Les parlementaires prêt à appuyer l’Omec et le C24

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arton52752-36c6fL’Observatoire des Médias Congolais (Omec) et le Collectif 24 ont organisé hier mardi 05 novembre 2013 au Cercle Gourmand (ex-Cercle de Kinshasa), dans la commune de la Gombe, une journée d’information autour de la proposition de Loi d’Accès à l’Information. Celle-ci, rappelle-t-on, a finalement été endossée par le sénateur Moïse Nyarugabo.

En dépit de leur agenda fort chargé en cette période de session, le sénateur Aubin Ngongo Luwowo ainsi que les députés nationaux Martin Fayulu, Jean-Lucien Bussa, Patrick Muyaya, Lumeya et Jean-Claude Vuemba ont répondu présents à l’invitation. On a noté sur le lieu une nombreuse présence de journalistes ainsi que des responsables des organisations professionnelles des médias, notamment l’abbé Jean-Bosco Bahala, président du CSAC (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication), André Ipakala, président de l’Aneco (Association nationale des Entreprises de Presse du Congo), Stéphane Kitutu O’Leontwa, vice-président de l’Aneap (Association Nationale des Entreprises Audiovisuelles du Congo), Kasonga Tshilunde, Secrétaire général de l’UNPC (Union Nationale de la Presse du Congo). La modération était assurée par Stanis Nkundiye, membre du Conseil Exécutif de l’Omec.

Dans son mot de bienvenue, le président de l’Omec, Polydor Muboyayi Mubanga, a indiqué que cette journée d’information était la suite des activités de lobbying menées par l’Omec et le Collectif 24 en vue de la sensibilisation de l’ensemble de la société congolaise à la nécessité de l’adoption d’une loi devant garantir le libre accès des citoyens aux sources d’information. Il a fait savoir que la Loi d’Accès à l’Information s’inscrit dans la droite ligne de la volonté du législateur congolais, qui a prévu à l’Article 24 de la Constitution le droit du public à l’information.

Comment assurer et favoriser la circulation libre de l’information, la recherche, la promotion du livre et du savoir, si les sources d’information restent inaccessibles ? s’est-il interrogé. Et de rappeler que c’est depuis des mois que l’Omec et le Collectif 24 sont en campagne de lobbying pour obtenir de ceux qui ont reçu du peuple le mandat de légiférer la prise en mains de ce dossier, afin que le pays puisse s’engager dans la voie de la transparence, de la démocratie, de la bonne gouvernance. « Il n’y a pas de République transparente et démocratique si l’information ne peut pas être à la portée des citoyens… », a martelé Polydor Muboyayi.

L’environnement congolais a absolument besoin d’une loi devant contraindre les gestionnaires de la « Cité » à fournir au public des informations pouvant leur permettre de savoir comment celle-ci est gérée et administrée, a-t-il plaidé. Avant de terminer, il a formulé le vœu de voir les participants à cette journée d’échanges baliser sérieusement la voie devant conduire à l’adoption de la Loi d’Accès à l’Information.

Mais peu avant la série des exposés, une minute de silence a été observée en mémoire de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, les deux journalistes de RFI assassinés le samedi 02 novembre 2013 au Mali.

 Crise de confiance entre gouvernants et gouvernés

 Le professeur Emmanuel Kabongo Malu a développé le sous-thème « Modernisation politique, économique et sociale de la société congolaise à la faveur de la Loi d’Accès à l’Information ». Il l’a illustré par trois cas typiques aux conséquences tragiques pour la Nation congolaise, à cause de la sous-information. Le premier concerne l’Accord de Lemera, qui aurait été signé en 1996 entre l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) et ses alliés ougandais, rwandais et burundais, et dont la substance tournerait autour de la compensation de leur effort de guerre par des portions du territoire congolais. Le déficit d’information sur ce dossier a eu pour effet, selon Kabongo, l’empoisonnement de la vie politique au pays de 1998 à 2009.

Des rumeurs en circulation dans tous les sens ont établi un lien direct entre le non respect de l’Accord de Lemera et la guerre d’agression lancée par la coalition ougando-rwando-burundaise contre la RDC. L’assassinat du président Laurent Désiré Kabila aurait la même origine, de même que le plan de balkanisation confié au CNDP puis au M23.

