Les non-dits du Grand Hôtel !

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C’était la déception hier au sortir du Grand Hôtel Kinshasa, où les « invités » du Commissariat Général au Cinquantenaire pensaient apprendre des faits inédits sur l’ « Histoire du Congo », singulièrement dans son volet relatif aux premières années de l’indépendance. C’est la brochette des patriarches appelés à témoigner sur notre passé commun qui a le plus fait courir du monde.

Les organisateurs de la rencontre ont en effet aligné Antoine Gizenga, Christophe Gbenye, Justin Marie Bomboko et Bisukiro, ces rares « bibliothèques » encore vivantes de l’histoire politique nationale. Mais, en lieu et place des vérités historiques cachées, dont ils étaient les grands acteurs ou victimes, l’auditoire a été gratifié du « déjà entendu ». Bien plus, les orateurs physiquement présents, dont Christophe Gbenye et Bisukiro, comme les absents, dont Antoine Gizenga et Justin-Marie Bomboko, se sont abstenus d’éclairer les générations actuelles et futures au sujet des événements auxquels leurs personnes étaient étroitement liées.

Il est dommage que cinquante ans après, les Congolaises et les Congolais ne soient pas en mesure de connaître les motivations profondes ayant conduit le Premier ministre Patrice Lumumba à tenir un discours discourtois au Roi Baudouin et aux Belges, le jour même de la proclamation de l’indépendance nationale, alors qu’il n’était pas programmé par le protocole. Le tout premier chef du gouvernement congolais avait-il partagé son projet de prise de parole avec ses amis politiques ou avait-il pris tout le monde de court ? On aurait vraiment aimé le savoir.

Comme on aurait également aimé connaître les «nobles objectifs» de ceux qui avaient préféré prendre les armes pour contester le pouvoir central peu après l’accession du pays à sa souveraineté nationale et internationale, plongeant celui-ci dans un long cycle de sécessions, de rébellions, d’assassinats politiques, de destructions méchantes des infrastructures de base, de massacres de populations civiles, avec au passage la création d’éphémères micros Etats indépendants.

On continue de s’interroger sur les scénarii concoctés à Kinshasa et dans les capitales occidentales pour planifier l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, avec la complicité de ses propres compatriotes. Qui étaient les exécutants congolais de la sale besogne ? S’agit-il de ceux, vivants et morts, dont les noms circulent dans certains manuels d’histoires et ouvrages politiques ou y auraient-ils des héros malheureux de l’ombre jamais cités ?

Au moment où le cercle des faiseurs de notre histoire d’après 1960 se vide, les survivants auraient dû avoir le courage de témoigner, et, pourquoi pas, de se confesser publiquement, pour les besoins de la vérité historique. Peut-être pourraient-ils se faire pardonner par des milliers d’enfants d’hier, aujourd’hui cinquantenaires, orphelins de pères ou de mères à cause des convictions ou turpitudes politiques des pères de l’indépendance,  c’est selon. Oui, des milliers des Congolais se rappellent en bien pour les uns, et en mal pour d’autres, d’Antoine Gizenga, de Christophe Gbenye et de Justin-Marie Bomboko.

Les hommes d’Etat ne s’appartiennent pas. On ne le sait que trop bien. On sait aussi qu’ils sont prisonniers des contextes dans lesquels ils agissent. Aussi, cinquante ans après, beaucoup de compatriotes sont-ils prêts à leur pardonner, à passer l’éponge sur leur passé, à condition qu’ils leur disent la vérité.

Hélas, le rendez-vous du Grand Hôtel Kinshasa a été celui d’une relecture sélective des pans pourtant très importants de l’histoire nationale. Comment allons-nous reconstituer notre vraie histoire, si ceux qui ont participé à sa construction se taisent, ou la déforment. Les morts ne vont pas se réveiller pour les contredire. L’oubli risque d’être impossible, si des millions de Congolaises et Congolais restent dans l’ignorance des faits de leur passé, si les pères de l’indépendance n’arrivent pas à vaincre les contraintes de leurs affinités familiales, tribales, claniques, régionales, politiques et autres.

Les Congolais ont besoin de bien connaître leur passé pour méditer sur les erreurs des «anciens» et mieux  construire le présent et l’avenir.

            Kimp.

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