Les milliards de chefs d’Etat révoltent les populations

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Des immeubles aux décors somptueux à l’étranger pour des séjours de moins d’une semaine, des châteaux de rêve pour des vacances de moins d’un mois, un charroi automobile avec les grosses cylindrées full option, des yachts de luxe et des avions personnels, la fortune des chefs d’Etat en fonction et qui n’ambitionnent pas de quitter le pouvoir, est devenue aujourd’hui le sujet principal de toutes les conversations, l’objet des enquêtes les plus fouillées de certains
médias et des organismes non gouvernementaux comme International crisis group.

Ces investissements mobiliers colossaux qui ne rapportent rien à leurs peuples, procurent à ces dirigeants, « l’ivresse de lait », dont parlait un sage du Nord-Kivu, comme pour dire que le pouvoir comme la drogue, donne quelquefois des vertiges. Et là les chefs d’Etat dans un état permanent d’euphorie, dépensent sans compter et basculent vite dans l’univers de la démesure. Les montants de leurs avoirs en banques dépassent de loin, les budgets de leurs Etats.

Le contraste est là, poignant et révoltant. La réalité rejoint la fiction et laisse apparaître deux mondes qui vivent côte-à-côte. D’un côté, le chef de l’Etat qui vit avec sa famille presqu’au « Paradis », de l’autre côté, leurs populations qui croupissent dans la misère. C’est le jour et la nuit.
L’histoire politique du monde nous en a donné plusieurs illustrations. Le cas le plus symptomatique est celui du président roumain Ceaucescu qui a fait des émules sur tous les continents. Mais bien avant lui, il y a eu des chefs d’Etat richissimes qui sont morts dans l’opulence.

Et après lui, c’est l’Afrique qui a généré les despotes les plus dépensiers de la planète. Parmi ses meilleurs disciples, l’on cite Ben Ali et Hosni Moubarak. La fortune de Ben Ali, de son épouse et de ses proches a scandalisé la population, au point que toutes les forces vives révoltées ont obtenu son départ en exil, avant que soient mis en branle les mécanismes judiciaires pour l’ouverture de son procès, la saisie de tous ses comptes, en vue du rapatriement de ses avoirs. Alors que l’on croyait ce cas isolé, la contagion de la contestation qui a gagné l’Egypte, vient de nous dévoiler un autre richissime chef d’Etat dont on dit que la fortune est estimée à 45 milliards de dollars.
Pire, pensent des observateurs qui avancent même des chiffres de l’ordre de 70 milliards de dollars pour l’ensemble du patrimoine de sa famille. L’Afrique découvre que ses chefs d’Etat ne sont pas de saints hommes, soucieux du bien-être de leurs populations, mais des pachas qui ne rêvent que de leur satisfaction personnelle. Si au moins, ils pouvaient quitter le pouvoir et laisser la direction de leurs pays entre les mains d’autres esprits dévoués à la cause de la nation, le
continent enregistrerait moins de contestations. Malheureusement, à force qu’ils accumulent leurs avoirs, multiplient leur patrimoine, ils n’ambitionnent plus que de rester le plus longtemps au pouvoir.

Aujourd’hui, avec la vague de contestations qui secoue les pays maghrébins, la question sur toutes les lèvres est celle de savoir pourquoi nos chefs d’Etat cherchent-ils à être seuls heureux, et pourquoi ne se sentent-ils pas gênés devant l’indescriptible misère qui caractérise la vie quotidienne des populations qu’ils administrent ? Pourquoi l’Afrique avec des jeunes Etats ne pourrait-elle pas asseoir sa démocratie sur la bonne gouvernance, le respect des droits de
l’homme, la politique distributive des richesses nationales ? Pourquoi les chefs d’Etat africains sont-ils préoccupés par le changement de Constitution, la multiplication du nombre des mandats au pouvoir et la confiscation des droits des citoyens ? Et pourquoi, enfin, sont-ils allergiques à l’alternance à la direction du pays ? Poser ces questions, c’est en même temps y répondre. Nos chefs d’Etat n’ont pas à l’esprit l’amour du prochain. Pires que le diable, ils n’ont que la promotion de leur ego comme programme de gouvernement.

Résultat : tout est à eux et pour eux. Ils oublient ainsi que les hommes et les femmes qu’ils malmènent sont des créatures faites à l’image de Dieu, et qu’en tant que tels, ils sont dotés des capacités de réaction qui peuvent aller jusqu’à bouleverser les montagnes. C’est en tout cas ce qui viernt de se passer en Tunisie où l’ouragan populaire a balayé un pouvoir de prédation que d’aucuns croyaient indéboulonnable. C’est le même courant populaire qui fait tanguer aujourd’hui le Raïs égyptien dont les jours sont plus que jamais comptés. Et c’est la même fronde qui hante les nuits de tous les dirigeants arabes et qui ne cesse de hanter les nuits des dictateurs d’Afrique sub-saharienne dont la principale caractéristique est l’appauvrissement de leurs pays, et l’enrichissement sans cause tant
pour eux-mêmes que pour leurs courtisans.

Face aux conséquences que subissent les dirigeants chassés par la révolte populaire, la question qui se pose aujourd’hui est, pour tous nos dictateurs, celle de savoir pourquoi être seuls heureux quand la chute de l’albatros qui les attend va leur faire perdre les honneurs et les avoirs? Pourquoi ne pas resdistribuer équitablement les richesses, et surtout, développer nos pays pour éviter cette fin apocalyptique? Milliardaire hier, le tunisien Ben Ali est aujourd’hui
hanté par le sort de l’homme de Manille, Marcos. Et encore milliardaire aujourd’hui, Moubarak s’interroge sur ce qui l’attend au regard des exigences populaires et des prescrits des lois égyptiennes en matière des « affaires ou partenariats » réalisés pendant la période de l’exercice du pouvoir. Ce sort de Ben Ali et Moubarak devrait donc interpeller tous ceux qui nous gouvernent car c’est le même sort, à quelques nuances près, qui les attend. Au lieu de faire des montages
grossiers en termes de révisions constitutionnelles, au lieu de passer leur temps à organiser des successions de type monarchique, ils doivent ici et maintenant, songer à se racheter, en se mettant résolument au service du développement de nos pays et de leurs peuples.

J.R.T.

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