Les USA rappellent à la RDC les prescrits de la démocratie

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usaLe gotha socio-politico-économique congolais, ainsi que de nombreux diplomates, ont répondu présents à l’invitation de l’ambassade des Etats-Unis en RDC qui a célébré, le vendredi 6 février 2015 à Kinshasa, la journée « Martin Luther King ». Occasion pour l’ambassadeur James C. Swan de développer, à l’intention de ses convives, les valeurs démocratiques et des libertés défendues par le visionnaire Martin Luther King Jr. A l’heure où la RD Congo se prépare à connaitre un nouveau tournant dans sa marche vers la démocratie, James Swan a exhorté les dirigeants congolais à favoriser l’émergence des institutions démocratiques qui sont « le meilleur moyen de résoudre des questions aussi cruciales, pour le bien du peuple ». Partisan endurci de la démocratie constitutionnelle, le diplomate a indiqué que cela implique le respect de la constitution, même par ceux qui pourrait être personnellement désavantagés en la respectant. Cela suppose également le renouvellement régulier des dirigeants—y compris des responsables politiques bien installés dans leurs postes, a-t-il conclu.

L’allocution de l’Ambassadeur James C. Swan
La journée Martin Luther King6 février, 2015

Distingués invités, mesdames et messieurs, soyez les bienvenus, à l’heure où nous célébrons et nous nous souvenons du Dr Martin Luther King, un homme dont le mouvement a profondément changé l’Amérique et a influencé le monde entier.

La journée dédiée à Martin Luther King est une fête nationale aux Etats-Unis. Nous sommes  le seul pays occidental à avoir décrété un jour férié en l’honneur d’une personne d’origine africaine—un hommage rendu non seulement au Dr King mais aussi aux contributions et aux sacrifices considérables de la communauté africaine américaine qui jalonnent notre histoire. Cette année, nous célébrons cette fête le lundi 19 janvier, une date qui a été caractérisée par des manifestations, des troubles et de violences au Congo. Le contraste entre la vision du Dr King, axée sur la résolution pacifique des différends, et la violence dont nous avons été les témoins cette semaine-là était saisissant.

Le Dr King a légué un héritage profond aux Etats-Unis, perceptible à travers les progrès importants réalisés à l’égard des relations entre les races et de l’inclusion. Il reste beaucoup à faire, comme nous l’avons constaté cette année lorsqu’un jeune noir de 18 ans a été tué par un policier à Ferguson, dans le Missouri, un incident qui a par la suite provoqué des manifestations dans de nombreuses villes américaines. La communauté africaine américaine a toutefois fait des progrès impressionnants sur les plans économique et politique, au cours de la deuxième moitié du siècle dernier. En tant que catégorie démographique, les Africains Américains sont malheureusement encore à la traîne concernant un certain nombre d’indicateurs économiques et sociaux. Les 40 millions d’Américains d’origine africaine ont néanmoins un pouvoir d’achat combiné estimé à mille milliards de dollars. Ils sont, en outre, de plus en plus visibles aux postes les plus importants du pays, y compris, bien sûr, à la Maison Blanche.

Vous avez probablement remarqué ce soir les posters alentour qui illustrent le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis. Ce sont des images de lutte et de triomphe. Ces photos racontent le courage de ces hommes et de ces femmes, unis dans l’effort commun de dénoncer l’injustice et les préjugés et de mettre un terme à la ségrégation dans notre pays. Mais l’impact réel du mouvement des droits civiques s’est étendu bien au-delà de la communauté africaine américaine. Aux Etats-Unis, l’idée du mouvement des droits civiques évoque en réalité le mouvement pour les réformes démocratiques et la bonne gouvernance.  L’objectif de ce mouvement était de garantir que tous nos citoyens puissent pleinement participer à la vie et aux décisions de notre nation et contribuer à sa réussite.

