« Les politiques culturelles existent mais la volonté politique est inexistante »

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L’asbl Studio Malembe Maa a organisé mardi 22 juin 2010 au CWB, une journée culturelle très enrichissante. Au menu, un sujet sensible pour le développement intégral d’une nation : « La problématique des politiques culturelles. Cas du cinéma en RDC ». Ont contribué à ces échanges, les artistes et particulièrement les cinéastes, les diffuseurs, les opérateurs congolais et quelques autorités politiques. Tous ont épinglé le problème dans une vision commune : « Les textes fondamentaux pour les politiques culturelles existent mais le véritable problème réside dans la volonté politique d’application sur terrain».

Mme Kathryn BRAHY, Déléguée Wallonie-Bruxelles a salué l’initiative de son partenaire du Studio Malembe Maa: « Merci d’avoir donné les lettres de noblesse à la documentation visuelle à travers le cinéma d’animation en RDC… Le talent existe mais ce qui manque, entre autres, c’est une vraie politique culturelle. Ces réflexions interviennent après celles entamées en son temps à la Délégation W-B par les écrivains, producteurs et éditeurs sur la politique du livre en RDC. Bon travail. »

En réponse, l’Administrateur et gestionnaire de projets au Studio Malembe Maa, Jean-Michel Kibushi N.W. a expliqué le contexte de l’existence de son Asbl: « Créée en 1988, le Studio Malembe Maa est une réponse à plusieurs questionnements intérieurs sur les causes de l’exode rural constaté parmi les plus jeunes dans nos campagnes. Pourquoi la ville était-t-elle si attrayante ? Nous avons relevé, parmi les causes essentielles de la mondialisation, le manque du cinéma et de la musique.

Du reste, le héros national, P. E. Lumumba avait indiqué en son temps que si on ramenait le cinéma et la musique dans nos campagnes, les gens resteraient si attachés à leur culture. D’où notre volonté de partager avec le monde les images pour une vision plus lointaine, au-delà de nos cases et palmiers. Quelques années plus tard, en 2004, nous avons démarré effectivement la Caravane de cinéma mobile pour le Sankuru (CACIMOSA) avec l’aide d’une Ong catholique. Un festival qui est venu créer le dialogue entre peuples et, est utile pour apaiser les tensions entre les différentes communautés. »

De la problématique culturelle du jour, le cinéaste Kibushi explique: « Depuis, plusieurs événements organisés, pouvant déclencher le débat sur la politique culturelle dans notre pays, tardent à se concrétiser. D’où le besoin de partager nos expériences avec les acteurs de terrain. Dans les coulisses, chacun de nous continue à rêver et à crier pour que les choses changent concrètement dans notre pays. La démarche se veut avant tout participative, ouverte et collective, et se doit de pouvoir compter sur la participation de l’ensemble des acteurs qui interviennent sur le marché de la culture, des programmes de production et de diffusion des œuvres artistiques. Recueillir des informations utiles quant aux ententes, des défis et difficultés du secteur. »

Premier exposant, le Professeur Yoka Lye Mudaba a également apporté un témoignage édifiant d’homme de culture expérimenté : « C’est devenu une habitude dans ce pays de se renier souvent. Artistes et opérateurs culturels, c’est la même rengaine de déclarer qu’il n’y a pas de politique culturelle dans notre pays. Mais, de quelle politique culturelle s’agit-t-il ? Ce n’est pas seulement à l’Etat de le faire même si il est l’autorité morale désignée. Par politique culturelle, nous entendons l’ensemble statique de mesures concrètes, qualitativesqui tiennent compte de l’environnement pour le développement intégral d’un pays. A partir de là, il faut un plan culturel formalisé pour fixer l’orientation. Depuis 1960, il y a eu toujours des axes ouverts pour les politiques culturelles. Lumumba l’a écrit dans la lettre adressée à sa femme ; le 1er Président de la République, Joseph KasaVubu l’a si bien stigmatisé dans son premier discours à la nation.  Pour lui, la culture, c’est une affinité fondamentale qui rapproche les peuples. Il avait à cœur de favoriser l’éclosion de la culture… Il y a eu aussi le Cardinal Malula. En 1958, il avait évoqué les vrais termes de l’authenticité culturelle qui devraient être revalorisés. D’où son initiative de l’inculturation du message d’Evangile. Mabika Kalanda l’a également soulevé dans son ouvrage sur la remise en question des bases de notre développement. Les textes sur le Manifeste de la N’Sele tracent les lignes de ce que l’Etat doit faire pour se développer. Le Colloque des universitaires à N’Sele a remis en cause les prédicats de l’authenticité selon Mobutu. La Conférence Nationale Souveraine a eu des textes plus élaborés sur la politique culturelle et publiés sous la direction du Prof. Ndaywell. Des écrits de l’homme de terrain, feu Mikanza Mobyem, celui-là même qui a été à la base de la création du Marché des arts des spectacles en Côte d’Ivoire, ont assez creusé la problématique… »

