’un dignitaire de la République, de la sœur ou du frère de …

Prisons surpeuplées

Les prisons congolaises sont surpeuplées, entre autres à cause de la présence, en leur sein, d’une écrasante majorité des détenus placés sous le régime de la détention préventive ou parfois sans dossiers. Les procédures de mise en liberté provisoire sont si complexes que certains finissent par y passer des séjours dépassant la durée des peines qui leur auraient été appliquées s’ils avaient été condamnés.

Quelques uns, notamment des mandataires publics, jouissent d’une publicité telle dans les médias et d’une assistance judiciaire si soutenue qu’ils réussissent, soit à arracher rapidement la liberté provisoire, soit à être jugés diligemment et acquittés après avoir apporté, devant les juges, la preuve de leur innocence.

La RDC appelée à devenir un Etat de droit

La République Démocratique du Congo n’est pas encore un Etat de droit. Quiconque peut le constater à l’analyse des dossiers judiciaires des pensionnaires des prisons et amigos de la police. Les vieilles pratiques d’arrestations et détentions arbitraires, souvent assorties de traitements inhumains et dégradants, avant que ne soit établie la culpabilité des personnes accusées de détournement des deniers publics, de viols, de vols simples, de meurtres ou assassinats, de corruption, de concussion, de faux et usage de faux en écriture, d’abus de confiance, d’escroquerie, d’associations de malfaiteurs, de coups et blessures, de destructions méchantes, de stellionat, d’injures publiques, d’adultère, de pédophilie, etc.

Le plus souvent, des innocents sortent des prisons ou des cachots quelques jours, mois ou années après avoir été humiliés et maltraités, alors que leur dossiers étaient réputés vides. Les Congolais exigent de jouir effectivement et pleinement de leur droit à la présomption d’innocence. Ils réclament que les magistrats et leurs auxiliaires, qui agissent trop souvent sous la dictée des personnes extérieures à leur corps, prennent au moins la peine d’enquêter, de réunir le maximum de pièces à conviction, de conduire la procédure jusqu’au jugement définitif, avant de décider de priver quelqu’un de liberté ou de jeter son honneur aux chiens.

La RDC devrait privilégier le régime de prévenus libres pour les honnêtes gens, dont la fuite n’est pas à craindre, selon l’expression consacrée, et n’appliquer celui de la privation de liberté que pour les auteurs des crimes de sang, les violeurs des filles et femmes surpris en flagrant délit, les voleurs à main armée, bref, les mauvais citoyens dont la nuisance à la société est formellement établie.

                                   Jacques Kimpozo

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