« Les Shekula » pillent les comptes

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La profession bancaire en RDC est en danger. Elle est menacée par un fléau qui risque d’annihiler de gros efforts consentis et des fonds importants investis dans le secteur. Surtout en ce moment délicat de la reconstruction de notre pays marqué par la bancarisation de l’économie qui, force est de le reconnaître, progresse lentement, mais sûrement, à la satisfaction des autorités de la Banque centrale du Congo et des milieux financiers.

Ce fléau menaçant est personnifié par des malfaiteurs regroupés en réseaux de faussaires surnommés «  les Shekula » qui ont décidé de cibler aujourd’hui, les banques commerciales. Ces membres de la pègre kinoise ont pour spécialité, comme il faudrait le signaler, la contrefaçon des documents bancaires, tels que les chèques, les bordereaux de versement et de retrait, les notes de transfert ou de virement, et autres. Ils imitent également à la perfection, les signatures des titulaires des comptes garnis, ainsi que celles des préposés de services bancaires. Même les sceaux de certaines ONG, de grosses entreprises et de certains services publics, n’ont plus de secret pour eux, au point que l’œil du profane ne peut détecter leurs faux documents.

Dans les milieux financiers, on continue à en parler avec une attention soutenue, et on laisse même entendre que plusieurs banques de la place réfléchiraient sur la nécessité de créer une structure de surveillance financière pouvant détecter l’injection de faux chèques. Au sein de la profession, désormais à chaque nouveau cas, les banquiers échangent des informations et c’est toujours l’occasion de redoubler de vigilance et de renforcer à l’interne, les mesures de surveillance financière.

 

La nouvelle alerte à cette menace a été donnée par Procredit Bank RDC à travers sa plainte du mois de mai dernier, déposée auprès des services de recherche de la Police d’investigations criminelles du camp Lufungula.

Une faille dans le circuit bancaire : l’absence d’une structure de surveillance financière 

Cette affaire de Shekula à Procredit Bank RDC est partie de l’ouverture en novembre 2010, d’un compte courant au nom d’un certain Kindu Lusanga alias Ngwabi domicilié sur avenue Ngana II n°2, quartier 4, commune de Ndjili. Des mois plus tard, un chèque d’un import de 8.600 dollars est présenté au guichet de retrait à une agence de Procredit. Après la vérification des écritures, un homme frisant la trentaine a touché la somme en devises et a disparu aussitôt.
On verra apparaître un autre jour, une réclamation selon laquelle un paiement était effectué en faveur d’une fausse ONG. Contrôle documentaire à la banque : on s’est aperçu que même le chèque était également faux. Les Shekula venaient de frapper.

Détail intéressant pour les enquêteurs ayant à leur tête, le commandant intérimaire du bataillon, l’auteur de cette opération de faux chèque avait laissé ses empreintes dans les documents de la banque. Sur base de son identité, on disposait de quelques précieux renseignements sur lui.  Ainsi a été fiché le suspect, et les enquêteurs n’attendaient qu’une occasion pour l’arrêter. Un matin, l’agence de Procredit Bank RDC de Ma Campagne signalait que l’homme avait ouvert un autre compte. Et pour ce faire, il avait exhibé un ancien passeport avec une vieille photo. Bien des jours plus tard, un client répondant aux mêmes caractéristiques s’offrait un compte à l’agence de la Gombe. Cette fois, c’est un passeport biométrique qu’il a présenté à titre de pièce d’identité.

Le Bataillon de la police d’investigations criminelles savait qu’il n’était pas loin le temps où l’oiseau allait se poser sur son arbre et picoter quelques fruits. Et n’attendait plus que le signal de la banque pour lâcher les policiers en tenue civile.
Dans cette attente, voilà qu’un chèque est présenté aux guichets. Il porte l’identité du suspect qui sollicite le retrait d’une somme en dollars.
Son paiement a été renvoyé le lendemain pour des raisons techniques. C’est ce jour-là qu’il s’est présenté aux guichets, heureux de pouvoir empocher un bon paquet en dollars et il s’est fait prendre comme un petit lapin.

Acheminé sous bonne escorte à l’état-major du Bataillon de la police d’investigations criminelles, Kindu Lusanga alias Attaquant n°9 est passé aux aveux, soutenant qu’il était utilisé. Selon lui, les vrais auteurs de cette opération de faux chèques sont Paul Bale et Papy en fuite.
Sur les 8.600 dollars soutirés à l’aide de faux chèque, il reconnaît avoir perçu 1.500 dollars. Ce sont les autres membres du réseau qui se sont partagé les 7.100.
Aujourd’hui, les investigations sont en cours pour tenter d’appréhender les autres membres de ce réseau des faussaires en cavale.

                                    J.R.T.           

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