Bref, conclut Prof. YOKA,  plusieurs dispositifs juridiques ont été votées mais le problème, c’est l’applicabilité. Pas de suivi, pas de formalisation, pas de systématisation  des politiques culturelles dans notre pays. Pourtant, rappelle-t-il, en tant que commissaire général du Festival Yambi en 2007 en Belgique, nous avons sillonné le Congo entier, nous avons découvert des talents de niveau supérieur en provinces. A Bruxelles, nous avons découvert l’autre face cachée du cinéma congolais avec des artistes tels que Balufu Bakupa Kanyinda, Djo Munga, De Laplaine mais aussi des plus jeunes cinéastes tels Clarisse Muvuba et Guy Kabeya…

En prospective, Yoka Mudaba estime : « Une politique culturelle ne peut pas s’élaborer dans un Cabinet ministériel ou présidentiel. On doit partir d’une dynamique sociale commune pour sortir la culture de son état de pauvreté. Sinon, comment comprendre que le budget du Ministère de la culture soit de l’ordre de 0,002% ! Alors que dans certains pays comme la France, c’est un secteur-clé qui a donné naissance aux grands édifices qui font sa fierté aujourd’hui grâce à des hommes de culture tels que Jack Lang… Chez nous, la culture est affaire des boys scouts! Il faut, en outre, mobiliser le secteur privé congolais sur ce qui se passe dans la culture. Enfin, les acteurs de culture doivent jouer au contrepoids en constituant un lobbying fort pour pousser les politiques à organiser les choses. »

Ntantu Mey, Ministre honoraire, a souligné : «  Pour émettre les politiques culturelles, il faut juste la volonté politique à la tête de l’Etat. Il faut doter la culture des infrastructures qui attirent afin de valoriser nos cultures. Il faudrait encourager, par exemple, les officiels d’investir dans la production congolaise. Faire de manière que nos cocktails soient à 70% des productions culinaires congolaises ; que notre habillement reflète le vestimentaire congolais… »

En effet, pour Patrick Kalala, un jeune réalisateur congolais : « Il faut donner l’opportunité aux jeunes de parfaire leurs formations en les appuyant financièrement. Il manque de cadre juridique du cinéma mais il existe bien les cinéastes en RDC. Il y a beaucoup de talents cachés qui n’attendent que le soutien des autorités comme des partenaires étrangers qui préfèrent travailler en réseau. Sinon, pour garder sa place au soleil, je me débrouille en vendant les charbons pour autofinancer mes productions. »

 Apport de partenaires

Quant à Aurélien Bodinaux, représentant l’asbl belge Africalia et L’Union européenne, les partenaires de Studio Malembe Maa, il a donné sa vision de la coopération nord-sud. Circonscrivant le rôle de Cinetoile, il a indiqué que c’est un projet initié par Africalia et financé par la Commission Européenne. « Dès ses débuts, le cinéma africain a connu des difficultés pour exister et il en connaît encore aujourd’hui tant d’un point de vue de production que de distribution. Grâce à la persévérance des cinéastes africains et au soutien des institutions internationales, Union Européenne en tête, l’Afrique peut néanmoins aligner aujourd’hui un nombre considérable d’œuvres majeures. L’objectif principal du projet Cinetoile est de stimuler la promotion et la diffusion des films africains en Afrique.  Valoriser et montrer les œuvres de la cinématographie africaine au plus grand nombre constitue une nécessité culturelle, sociale. »

En outre, à propos de l’outil de développement durable qu’est le cinéma, il a indiqué : « Le cinéma africain offre la particularité de contribuer sur plusieurs niveaux à la préservation du patrimoine, à la promotion du dialogue multiculturel et de l’avancement social. Les films font partie intégrante du patrimoine contemporain. Les montrer, c’est l’entretenir, le préserver de l’oubli. C’est aussi participer au développement d’une économie, source de diversité culturelle.  Par le geste d’un cinéaste, le patrimoine culturel vivant est aussi filmé. Les œuvres produites rendent donc compte à leur manière de façons de vivre et de penser, d’approches comportementales, de faits de société, de paris de l’humanité. Ce sont des sources de repères identitaires. Incidemment, le cinéma africain est un outil efficace d’interpellation sur les grandes questions de notre temps et en particulier sur des thématiques liées aux ODM. Les auteurs sont directement concernés par ces problématiques et en nourrissent leurs œuvres. A travers les films qu’ils produisent, les spectateurs ont la possibilité d’être sensibilisés. Le cinéma est un outil extraordinaire qui facilite une multitude d’interventions de sensibilisation et d’éducation par le biais du divertissement. »

Réagissant à cette émouvante intervention, Kibushi a articulé son propos sur les fondamentaux : « Les jeunes réalisateurs doivent tenir compte des axes de travail de la pré-production. Il est impossible de faire du cinéma sans avoir mobilisé des moyens financiers. Il faut de scénarios. C’est d’abord la maîtrise de l’écriture qui donne les compétences de la scénarisation. Puis, avoir du recul afin d’offrir un bon produit sur le marché parce que le cinéma est fait pour le public. »

Le représentant de la société Periactes Broadcast solutions a également apporté sa contribution : « Nous existons depuis 1986. Dans un premier temps, nous avions axé notre travail vers les techniques du spectacle. Aujourd’hui, notre société se consacre à la fourniture d’équipements audiovisuels et de solutions numériques multimédias. Nous proposons les meilleurs outils dans le domaine de la production audiovisuelle, de la post-production et de la diffusion boadcast. »

Eddy Kabeya

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