Bien que personne n’ait la pleine connaissance du texte de cet accord, a-t-il relevé, d’aucuns croient en l’existence d’un Accord secret signé par des pays tenus secrets, d’où une grave crise de confiance entre la population et ses gouvernants, soupçonnés d’avoir trahi la patrie.

Le second cas de sous-information des Congolais était l’affaire Kamerhe, alors président de l’Assemblée Nationale, liquidé politiquement par la Majorité présidentielle en 2009, pour avoir déclaré, sur Radio Okapi, qu’il n’était pas au courant de la nouvelle alliance militaire conclue entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda, pour la traque des forces négatives (ADF-Nalu, LRA, FDLR). Or, selon le Chef de l’Etat, Joseph Kabila, le dossier avait fait l’objet d’une réunion interinstitutionnelle. Toutefois, le limogeage de Kamerhe avait installé un malaise au sein de la classe politique et de l’opinion intérieure, personne ne sachant de quel côté se trouvait la vérité.

Troisième cas d’école : les élections de 2006 et 2011. A cause du refus de la CEI de l’abbé Malumalu et de la CENI du pasteur Ngoy Mufunda d’ouvrir le serveur à l’Opposition et à la Société Civile, désireuses de vérifier l’authenticité du corps électoral, les victoires électorales de Joseph Kabila ont été assimilés, à deux reprises, à des hold up électoraux, dont les effets néfastes continuent de fragiliser le pays, qui souffre pratiquement d’une crise politique permanente.

 Le peuple congolais menacé de disparition

 Evoquant la sous-information dans le secteur économique et social, le professeur Emmanuel Kabongo a épinglé la surenchère qui frappe les denrées de première nécessité (chinchards « mpiodi », le riz, sucre) importées et vendues deux fois plus cher sur le marché congolais, alors que ce n’est pas le cas dans 14 pays d’Afrique, dont les 9 voisins de la RDC. Le pot aux roses vient d’être découvert à peine par le ministre du Commerce, après presque deux décennies d’escroquerie, grâce aux résultats de l’enquête d’un cabinet d’audit international. Cela est arrivé, soutient Kabongo, parce que le gouvernement congolais ne se renseignait pas à la bonne source pour ses importations alimentaires.

Parlant de la transformation des entreprises du Portefeuille en sociétés commerciales, l’orateur a déploré le manque de transparence de leurs bilans, budgets, statuts, actifs, passif, ce qui crée la méfiance chez les investisseurs tentés de les racheter ou de conclure des partenariats avec elles.

            Concernant le social, le professeur Kabongo s’est inquiété du sous-développement social de la RDC, lequel rend son peuple peu compétitif économiquement par rapport à d’autres pays d’Afrique ou d’ailleurs.

            Abordant le dossier sensible de la fibre optique, ce chercheur a révélé que le Congolais détient le taux d’accès à l’internet le plus faible au monde, soit moins de 1%. Le monopole de sa gestion par une entreprise privée fait que le Congolais connaît le coût le plus élevé au monde en terme d’accès à l’internet.

            Un peuple sous-informé est condamné à la disparition, a-t-il prévenu, soulignant que si les journalistes, les économistes, les juristes, les ingénieurs, les médecins, les biologiques, les informaticiens, les architectes…congolais ne répondent pas aux standards internationaux de formation et de rendement, ils vont être balayés par ceux venant d’ailleurs, plus performants. D’où, il faut une mobilisation générale pour que l’information puisse circuler du sommet à la base et de la base au sommet.

Loi d’Accès à l’Information et Redevabilité

            Appelé à développer ce sous-thème, le professeur Thierry Nlandu a indiqué qu’en fait, il s’agissait de la mise en œuvre d’une loi devant impulser le contrôle citoyen sur la gestion des affaires publiques. Il a, à cet effet, établi deux camps. Il y a d’une part les porteurs du lobbying en faveur de cette loi et d’autre part les « législateurs », eux-mêmes divisés en pro et anti Loi d’Accès à l’Information. Selon lui, toutes les lois considérées comme « sensibles », notamment celles portant réforme de la police, de l’armée, des services de sécurité et présentement celle d’accès à l’information, sont confrontées au phénomène de résistance, principalement de la part des hommes au pouvoir. Citant le cas précis de la réforme de la police, il a fallu attendre 10 à 12 ans avant sa promulgation.

