Les non dits de la nouvelle guerre du Nord-Kivu : Kinshasa-Ntaganda : les masques tombent !

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Les masques commencent à tomber petit à petit dans le deal conclu en janvier-février 2009 entre le Gouvernement de la République Démocratique du Congo et l’ex-mouvement rebelle CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple). L’heure de la rupture entre les officiels de Kinshasa et Bosco Ntaganda, l’homme fort de ce groupe armé,  semble avoir sonné. Il a fallu attendre la mutinerie du début du mois d’avril 2012 suivie, un mois après, d’une attaque directe des ex-rebelles du CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple) contre les positions des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) dans le Masisi, pour voir voler en éclat le partenariat liant les deux parties.

Longtemps protégé par les autorités de Kinshasa, qui le présentaient comme l’élément incontournable du retour à une paix durable dans la province du Nord-Kivu, Bosco Ntaganda n’est plus le chouchou d’il y a quelques mois. Tous ceux qui ont suivi le message transmis à ce seigneur de guerre par le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, qui s’est dit mandaté par Kinshasa, ont été surpris par la sévérité du ton. A en croire cette autorité provinciale, les officiers et soldats des FARDC occupés à traquer les insurgés de l’ex-CNDP dans le territoire de Masisi ont reçu l’ordre de rechercher Bosco Ntaganda et de l’arrêter, afin qu’il soit déféré devant la juridiction militaire nationale compétente.

C’est la première fois que Kinshasa prend une position aussi claire et sans équivoque marquant sa rupture avec l’ancien numéro un du CNDP. Certes, lors de son dernier séjour dans le Nord-Kivu, le Chef de l’Etat, Joseph Kabila, avait indiqué que Bosco Ntaganda pouvait être mis aux arrêts et jugé au Congo même. Toutefois, l’hypothèse de son transfert à la CPI (Cour Pénale Internationale), où il est l’objet d’un mandat d’arrêt international depuis août 2006, n’était pas à l’ordre du jour.

 Cette sortie médiatique du Président Congolais a donné lieu à une vive controverse. Pour les uns, les officiels congolais étaient prêts à livrer Bosco Ntaganda à la CPI tandis que pour d’autres, Joseph Kabila avait été mal compris. Finalement, tout le monde s’est rangé à l’idée que le Gouvernement congolais n’avait pas encore décidé d’exécuter le mandat d’arrêt international délivré contre cet officier supérieur oeuvrant au sein des Forces Armées de la République Démocratique du Congo.

La décision de Kinshasa de considérer désormais Bosco Ntaganda comme le commanditaire des mouvements de révolte des soldats et officiers du CNDP contre l’armée régulière réjouit de nombreux compatriotes qui commençaient à s’interroger sur le jeu que jouait le Gouvernement congolais face à un « Cheval de Troie ». Bien que satisfaits, les Congolais exigent plus à ceux qui les gouvernent, à savoir la délivrance d’un mandat d’arrêt national, en bonne et due forme, contre ce général fugitif. La mise en circulation officielle d’un tel document serait la confirmation de la volonté réelle de Kinshasa de le mettre hors d’état de nuire.

Bosco Ntaganda : une ligne de défense suspecte…
Alors que la majorité des Congolais savent que le général Bosco Ntaganda est loin d’être un apôtre de la paix au Nord-Kivu mais qu’il incarne plutôt un redoutable pyromane doublé de prédateur, celui-ci semble avoir opté pour la diversion. Il vient d’adopter, face aux accusations qui l’accablent au quotidien dans le retour de la grande insécurité au Nord-Kivu, une ligne de défense fort suspecte.
Il s’agit de se faire passer pour un officier docile, inoffensif, toujours fidèle aux Forces Armées de la République Démocratique du Congo. Véritable fourbe, il continue de clamer son innocence dans l’insurrection des ex-officiers et soldats du CNDP. Bosco Ntaganda prétend même que la hiérarchie militaire, à commencer par le commandement suprême des FARDC, sait qu’il se trouve « stand by » dans sa ferme et qu’il n’a aucune emprise sur les troupes. Mais là où il se trahit, c’est quand il affirme que les revendications des soldats mutins sont légitimes.

Les observateurs avisés ont compris, à travers une telle réaction, que le général Bosco Ntaganda est un danger public. Ceux qui ont pris le risque de s’opposer, depuis août 2006, à son arrestation et à son transfert au centre pénitencier de la CPI à La Haye, ont causé un énorme préjudice à la mère-patrie. L’alliance contre nature nouée avec le CNDP se révèle, aujourd’hui, comme une grande distraction ayant davantage fragilisé l’Est du pays au plan sécuritaire.

Mandat d’arrêt national ou international ?
Même si cela n’est pas dit expressément, l’on croit savoir que le général Bosco Ntaganda se trouve sous le coup d’un mandat d’arrêt national de facto. Dans ces conditions, il peut être interpellé et mis aux arrêts par n’importe quel élément des FARDC dans n’importe quelle contrée du territoire national.
La grande interrogation est de savoir si le mandat d’arrêt national, non encore formalisé, a encore sa raison d’être dès lors que l’intéressé est justiciable devant la Cour Pénale Internationale. Aux yeux de certains juristes, l’Etat congolais devrait plutôt s’impliquer dans l’exécution de la demande lui adressée par le Procureur de la CPI depuis l’année 2006.

Kimp

 

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