Les préalables à la mécanisation agricole en RDC

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La mécanisation est généralement comprise comme synonyme de modernisme et de machines sophistiquées: tracteur, moissonneuse-batteuse, etc. Alors qu’en réalité elle englobe tout le matériel agricole utilisant différentes formes d’énergie humaine, animale et motorisée (FAO, 2008).

L’essentiel dans la mécanisation est que la technologie employée soit adaptée aux utilisateurs, a-t-il souligné. Selon les sources d’énergie, on peut distinguer trois formes de mécanisation. Il a cité la mécanisation manuelle qui correspond à l’utilisation de la force musculaire de l’homme moyennant des outils très simples.

 La mécanisation animale qui correspond à l’emploi de l’énergie animale dans les travaux agricoles à la place de la force humaine. Enfin, la mécanisation motorisée qui représente le niveau de mécanisation le plus élevé et à plus forte intensité du capital et implique de fortes dépenses aussi bien au niveau de l’acquisition qu’au niveau du fonctionnement des machines agricoles. Il s’agit des machines dont les principales sources d’énergie sont des moteurs à combustion thermique, électrique et parfois d’autres sources d’énergie telles que les énergies renouvelables.

Lors du forum sur la mécanisation agricole de la RDC qui s’est tenu du 17 au 21 janvier 2011 à Lubumbashi, beaucoup de participants, a-t-il dit, s’attendaient à une réelle évaluation  de l’utilisation de près de 2000 tracteurs distribués en 2010 et 2011  afin de tirer des leçons qui s’imposent pour rectifier le tir. En effet, beaucoup de critiques ont été formulées à cette opération, notamment en ce qui concerne l’affectation des tracteurs dans les zones forestières ou d’accès difficile, l’exposition des tracteurs  dans les résidences des autorités locales, les critères de distribution jugés subjectifs, la gestion aléatoire confiée à des personnes non expérimentées, le coût excessif  des services de 180 à 200 dollars par opération et par hectare;  l’absence des  accessoires ou des accessoires non conformes, le manque de carburant et des pièces de rechange, etc. Pour le professeur, il est avant tout nécessaire d’avoir une vision globale à travers une stratégie nationale de mécanisation agricole qui doit être l’affaire de tout le monde basée sur une approche participative et pluridisciplinaire.

Préalables à une mécanisation motorisée

A ce sujet, le professeur Patrick Mobambo estime que lorsqu’on parle de la motorisation agricole, on doit d’abord penser à l’environnement ou au milieu, car une utilisation non adaptée des équipements agricoles, peut être une cause d’une mauvaise gestion des ressources naturelles. C’est notamment les problèmes d’érosion, de fertilité du sol, de compactage des sols, etc.

En plus, le rôle de la motorisation agricole ne se limite pas uniquement à la production et à la productivité agricole, mais il est également lié à d’autres secteurs importants, notamment celui de l’industrie pouvant ainsi permettre l’utilisation (comme matières premières), la transformation, la conservation et la commercialisation des produits récoltés entrainant par conséquent le maintien de toute la chaine de production agricole. Ceci va en définitive conduire à la sécurité alimentaire, à l’accroissement des revenus des petits producteurs et au développement.

Pour ce faire, il faut qu’il y ait, a-t-il dit, une vision au niveau national en matière de mécanisation agricole, car les possibilités de mécanisation agricole diffèrent beaucoup d’une province à une autre, d’une zone agro-écologique à une autre et même les priorités pour la mécanisation (par rapport aux autres éléments pouvant augmenter la production) peuvent différer d’une province à une autre. 

Il faut aussi un engagement de l’Etat à créer un environnement favorable au développement de la mécanisation agricole, à donner les orientations adéquates et à soutenir leur mise en œuvre par des dispositions institutionnelles, des incitations et des moyens appropriés. Pour que la mécanisation se développe en harmonie avec l’évolution du monde rural, il est indispensable que la population puisse bénéficier d’un flux d’informations sur les changements qui peuvent permettre le progrès. Enfin, il faut une garantie aux prêts des producteurs avec une capacité d’endettement auprès des institutions financières.

Donnant l’exemple des pays avancés, il a révélé que la motorisation agricole a connu au fil du temps, de grandes mutations technologiques et avait le grand mérite d’avoir un impact positif sur l’économie des pays. Car, ces mutations avaient pour objectifs la recherche de la meilleure adaptation possible de cette motorisation aux conditions préalables.

Malheureusement, dans les pays en voie de développement en général, plusieurs problèmes persistent encore et la mécanisation motorisée n’a pas joué le rôle escompté. Plusieurs pays ont connu une véritable course à la mécanisation de l’agriculture, les investissements en matériels agricoles se chiffraient à des énormes budgets, les matériels venaient de tous les horizons, tout est bon pourvu que les agriculteurs, les services publics et les sociétés d’Etat s’équipent. Très vite des stocks importants de matériels agricoles inadaptés se sont constitués, la plupart des temps à l’état neuf, mais inutilisables ou anormalement usés. Ces expériences ont montré que la vision ainsi que les connaissances en matière de mécanisation agricole sont limitées.

Actuellement, ces pays connaissent des mutations profondes aussi bien politiques qu’économiques. Mais quels choix doivent-ils faire et quels instruments et moyens doivent-ils mettre en œuvre pour une meilleure valorisation des acquis de la mécanisation agricole ? Les réponses à ces questions ne peuvent avoir lieu que dans le cadre d’une vision globale à travers une stratégie nationale de la mécanisation agricole.

Jean-René Bompolonga   

 

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