Les moustiques défient les moustiquaires

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La question des moustiquaires imprégnées a longuement été discutée le jeudi 19 août 2010 dans la salle de conférence de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), lors de la conférence sur «l’identification des formes moléculaires d’anophèles gambiae SS et la transmission du paludisme dans la zone de santé de Ngaba », qu’animait le biologiste Guillaume Binene Mbuka du service d’entomologie médicale de l’INRB.

       Le conférencier a indiqué que l’anophèle gambiae SL est l’une de ces espèces vecteur du paludisme. L’anophèle gambiae SL est un complexe de 7 membres morphologiquement identiques, mais génétiquement différents. Actuellement, on recourt aux techniques biochimiques, cytogénétiques ou à la biologie moléculaire pour leur identification. 

            L’une des 7 espèces de ce complexe est l’anophèle gambiae SS, meilleur vecteur du paludisme en Afrique au Sud du Sahara et plus particulièrement en Rd Congo.

            L’anophèle gambiae SS a deux formes moléculaires M et S qui ont un comportement différent du point de vue de la  transmission du paludisme. Ce comportement dépend d’une aire géographique à une autre.

       Lors du débat à une question relative à ce complexe anophèle gambiae SL, le conférencier a livré quelques informations en affirmant que la forme SL a déjà développé de résistances sous d’autres cieux, notamment au Burkina Faso, au Nigeria et au Bénin face aux produits utilisés dans les moustiquaires imprégnées. Ces produits, a-t-il dit, sont de la famille des insecticides dénommé ‘Pyrethrenoïde’. Il s’agit notamment de Deltamethrine et Permethrine. C’est avec ces produits qu’on avait imprégnés les moustiquaires distribuées gratuitement à la population à Kinshasa.

       Présent dans la salle et saisissant la balle au bond, le chef de service d’entomologie médicale de l’INRB, Wat’senga Tezzo, a déclaré que la distribution des moustiquaires imprégnées n’a pas fait baisser

la transmission du paludisme. Il n’y a pas d’éléments de terrain. Il est question de renouveler d’autres études et le travail peut se faire à grande échelle que celle menée dans la seule zone de Ngaba. Il a signalé que les études sont renouvelées eux à trois fois par an sous d’autres cieux comme au Cameroun. Cela permet d’avoir des données de base en faisant de prospection, en étudiant plusieurs paramètres pour donner aux autorités de bonnes informations pouvant leur permettre de décider du choix de la stratégie à adopter pour lutter contre le paludisme.

       Revenant sur les moustiquaires imprégnées, le chef de service d’entomologie médicale de l’INRB a relevé le fait que les moustiques piquent aussi le jour et personne ne se promène avec sa moustiquaire.

Etait- ce une solution pratique ? La question reste posée. 

Etude menée à Ngaba 

       Livrant les résultats de sa recherche dans la zone de santé de Ngaba réalisée en 2004, le biologiste Guillaume Binene a déclaré qu’il avait capturé 3.166 moustiques, à savoir 102 anophèles et 3.064 non anophèles. Sur les 102 anophèles, il y avait 88 femelles et 14 mâles.

Au laboratoire, seule la forme ‘S’ a été trouvée dans cette zone de santé avec un indice de transmission de 14,6% en moyenne. Cette forme est à la base de la transmission du paludisme dans cette aire géographique. Le conférencier estime que cette transmission est inquiétante dans ce milieu, car l’anophèle de forme ‘S’ a développé une résistance vis-à-vis des insecticides qu’on utilise dans l’imprégnation des moustiquaires.

       Cette zone de santé pourrait être considérée comme une « zone rouge » qui mériterait une surveillance entomologique régulière et permanente pour évaluer la transmission et prendre des actions de lutte appropriées en vue de protéger les populations.

       La où le bât blesse, c’est le fait qu’aucune autre étude n’a été réalisée dans cette zone de santé et ailleurs pour lutter contre le paludisme. Alors que sous d’autres cieux, de telles études sont non seulement menées à grande échelle, mais elles sont régulières et permanentes. 

Quelques chiffres sur le paludisme 

       Le paludisme, a dit le biologiste Guillaume Binene, demeure l’une des plus meurtrières pathologies chez des personnes vulnérables comme les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. Il tue un enfant toutes les 30 secondes en Afrique et entre 1 et 2 millions de personnes par an.

       Le paludisme constitue un problème de santé publique, car plus de 10 millions de nouveaux cas sont signalés à travers le monde dont 80% en Afrique tropicale.

       En Rd Congo, environ 9 millions de cas de paludisme ont été enregistrés en 1999 dont 3 millions chez les enfants de moins de 5 ans. Cette maladie est transmise par les anophèles SSP.      

Jean- René Bompolonga

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