Les vendeurs ambulants manifestent devant l’Hôtel de Ville

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Quelques rues du centre-ville de Kinshasa ont été prises d’assaut hier dans l’après-midi par près de deux bataillons des vendeurs ambulants. Les uns surchargés des cartons achalandés des friandises, les autres trimballant ou exposant le long des avenues, des habits usagés ou neufs, des lunettes, des montres-bracelets, des chaussures, des bassins des pains et même des aphrodisiaques, avaient interrompu leurs activités pour exprimer leur ras le bol des mesures d’assainissement décidées contre eux par l’Hôtel de ville de Kinshasa. En effet, depuis plus d’un mois, le gouverneur de la ville a chargé la police provinciale de chasser du centre-ville et dans toutes les communes, tous les marchés pirates et les marchands ambulants qui encombrent la chaussée. Cette sorte de pollution «  commerçante ».

Satisfaits de cette opération de «  nettoyage », les policiers en ont profité pour charger dans des chariots, des chaises en plastique, des bacs-glacières et des boissons sucrées, des parasoleils, des effets vestimentaires et autres articles arrachés, qui souvent prennent des destinations faciles à deviner.  

C’est donc aux cris de «  Boye te ! Tolembi ! » qui signifient «  Ce n’est pas comme cela ! Nous en avons marre ! » que ces commerçants de l’informel ont quitté pour le premier groupe, les Galeries Albert et l’immeuble Botour, leur principale place marchande, en passant par l’Hôtel Memling pour terminer leur marche à l’Hôtel de ville de Kinshasa, tandis que l’autre groupe venait des avenues du Commerce, du syndicat, Bokassa avec comme point de chute, les bureaux du gouverneur. Cette manifestation a perturbé tout au long de son parcours, la circulation des véhicules sur plusieurs avenues, dont celle de la presse, colonel Ebeya, et autres.

En effet, chassés du centre-ville, leurs biens arrachés par les policiers, ces vendeurs ambulants avaient débouché hier dans l’après-midi, au bureau de l’autorité urbaine pour lui faire comprendre qu’à l’absence des emplois, ils n’entendaient pas grossir les rangs des malfaiteurs et autres marginaux, causer du tort à la population kinoise et donner du fil à retordre à la police. Mieux, ils font des va et vient au centre-ville sans salir la ville, écoulent leurs biens et contribuent ainsi à nourrir de milliers des ménages. Ces marchands ambulants allèguent aussi qu’avec ce commerce, ils luttent avec des moyens de bord contre la pauvreté et quelquefois, paient quelques taxes auprès des agents des communes et des policiers. Si ces commerces deviennent rentables, ils se mueront plus tard en micro ou petites et moyennes entreprises, avant d’être répertoriées et recensées comme des assujettis de la DGDI. 

Que l’autorité urbaine tienne à la propreté de la capitale, c’est une bonne chose, reconnaissent-ils. Mais qu’ils soient acculés à rester chez eux pendant tout le mois de juin, c’est, disent-ils, les pousser au suicide ou à la mort. Car, sans exercer une quelconque activité commerciale, comment vont-ils subvenir aux besoins de leurs familles ? Comment vont-ils payer le loyer, les frais de consommation d’eau et d’électricité, les soins médicaux et de transport pour leurs enfants étudiant dans des communes éloignées?

Ce sont là autant d’interrogations qu’ils entendaient soumettre au gouverneur de la ville et pour lesquelles ils espéraient trouver des réponses satisfaisantes. Malheureusement pour eux, le gouverneur n’était pas à son bureau. Selon certains agents du protocole de l’Hôtel de ville, il était retenu à une réunion ou à une visite des travaux de réhabilitation de la voirie urbaine.

On croit savoir que faute de l’avoir rencontré, les bataillons des vendeurs ambulants entendent relancer la même manifestation aujourd’hui, afin d’exposer leur cahier de charges à l’autorité urbaine censée leur trouver des solutions. Cette catégorie professionnelle n’entend pas baisser les bras devant les mesures d’assainissement prises par le gouverneur de la ville qui ne sont pas malheureusement assorties par des mécanismes d’accompagnement de ces micro opérateurs économiques.

                                 J.R.T. 

 

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