Les populations congolaises de l’Est craignent une transplantation de longue durée

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refugiesrcaLa Journée mondiale des réfugiés a été célébrée hier mardi 18 juin 2013, à Kinshasa, par le Haut-commissariat pour les réfugiés, par une série des manifestations. Le thème choisi pour cette année, à savoir « Impact de la guerre et des conflits armés sur les familles » cadre bien avec l’objectif de cet organisme du Système des Nations-Unies de placer la situation des réfugiés et des déplacés internes au centre de son action. Et en appelant les hommes et les femmes du monde à soutenir cette action, par une aide à apporter aux réfugiés et aux déplacés internes, il saute aux yeux que le HCR lance ainsi une mobilisation à l’échelle planétaire.

Ce qui est une bonne chose, parce qu’elle va susciter d’abord une prise de conscience des populations vers lesquelles les réfugiés et les déplacés internes sollicitent un soutien, mais ensuite, déclencher un élan de solidarité qui peut soulager leur triste sort. Car, par le fait de la guerre, certaines familles sont disloquées, d’autres décimées, abandonnant leurs maisons, leurs biens, leur travail, toutes poussées à émigrer ailleurs où elles sont obligées de vivre dans des abris précaires, dépourvues de nourriture et d’eau potable, et quelquefois sans soins médicaux. Les enfants n’étudient plus et sont quelquefois livrés à la débauche et pour survivre, effectuent quelques petits boulots. Les plus fortunées sont prises en charge par le HCR et appuyées  par quelques organisations humanitaires. Pour avoir vécu à plusieurs reprises toutes ces situations, tantôt, comme  populations hôtes appelées à accueillir des milliers de réfugiés rwandais fuyant le génocide, tantôt, comme réfugiés congolais ayant échappé aux guerres de rébellion, et actuellement basés au Rwanda et en Tanzanie, nos compatriotes savent apprécier le prix de la solidarité pour tout réfugié, autant que les conséquences du rejet, de la méfiance et de la xénophobie à l’égard des étrangers.

Craintes justifiées de transplantation des réfugiés à l’Est

Pour les populations meurtries de l’Est de la RDC, le message du HCR les appelant à la compréhension, à la cohabitation et à l’assistance des réfugiés venus des pays voisins, ne peut que susciter quelques interrogations. D’abord, parce que dans les pays voisins, le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, il n’y a pas de guerres, ni des conflits armés, comme c’est le cas au Nord-Kivu. En outre, il n’y a eu que quelques groupes rebelles de ces pays frontaliers qui se sont installés en RDC, tels que les FDLR et autres bandes armées à la solde des seigneurs de guerre, où ils se comportent en territoires conquis, installant leurs propres administrations et leurs milices. Au Nord-Kivu, on vit une situation atypique. Les nouveaux groupes rebelles composés des éléments qui opèrent de part et d’autre de la frontière, prenant le matin la nationalité congolaise, et le soir, la nationalité rwandaise,  et dont les caractéristiques essentielles sont la mobilité, l’usage des langues parlées de part et d’autre de la frontière, et la détermination à s’installer définitivement au Nord-Kivu, posent un sérieux problème sécuritaire. Car, le fait de se fondre dans la population autochtone donne du fil à retordre aux services des ministères de l’Intérieur et de la Défense en province, pour pouvoir identifier les Congolais et les étrangers, les civils et les militaires. L’autre problème souvent soulevé par les ONG de défense des droits de l’homme est qu’avec la nationalité acquise dans ces circonstances, ces «  faux réfugiés » participent aux élections et faussent les résultats. A la longue, ils réussiront à la faveur de la décentralisation, à adopter des lois et textes réglementaires favorisant la transplantation  des vagues massives d’étrangers sur des terres congolaises. Le fait qu’un climat d’insécurité permanente est entretenu dans cette partie de la république et qu’à la faveur des affrontements réguliers entre les Fardc et les rebelles, les Congolais sont amenés à quitter leurs territoires pour aller se réfugier ailleurs, la voie est toute tracée et la porte grandement ouverte pour y opérer cette transplantation que l’on redoute.

Les observateurs avertis restent unanimes pour reconnaître que des conflits armés qui ne se terminent pas en dépit du nombre élevé des négociations menées dans plusieurs capitales africaines, des accords signés et des médiateurs mobilisés, cachent une balkanisation qui ne dit pas son nom. Et des rebelles qui auraient pu faire profil bas, après des accusations des viols massifs des femmes et des enfants, des tueries et des pillages, devant les tribunaux nationaux et internationaux, exigent du gouvernement congolais, non seulement leur amnistie face à ces crimes abominables constamment condamnés par la communauté internationale, mais des grades et des postes au sein des services de sécurité, des quotas dans la territoriale et le Portefeuille de l’Etat, ainsi que des « primes ».

Les ONG de défense des droits de l’homme qui tirent souvent la sonnette d’alarme, exhortent le gouvernement congolais à ouvrir l’œil et le bon. Car, la machine à fabriquer des apatrides congolais semble se mettre en place au Nord-Kivu et personne n’ignore les dégâts que cet engin de «  destruction massive » peut causer dans cette partie de la république. Dans leur majorité, les Congolais se disent déterminés à ne pas laisser s’échapper un centimètre de leur territoire. Au Sud-Kivu, les populations sont décidées à défendre leur province, sans faire une concession. Elles acceptent que des étrangers viennent en touristes, mais entreprendre une sorte de balkanisation, elles n’entendent pas appuyer un tel projet.

                                                                                                                    J.R.T.

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