Les tatouages : une culture qui remonte à l’époque ancestrale

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La question des tatouages n’est pas nouvelle dans la société traditionnelle congolaise.

            Selon le professeur Makelele  de l’Institut Facultaire des Science de l’Information et de la Communication (IFASIC),  les tatouages ancestraux répondaient à un créneau de beauté et parfois à certaines préoccupations sociales.  Dans certaines contrées, pense-t-il, la population avait l’habitude de se tatouer pour se mettre à l’abri de la traite noire. Et lorsque les acheteurs d’êtres humains se présentaient dans certains coins et remarquaient que les habitants étaient recouverts des tatouages, ils étaient obligé de changer de destination parce qu’ils les  qualifiaient de mauvais produits à acheter.

 

Outre les tatouages, le professeur Makele a également expliqué que  cette population ancestrale se faisait aussi percer  les oreilles ou les narines, toujours dans le but d’échapper à l’esclavagisme.

Pour protéger certaines races ou souches de la population de la traite négrière dans la Province Orientale, les «Mangwetu» enfermaient pratiquement la tête du nouveau né dans une sorte de panier solide pour que la crâne prenne la forme de ce panier afin que cet enfant une fois grand, soit à la vente.

En ce qui concerne les instruments de tatouages, on utilisait souvent des lames tranchantes, la poudre de  chasse, ou certaines plantes qui avaient pour but de creuser la peau et faire n’importe quel dessin sur le corps, a-t-il soutenu.

«Chaque civilisation avait des techniques de suivies pour éviter la contamination et les infections des  plaies», a précisé le professeur de l’IFASIC.

Au-delà du fait que les tatouages  préservaient certaines négrières de la traite noire, ils servaient aussi d’indentification des tribus. Quelques  personnes âgées témoins de cette pratique ancestrale livrent leurs témoignages.

 

Louise Lumoni (vendeuse au marché centrale de Kinshasa)

 

Dans notre village Ndembe à Mbanzalemba dans le Bas-Congo, les tatouages étaient une pratique à la mode et représentaient la beauté. Ça se faisait à l’aide d’une lame tranchante qui permettait d’ôter une partie de la chair de part et d’autre des joues. Souvent, on choisissait  de faire le matin à la tombée de la pluie pour faciliter la coagulation du sang. Certaines personnes se tatouaient au ventre, à la poitrine. Et d’autres inscrivaient le nom de leurs amoureux au bras. Mais moi, j’avais accepté d’être tatouée seulement aux joues.

 

Suzanne Makiese (vendeuse d’arachides)

 

Chez nous les Ndibu au Bas-Congo, les tatouages étaient un motif de fierté. Les jeunes filles qui ne portaient pas ces marques étaient sujettes aux critiques. Aucun homme ne voulait d’elles en mariage. Une femme tatouée était à la mode.

Les tatoueurs utilisaient des aiguilles, ils trouaient la peau transversalement de haut en bas jusqu’au niveau du nez.  Ensuite, les tatoueurs appliquaient un produit noir sur la plaie et de l’huile de palme pour permettre la cicatrisation.

Après s’être tatoué, il était recommandé de ne pas se laver le visage jusqu’à la disparition de la douleur. De mon coté, je n’avais pas pu me faire tatouait suffisamment comme le souhaiter ma sœur à cause de la douleur qui m’était insupportable.

 

José Lukusa (Technicien)

 

Dans mon village, les tatouages représentaient une fierté. Pour se tatouer, on utilisait des lames, des aiguilles et des graines appelées « Mbuma Liboto ». Les tatouages représentaient la force chez les hommes, et ça faisait peur aux ennemis. Mais aujourd’hui, l’usage des tatouages a été dénaturé. Actuellement, les musiciens, les sportifs et autres, portent des tatouages qui représentent quelques fois des signes occultes. Pourtant à l’époque, ils ne symbolisaient que la beauté.

Après lecture des propos ci-haut, nous remarquons que les mêmes pratiques ont resurgie  dans la société moderne,  sous une autre signification.  De plus en plus, les jeunes  filles et garçons se font tatouer certaines parties du corps pour plusieurs raisons dont eux-mêmes détiennent le secret. Quelques uns en parlent.

 

Ginette Ngoma (guichetière)

 

Le tatouage que je porte au bas du dos est très significatif. J’avais effectué en 2001, un voyage vers l’Equateur où j’avais passé 2 ans. Mon grand-père à qui j’étais allé rendre visite tenait à ce que j’apprenne la pêche avant de regagner Kinshasa. Il m’a appris à jeter le filet dans l’eau, à nager. Hormis cela, il m’a aussi appris à attraper les poissons dans l’eau à l’aide de la bouche au cas où on n’avait pas sur place un instrument de pêche.

Pour sceller cette période aussi importante de ma vie, je me suis fait tatouer le bas du dos en forme de poisson.

 

Mosengo (musicien et mécanicien)

 

Je me suis fait tatouer à vie à l’épaule droite pour exprimer mon attachement à mon groupe musical. Je me sens ainsi patriote en me promenant avec les initiales du nom de mon orchestre gravé sur mon corps. C’est une pratique douloureuse mais je l’ai supportée par amour pour mon groupe.

 

Lucie Lutota (Etudiante)

 

Le tatouage sur ma poitrine date de ma naissance. Mes parents avaient passé 18 ans de mariage sans enfant. Et j’étais venue au moment où ils songeaient au divorce. C’est ainsi qu’ils s’étaient décidés à me tatouer ma naissance. Je me sens parfois gênée en me promenant. Mais comme c’est un tatouage à vie, je ne peux faire autrement.

Nathan Kasongo (cambiste)

Ça fait plus d’une année que je porte un tatouage de fleur à mon épaule droit et je n’y trouve aucun inconvénient. De nature, j’aime beaucoup les fleurs. Raison pour laquelle, je me suis fait tatouer ainsi.

Perside DIAWAKU  et

Myriam IRAGI

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