Les marchés publics en ébullition

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A l’annonce de nouveaux financements et de l’ouverture prochaine des marchés publics concernant les travaux de réhabilitation de la voirie urbaine dans la ville de Kinshasa, aux entreprises privées répondant aux critères de sélection, une certaine agitation règne ces temps derniers, dans le secteur.  Sur une partie des tronçons du réseau routier de Kinshasa, on assiste également à une accélération des travaux en cours par les sociétés privées de construction, tandis que sur d’autres, c’est le spectacle désolant des routes défoncées transformées en pistes de rallye automobile.

Les travaux publics relatifs aux infrastructures sont en effet, en effervescence. Au même moment, plusieurs voix s’élèvent. On devrait se féliciter dès lors que la voirie urbaine en état de délabrement avancé, est en voie d’être réhabilitée. Ce qui est une bonne chose pour alléger le calvaire de transport routier et soulager les automobilistes. Car, tout le monde appelle de tous ses vœux, la remise en état des routes aussi bien d’intérêt local que les artères principales.

Voilà pourquoi les usagers de la route se posent mille et une questions sur la passation des marchés, l’exécution des travaux et leur réception, après une série des contrôles de conformité.

Sur ce plan, c’est la navigation à vue. Tout est fait comme si la complaisance était la règle d’or et qu’aucun souci n’accompagnait la réalisation des travaux d’infrastructures. Dès que le marché est acquis, il est tout de même déconcertant de constater qu’on ne se pose pas des questions sur les difficultés

qu’entraînent les travaux ! L’essentiel de l’ouvrage à réaliser est concentré sur la voie principale.

Les voies secondaires également en état de dégradation avancée, et appelées à concentrer tout le flux de trafic routier détourné sur les voies principales, sont reléguées dans les oubliettes. D’où des bouchons monstres, des embouteillages interminables et des accidents fréquents.

C’est ce spectacle cataclysmique qui nous est offert ces temps derniers sur la Route des Poids lourds, l’avenue Kabasele Tshamala, le boulevard du 30 juin, l’avenue des Huileries, le boulevard Lumumba et tant d’autres. Au démarrage des travaux, les routes transformées en vastes chantiers sont bloquées, créant des déviations impossibles et des voies à sens unique qui surprennent les automobilistes et font le bonheur des éléments de la Police spéciale routière.

Concernant le boulevard Lumumba, un communiqué de l’Hôtel de ville de Kinshasa invitait les riverains de cette artère, d’évacuer leurs habitations dans un délai très court, avant que les bulldozers viennent tout raser. Outre les désagréments qu’occasionne cette évacuation, on réalise bien tard que les petits boulevards parsemés des nids de poule et des cratères, n’étaient pas réhabilités pour recevoir le volume du trafic routier jadis accueilli par le boulevard Lumumba. Pourtant, leur réhabilitation aurait pu désengorger les longues files des véhicules.

La problématique du contrôle technique des ouvrages finis  

Si les travaux d’infrastructures ont été par le passé, régis par le marché de gré à gré, l’on comprend pourquoi des entreprises sans équipement adéquat, ni techniciens qualifiés et dépourvues de solides références sur le terrain, avaient arraché le gros des contrats. La qualité de leurs ouvrages souvent mise en doute et confondue à l’épreuve du temps, laisse à désirer, au point que sur base d’autres financements, les mêmes routes réhabilitées ont été reconstruites.

Les observateurs qui déplorent la complaisance longtemps entretenue dans le secteur, espèrent qu’à la lumière des expériences malheureuses du passé, cette fois-ci, la réception des travaux devrait se faire selon les règles de l’art. Et c’est ici le lieu de s’interroger pourquoi les routes réhabilitées sur base du financement de l’Union européenne sont rentrées des années plus tard, dans leur état initial pire qu’avant l’exécution des travaux.

Faut-il alors parler de l’amateurisme, ainsi que de la complaisance qui ont toujours caractérisé les marchés publics des infrastructures ? L’on espère que le projet de loi sur la passation des marchés publics pourra enfin, être adopté au Parlement, avant d’être promulgué par le chef de l’Etat. Ce secteur a trop longtemps abrité les affairistes plus attirés par l’appât de gain facile que préoccupés par le souci d’œuvrer pour la réhabilitation des routes et de soulager le calvaire des automobilistes.

Voilà un secteur refuge des Kuluna en cravate, une fourmilière où le ministre de la Justice devrait administrer un coup de pied et réinstaurer l’ordre.

                                 J.R.T.   

 

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