Les têtes commencent à tomber : John Numbi, Daniel Mukalayi…

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Le gouvernement congolais fait face à une forte pression tant intérieure qu’extérieure depuis l’assassinat de Floribert Chebeya, Directeur Exécutif de l’Ong « La Voix des Sans Voix », dans la nuit de mardi à mercredi 02 juin 2010 à Kinshasa. En lisant, entre les lignes, les messages des organisations non gouvernementales de défense des droits de l’homme de la RDC comme d’ailleurs, des églises, de la société civile, des partis politiques mais surtout des missions diplomatiques et institutions internationales, un seul constat se dégage : la mise en cause de l’expertise locale et de la sincérité des autorités nationales. La vérité est exigée sans condition.

C’est là une lourde responsabilité pour les décideurs politiques congolais, qui ont l’obligation de démontrer à la face du monde qu’ils ne sont impliqués ni de loin, ni de près dans ce qui paraît de plus en plus comme l’élimination physique programmée d’un défenseur des droits de l’homme qui dérangeait. L’autre lecture des réactions en provenance des structures politiques et apolitiques aussi bien nationales qu’internationales donne à penser que tout le monde doute de la volonté des officiels de Kinshasa de laisser éclater la vérité.

C’est à peine s’il ne leur est pas demandé de se dessaisir du dossier. En tout cas, la suspicion reste très forte vis-à-vis tant du pouvoir exécutif que du pouvoir judiciaire congolais. Cette méfiance est notamment traduite par des préalables au lancement de toute enquête policière ou judiciaire : l’association des médecins légistes étrangers à toute autopsie, la participation des personnes extérieures à la police ou justice nationale au travail de collecte et d’analyse des données, l’indépendance totale de la commission d’enquête à placer sous la supervision des Nations Unies, etc.   

Mais la particularité de l’affaire Chebeya est à chercher dans le fait que les partenaires privés et étatiques de notre pays expriment leur ras le bol face à la longue série d’assassinats, demeurés impunis, des journalistes et défenseurs des droits de l’homme. Le monde extérieur nous rappelle qu’il en a marre d’enquêtes baclées et des parodies des procès chaque fois qu’il est question de la mort suspecte d’un des acteurs pourtant fort utiles à la construction de la démocratie et de l’Etat de droit. La RDC joue ainsi une carte décisive de sa crédibilité dans une affaire criminelle où la transparence constitue la préoccupation majeure de ses partenaires. La moindre négligence ou la moindre interférence dans le travail de la commission d’enquête ou de la justice risque d’être interprétée comme une attitude de complicité avec le (s) commanditaire (s) et/ou les exécuteurs de la victime.

 John Numbi : oui…mais… 

La suspension de l’Inspecteur général de la police, le général John Numbi, à la demande du Conseil Supérieur de la Défenseur, présidé le samedi 05 juin 2010 par le Chef de l’Etat lui-même, constitue déjà un geste rassurant pour la liberté d’action des limiers de la police, dont il était le patron. Il est permis de croire que sa pression morale éventuelle sur l’évolution du dossier Chebeya est désormais à écarter.

Il serait toutefois hasardeux de le présenter d’office comme le coupable, même si son nom est abondamment cité dans les derniers moments de la vie du défunt. Certes, il ne peut pas ne pas être retenu sur la liste des suspects. Mais, le principe de la présomption d’innocence appelle au devoir de réserve dans l’examen du rôle de cet officier dans ce qui s’est passé entre le vendredi 28 mai 2010, jour où un certain « Michel » de la Police Nationale Congolaise s’est présenté en son nom au siège de la Voix des Sans Voix pour remettre un colis bizarre (un vieux communiqué de l’Ong) à Chebeya et le mardi 01 juin 2010, date annoncée du rendez-vous  entre les deux interlocuteurs.

Quid des policiers arrêtés ?

L’opinion congolaise a soif de connaître la suite du dossier Chebeya après la suspension du général John Numbi et l’arrestation de plusieurs membres de la police, dont le colonel Daniel Mukalayi, un des responsables des renseignements généraux. Le Conseil Supérieur de la Défense a d’ailleurs fait état de cette rafle, sans donner le moindre détail. Mais, à en croire certaines indiscrétions, relayées par plusieurs radios périphériques et donc mises à la portée de nos compatriotes, les intéressés auraient fait des aveux. Ils auraient laissé entendre que la victime aurait été torturée, avant que mort d’ensuive.

A ce stade, le vœu de tous serait de savoir si le colonel Mukalayi et consorts avaient agi de leur propre chef ou s’ils l’avaient fait sur ordre. Dans l’hypothèse d’un ordre exécuté par les « seconds couteaux », qui en serait le donneur (ou en seraient les donneurs) ? Il appartient à qui de droit de faire en sorte que soit « internationalisée » l’enquête sur les circonstances de la mort de Chebeya, de manière que soit rapidement planté le décor d’un procès transparent et équitable.

Car, si les résultats attendus ne vont pas dans le sens de dédouaner complètement les décideurs politiques congolais, ceux-ci devraient craindre des lendemains difficiles avec nos partenaires.      

Jacques Kimpozo

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