            A son avis, le lobbying de l’Omec et du Collectif 24 ainsi que de toutes les personnes physiques et morales acquises à leur cause devrait s’inscrire dans la durée, en raison notamment du fait que les régimes non démocratiques ou ceux affichant des démocraties de façade – à l’image de la RDC – se méfient du contrôle citoyen. Prenant à témoin sénateurs et députés, il a rappelé les obstacles qui se dressent sur le chemin des contrôles parlementaires, à cause du refus de collaboration des détenteurs des informations.

            Thierry Nlandu a fait un constat malheureux selon lequel l’on décrète « top secret » même ce qui n’a aucune incidence sur la sécurité intérieure ou extérieure du pays. Il a conseillé à tous de vaincre la peur, si l’on veut que la loi d’accès à l’information ait une chance d’être effectivement pratiquée après son vote et sa promulgation. Car, si la peur prend le dessus sur la culture de la demande d’information, si l’on ne veut pas prendre de risque pour savoir, le statu quo ante va demeurer.

            Sincère, il a reconnu que la culture du secret part de la cellule familiale, où le chef de famille n’a l’obligation de rendre compte ni à sa femme, ni à ses enfants. Inversement, la femme et les enfants ont peur de demander des comptes au chef de famille sur l’utilisation de ses revenus. L’auto-censure part ainsi de la cellule familiale pour remonter jusqu’au sommet de l’Etat. Pour Thierry Nlandu, il faut un changement de mentalités si l’on veut l’appropriation citoyenne de la Loi d’Accès à l’Information.

            Touchant un mot sur l’accompagnement des partenaires, il a prévenu que leur appui financier est limité dans le temps. Si une action n’aboutit pas à l’échéance attendue, ils se retirent. Par conséquent, l’on devrait beaucoup réfléchir à l’auto-prise en charge.

Jean-Lucien Bussa : « La loi d’Accès à l’Information sera défendue… »

            Premier intervenant au niveau du débat, le député national Jean-Lucien Bussa a tenu à assurer l’Omec et le Collectif 24 que la  Loi d’Accès à l’Information sera défendue au niveau de l’Assemblée nationale. En tout cas, la volonté politique de la porter est là. Selon lui, ce texte est d’intérêt national, car de nature à consolider la démocratie, à améliorer la qualité des institutions et des décisions.

            Reprenant au passage le dossier des denrées alimentaires importées coûtant deux fois plus cher à la RDC, il a affirmé avoir soulevé la question en son temps au Parlement mais n’avoir reçu, en retour, aucune suite favorable. Et de déplorer l’asymétrie dans l’information, où tout le monde s’abreuve à la source de la rumeur. Jean Lucien Bussa a plaidé pour la nécessité de donner à tous la possibilité de distribuer la bonne information. Ainsi, le coût du déficit informationnel serait limité pour l’Etat et les citoyens. Le grand défi qu’il perçoit dans le processus, c’est celui de l’application de ce texte, une fois promulgué. Cela va exiger de tous un combat permanent.

Fayulu : « J’ai honte d’être Congolais… »

            Martin Fayulu a confié qu’il avait honte d’être Congolais, d’être député… à cause de la théâtralisation des questions d’intérêt vital pour la Nation. La politique, a-t-il estimé, doit être l’affaire des meilleurs. Pour ce qui est du refus d’accès à l’information, il condamne l’attitude du président de l’Assemblée Nationale, qui avait fait obstruction à sa question orale adressée le 24 mai 2013 au ministre de la Défense, en décrétant le huis clos, empêchant ainsi ses compatriotes de connaître les tenants et aboutissant de l’accord secret signé entre la RDC et le Rwanda.

            La peur, l’autocensure, la complaisance se rencontrent aussi chez les députés, a-t-il déploré, rappelant au passage les multiples coups bas dont il est l’objet de la part de ses collègues membres de l’Opposition. Enfin, il s’est plaint du mutisme de l’Omec et du Collectif 24 face à son offre de porter la Loi d’Accès à l’Information.

Patrick Muyaya : « La question est d’abord

culturelle… »

Partant de l’exemple du professeur Thierry Nlandu relatif à la famille, cellule-mère où l’information ne circule pas correctement entre membres, Patrick Muyaya a estimé que le travail de fond devait être mené au niveau du mental, avant de voir les institutions. Si la culture de rendre compte s’installe dans les mœurs, la Loi d’Accès à l’Information serait la bienvenue. Dans le cas contraire, elle risque d’être confrontée à des difficultés d’application, à tous les niveaux.