Le Dr King était un visionnaire, un orateur brillant, un activiste courageux et une personne ayant des principes, défendant ardemment la non-violence. Il n’a cependant pas apporté le changement en Amérique seul. Il a travaillé dans un cadre incluant des institutions nationales fortes qui assurent le respect des garanties constitutionnelles accordées à tous les citoyens. D’autres Américains—même ceux qui se sont opposés à lui—ont agi pour faire en sorte que ses opinions soient  entendues, même quand elles menaçaient des intérêts puissants.  Souvenons-nous du fait que la Cour Suprême qui a rendu l’arrêt historique connu sous le nom de Brown contre la Commission Scolaire—stipulant que des locaux destinés exclusivement aux Noirs étaient intrinsèquement inégaux et résolument anticonstitutionnels—était en fait entièrement composée d’hommes blancs issus de milieux privilégiés. N’oublions pas non plus que ce fut un président conservateur qui envoya la Garde Nationale pour assurer que la décision de la cour fût respectée dans toutes les écoles du pays. Gardons enfin à l’esprit que ce fut le premier président élu originaire du Sud profond depuis notre guerre civile qui défendit une loi sur les droits civiques qui fit date.  Les cours, des médias libres et une société civile dynamique garantirent les droits de se réunir, de manifester et d’exprimer ses opinions sur ces questions. Ceux qui essayèrent de s’attaquer à ces droits—en lâchant les chiens sur des manifestants pacifiques à Selma ou en brimant les élèves noirs à Little Rock—sont dépeints dans notre histoire comme étant des  personnages méprisables.
Les réalisations du Dr King nous enseignent aussi que les élections et l’alternance du pouvoir politique sont importantes. Des programmes visant à faire progresser l’égalité et la mobilité sociales pour tous les Américains furent réalisés en grande partie grâce aux victoires électorales écrasantes de leurs promoteurs en 1964. En définitive, la vision inspiratrice du Dr King a laborieusement progressé et fut inscrite dans la loi grâce à des institutions nationales qui ont respecté nos normes constitutionnelles.

Ici, au Congo, à l’heure où le pays fait face à plusieurs décisions de politique nationale importantes, nous croyons aussi que les institutions démocratiques sont le meilleur moyen de résoudre des questions aussi cruciales, pour le bien du peuple. Dans une démocratie constitutionnelle, ceci implique le respect de la constitution—même par ceux qui pourrait être personnellement désavantagés en la respectant. Cela suppose également le renouvellement régulier des dirigeants—y compris des responsables politiques bien installés dans leurs postes. Et cela implique aussi la volonté de garantir à tous les citoyens le droit de se réunir, de s’exprimer librement et d’avoir accès aux medias. Tous ces domaines suggèrent l’existence d’une démocratie florissante.

Les Etats-Unis sont, par conséquent, perturbés par certaines actions récentes en République démocratique du Congo qui ont concouru à favoriser la perception d’une réduction de l’espace politique. Je fais ici référence à l’interdiction d’accès aux communications libres qu’offrent les programmes radiodiffusés et les réseaux sociaux ; aux arrestations, aux détentions ou aux menaces de poursuites judiciaires à l’encontre d’hommes politiques et de responsables de la société civile importants ; ainsi qu’aux entraves aux droit de rassemblement pacifique et au droit de manifester. Ces mesures, fussent-elles fortuites et involontaires, risquent d’avoir un effet négatif sur la libre concurrence politique. Bien que l’Etat ait sans conteste la responsabilité de protéger l’ordre public, il a aussi—dans une démocratie—le devoir de créer les conditions pour l’examen ouvert et public des politiques gouvernementales. Au Congo, cet espace politique est particulièrement crucial sachant que le pays entre dans un cycle électoral qui devrait aboutir au premier transfert pacifique du pouvoir exécutif depuis son indépendance.

Le partenariat entre les Etats-Unis et le Congo est solide.  Les intérêts des Etats-Unis au Congo sont divers, et comprennent la promotion du développement économique et la croissance du secteur privé, ainsi que celle de la paix et de la sécurité, plus particulièrement dans l’est de la RDC. Mais, alors que nous contemplons ce soir l’héritage du Dr King, l’heure est propice à la réflexion sur le rôle fondamental de la liberté d’expression et des medias, de la liberté de rassemblement, de l’alternance du pouvoir et du respect de la constitution dans la construction d’une démocratie forte—une démocratie à même de promouvoir les objectifs de la nation pour le bien du peuple. Dans l’histoire des Etats-Unis, nul n’a utilisé ces libertés d’une manière aussi efficace et durable que le Dr King.