Les marginaux marquent leurs fiefs et les esprits

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Au détour de quelques avenues et ruelles de Kinshasa, des graffitis sur les murs de certaines parcelles résidentielles et des écoles. G stars du crime, Eloys, Seven stars du crime, Les Zoulous, Les Nzoï, Les Bull Dozers, Les Black powers, et que savons-nous encore, dévoilent les noms de guerre de bandits qui sèment l’insécurité dans les quartiers. Le fait n’est pas bénin. C’est par ces écrits qu’ils s’affichent publiquement et marquent leurs fiefs.  Une façon de prévenir les autres malfrats que ce «  territoire » est occupé et géré par une bande des malfaiteurs. Que toute intrusion dans ce territoire par un autre groupe, exposerait ce dernier à des représailles !
Une autre manière de se signaler est celle de perpétrer des crimes et des meurtres de sang dans leurs territoires. Non seulement pour marquer les esprits, mais aussi pour imposer son influence. Sur ce plan, force est de constater que depuis près de six mois, un regain de la criminalité. Le retour sur la scène criminelle, de quelques rescapés des opérations Likofi I et II, pourrait expliquer la résurgence de ce phénomène, ces temps derniers. Selembao, Bumbu et Makala, les agressions ne se comptent plus. Camp Mombele, Ngaba et Lemba, les habitants ne savent plus à quel saint se vouer. Kinshasa, Lingwala et Barumbu, certaines rues ne sont plus fréquentables dès la tombée de la nuit. Et pour cause ! On y attaque les femmes et les jeunes filles. Les garçons, les principales victimes de ces malfaiteurs, assez traumatisés, ont les regards tournés vers les autorités politico-administratives de leurs communes.
          A Bandalungwa et Ngiri-Ngiri, sans oublier Kasa-Vubu et Kalamu, le spectre de la violence est toujours permanent dans les esprits. Précisément dans les quartiers situés le long des rivières. Dans le district de Tshangu devenu le terreau des malfaiteurs de la pire espèce, la menace quasi quotidienne des agressions a poussé les plus frileux à s’abstenir de promenades nocturnes et à déménager pour des coins plus paisibles.
          Les quelques arrestations de malfaiteurs opérées dernièrement par les unités de la police, véritable coup d’épée dans l’eau, n’ont ni renforcé le sentiment de sécurité auprès de la population, ni dissuadé les autres délinquants à renoncer à leur sale besogne. On assiste plutôt à un regain du banditisme dans certaines parties de la ville où sont absentes les unités de la police. On laisse entendre à Tshangu que les Kuluna ne craignent pas la présence de quelques postes de police, souvent affichant parmi les difficultés techniques, l’insuffisance des effectifs et la carence d’équipements.
          Nous sommes là devant une carte de l’insécurité dressée chaque jour par des marginaux et autres bandits qui délimite leurs différents fiefs, localise leurs repaires et leurs domiciles. C’est cette carte qui permettrait à la Police provinciale d’élaborer son plan opérationnel de lutte contre le banditisme urbain à Kinshasa.
          Comme on peut s’en rendre aisément compte, au-delà de la carte politico-administrative de la ville de Kinshasa, dévoilant les onze communes, ainsi que les différents quartiers avec toutes leurs rues, leurs espaces verts et cours d’eau, deux autres cartes sont en cours d’élaboration. Il s’agit avant tout de la carte de la criminalité dressée par la police. Cette cartographie  qui indique les principales zones rouges, donne l’état de lieu, sinon l’évolution de ce fléau. En effet, sur base des statistiques de la criminalité, les spécialistes de la police situent les lieux, les jours et les heures où les crimes ( meurtres, agressions, …) ont été commis, les extorsions et autres vols, perpétrés. Ces statistiques sont hebdomadaires, mensuelles, trimestrielles et annuelles.
          L’autre carte ignorée de la population et que seuls détiennent les marginaux et autres bandits de grand chemin, c’est la carte de leurs différents fiefs dont les coordonnées pourraient provenir des informations recueillies auprès des chefs de quartiers et de rues, ainsi que des habitants.
          Kinshasa dont le territoire est scindé en micro-fiefs des marginaux, offre le visage d’une ville où chaque jour qui passe, c’est la loi de la violence qui s’impose et annihile la paix et la quiétude.
                                                                                                                  J.R.T.