             Il a par ailleurs tenu à relativiser la notion de démocratie de façade, la préférant à celle de démocratie naissante, car l’apprentissage de la démocratie n’est pas facile. Les faits précédents les lois, il a fait part de la volonté des élus du peuple, toutes tendances confondues, de contribuer à l’adoption et la promulgation d’une loi réglementant l’accès à l’information, au bénéfice de tous.

/Jean-Claude Vuemba : « Tout combattant de la liberté, tout démocrate doit soutenir cette loi… »

            Venu précipitamment de Kasangulu pour répondre à l’invitation de l’Omec et du Collectif 24, Jean-Claude Vuemba a affirmé haut et fort que tout combattant de liberté, tout démocrate digne de ce nom, tout défenseur des droits l’homme… avait l’obligation de soutenir la proposition de Loi d’Accès à l’Information. Mais la Majorité sera-t-elle aux côtés de l’Opposition dans le combat contre le déficit d’information ? Il a laissé la question sans réponse. Avouant qu’il était un produit de la presse, il a pris l’engagement de lui rendre l’ascenseur dès que le texte atterrirait à l’Assemblée nationale. Il a toutefois émis un vœu : à la prochaine occasion, que l’Omec et le Collectif 24 inversent la démarche, en commençant par la chambre basse.

            Constatant que le peuple congolais manquait la bonne information au sujet de la guerre de l’Est, il s’est demandé si la victoire des FARDC sur le M23 était propre, sans tache, et réellement porteuse d’une paix durable. Car, à son avis, le peuple congolais continue d’attendre un éclairage au sujet ce qui se trame à Kampala. Il a terminé en posant une question embarrassante : quand rendra-t-on hommage aux neuf millions de congolais morts à cause des guerres récurrentes à l’Est du pays ?

Abbé Bahala : « C’est une loi à porter par tous… »

            L’abbé Bahala, président du CSAC, a lancé un appel à tous les Congolais de bien vouloir porter la proposition de Loi d’Accès à l’Information, afin qu’elle ait le maximum de chance d’aboutir. Car son intérêt pour tous est évident. Parlant d’expérience, il a fait savoir que le combat pour arriver à son adoption va être long, à l’image de celui mené pour faire adopter la loi organique du CSAC. Il faut apprendre la culture de la latence…éviter les raccourcis, a-t-il, recommandé.

            L’autre défi qui attend l’Omec, le Collectif 24 et le peuple congolais, selon le président du CSAC, est celui de la vulgarisation et de l’application de ce texte, après son adoption.

            S’adressant au député Fayulu, il lui a demandé de ne pas avoir honte d’être congolais, car le pays est en construction et tout le monde devrait l’aider à aller de l’avant.

 Ngongo Luwowo : «Le texte est dans

le pipeline… »

            Le sénateur Aubin Ngongo Luwowo a tenu à rassurer tout le monde que la proposition de la Loi d’Accès à l’Information était dans le pipeline. Aussi a-t-il exhorté l’Omec et le Collectif 24 à intensifier le lobbying, de manière à ce que le processus de sa discussion, de son adoption et de sa promulgation prenne le moins de temps possible.

            Il les a toutefois mis en garde contre le danger de voir cette loi connaître le même que d’autres, qui sommeil lent au frigo de la présidence de la République, dans l’attente de leur promulgation, depuis des mois et des années, alors que le législateur n’accorde que 15 jours au Chef de l’Etat pour promulguer une loi, une fois qu’elle est adoptée au Parlement. Selon Ngongo, tout le monde doit se montrer vigilant et être prompt à se servir de ce texte 15 jours après son adoption, au cas où elle traînerait dans le frigo de la présidence.

 Loi pour tous

            Avant de lever la séance, le président de l’Omec, Polydor Muboyayi, a tenu à lever l’équivoque, en soulignant que la Loi d’Accès à l’Information n’était pas une exclusivité des professionnels des médias mais qu’elle concernait tous les segments de la communauté nationale. Le besoin d’être informé, de savoir…est partagé par tous, gouvernants comme gouvernés.

            Il a remercié de façon particulière les parlementaires qui ont sacrifié leur temps pour s’associer à l’Omec et au Collectif 24 dans leur quête d’une loi devant favoriser une meilleure gouvernance du pays, la démocratie, le développement. Il a invité tout le monde à poursuivre le lobbying jusqu’à au résultat final, à savoir la promulgation du texte.

                                               Kimp

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