Les nouveaux sinistrés économiques

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En 1991 et 1993, les pillages avaient réduit à néant le tissu économico-industriel du pays en général et de Kinshasa en particulier. Les principales victimes de la colère des hommes en uniforme étaient les personnes morales et physiques opérant dans le secteur de l’industrie lourde, du commerce de gros et de détail, de petites et moyennes entreprises, etc. En ce mois de mai 2012, la capitale vient d’être secouée par un nouveau séisme économique, lequel a touché essentiellement les marchands et marchandes ayant le malheur d’opérer le long de principales artères de la ville, mais aussi les vendeurs ambulants.
Sous prétexte d’une nouvelle opération d’assainissement et d’embellissement de Kinshasa, des éléments de la police se livrent à des actes de destruction méchante de boutiques et échoppes qui permettaient à des milliers de familles kinoises d’assurer leur survie au quotidien. Si l’objectif visé est de sortir la capitale de la mare de la « ville la plus sale du monde », dans laquelle elle végète depuis plusieurs décennies, il y a lieu de dire qu’il s’agit d’un coup d’épée dans l’eau.
Kinshasa conserve encore jalousement son image de métropole aux caniveaux et égouts bouchés et dégageant une puanteur insupportable à longueur de journée, de taudis qui défilent aux yeux des visiteurs, du camp Badara, à côté de l’aéroport international de Ndjili, jusqu’à Matadi Kibala, en passant par Kingabwa ou Ngaba. C’est la ville aux interminables nids de poule, où les malades mentaux campent tranquillement dans le périmètre de l’Hôtel de Ville, du Marché Central, du Boulevard du 30 juin.
La capitale peut-elle offrir le visage d’une ville propre avec des montagnes d’immondices qui défient ses résidents dans les 24 communes, au niveau du pont de chaque rivière, jusqu’aux encablures de la Primature, de la Présidence de la République et du Palais du Peuple, siège du Parlement ? Que va-t-on faire pour cacher aux participants au 14me Sommet de la Francophonie, le spectacle des bidonvilles de Masina, Kimbanseke, Ndjili, Kingabwa, Mombele, Barumbu, Kinshasa (commune), Lingwala, Camp Luka/ Kintambo, Bumbu, Makala, Kisenso, Mbanza-Lemba, Kindele… ? Va-t-on les raser ou placer des «écrans» géants le long du boulevard Lumumba, des avenues Poids Lourds, By Pass, Bokassa, 24 novembre… pour empêcher les visiteurs d’admirer leur laideur ?
Ce qu’il faut redouter à présent, ce sont les conséquences de l’envoi au chômage des milliers de pères et mères de familles, de jeunes diplômés d’universités et d’écoles secondaires, bref des débrouillards qui jonglaient avec la mauvaise conjoncture économique grâce à la vente des pains, des beignets, des cacahuètes, de la farine de manioc ou de maïs, de légumes, de poissons frais, salés ou fumés, de biscuits, de bananes, d’oranges, de boissons gazeuses, de cahiers, de l’eau en sachet, de friperies, etc.
Avec un taux de chômage supérieur à 80%, Kinshasa risque de connaître un nouveau pic de criminalité. Les écuries de « Kuluna » vont immanquablement accueillir des milliers de jeunes économiquement sinistrés. Quelles sont les mesures d’accompagnement arrêtées par  l’autorité urbaine pour la réinsertion sociale des jeunes et vieux privés d’une activité rémunératrice ?
 
Kimp

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