Les leçons de l’histoire

0
125

Sous ce titre, le journal « le Soir » paraissant à Bruxelles rapportait la cérémonie inaugurale de la commémoration du centenaire de la guerre mondiale 1914/1918, cérémonie organisée en Belgique le lundi 04 août 2014.  Cette fête internationale a eu lieu à Liège en présence de plusieurs Chefs d’État et de Gouvernement représentant 78 pays alliés qui participèrent à cette guerre. On a pu constater la présence d’un seul représentant de l’Afrique noire  à la tribune dressée à cette occasion.

            Nous avons cependant noté que parmi les orateurs qui ont pris la parole ce jour-là, seul le Président français, François Hollande, a rappelé la participation des soldats africains à cette guerre. La Belgique qui fut au centre de la plus grande bataille de ce conflit donne aujourd’hui l’impression d’avoir oublié que quelques Congolais participèrent aussi à cette première guerre internationale.

            C’est pourquoi nous profitons de cette occasion pour rappeler à la Belgique, le rôle historique joué par la force publique congolaise pendant les deux guerres mondiales un peu partout dans le monde. En effet, l’attitude que manifestent actuellement les Autorités politiques belges tend à confirmer les propos tenus en 1942 par un ancien combattant belge du groupe de chasseurs motorisés qui était sous le commandement d’Emile Janssens. S’adressant à un soldat congolais, ce belge interpela les Congolais en ces termes : « Pourquoi allez-vous rejoindre le bataillon au front ? Cette guerre est l’affaire des blancs… vos pères qui se sont battus durant la guerre 14/18 n’ont jamais été récompensés par la Belgique. Vous verrez que cette fois encore, ce sera pareil. » (Voir dans l’Indépendance du Congo Belge et l’avènement de Lumumba, livre publié par Joseph Mbungu Nkandamana).

            Rappelant dans son discours la coopération belgo-française durant la première guerre mondiale, François Hollande a aussi affirmé avec grande conviction que « rien ne peut dénouer le lien de sang unissant la France et la Belgique ».  Ce genre de lien de sang a aussi uni pendant longtemps le Congo et son ancienne Métropole, la Belgique, au cours de leur histoire respective. Nous pouvons donc paraphraser François Hollande et affirmer que « rien ne devrait dénouer le lien de sang unissant la R.D. Congo et la Belgique».

            La génération actuelle des Belges et des Congolais qui ont vécu l’époque coloniale, est peut-être la dernière à appeler de tous ses vœux le renforcement de ce lien comme l’avait exprimé il y a quelques années, Monsieur Van Lierde quand il demanda à la Belgique d’aider le Congo à retrouver son niveau de développement d’avant 1960. En effet, si demain, la R.D. Congo, ce géant assoupi, arrivait à se redresser sans le soutien actif de la Belgique, pays que les congolais aiment tant, il sera sûrement trop tard de saisir cette opportunité qui se présente aujourd’hui. Comme l’avait dit, peu avant l’indépendance, l’ancien Gouverneur Général belge au Congo, Monsieur Pétillon : « la main tendue trop tard risque d’être refusée ».

            C’est pour cette raison que nous reproduisons, ci-après, des informations qui ont été publiées par plusieurs Belges qui sont bien conscients de cette situation, en attirant l’attention aussi bien des Autorités Belges que Congolaises (dont la grande majorité n’a pas vécu l’époque coloniale d’un Congo où coulaient le lait et le miel), afin qu’elles puissent privilégier les intérêts supérieurs de leurs pays réciproques en faveur de leurs populations.

Les commémorations du centenaire de la première guerre mondiale

Guerre mondiale, non pas parce que plusieurs pays se sont retrouvés à combattre de Dixmude au Chemin des Dames en passant par Ypres ou Verdun, mais aussi parce que les pays antagonistes avaient entraîné dans leur folie guerrière leurs différentes colonies dont les ressortissants se retrouvèrent malgré eux embarqués dans une barbarie sans précédent, aux côtés de leur colonisateurs pour la liberté de leur métropole et de l’Europe. De ces ex-colonies, la RDC, ex Congo Belge, fournit des hommes qui se retrouvèrent sur divers fronts en

Europe et en Afrique.

Lorsque la Belgique attaquée par l’Allemagne lança l’appel aux volontaires, un peu plus de 32 Congolais installés en Belgique (cfr livre Congo aan Yser, de Griet Brosen ; exposition Congo aan Yser, Institut des Vétérans) se portèrent volontaires de guerre et certains d’entre eux formèrent avec des anciens coloniaux le Corps des volontaires congolais.

Quand bien même le gouvernement belge, en exil à Ste adresse, en France, refusa de faire appel à ses troupes coloniales à l’instar de la France ou du Royaume-Uni, la Force Publique se retrouva face aux Allemands sur divers fronts en Afrique.

Dès le début de la guerre en Europe, la propagande coloniale faisait mention de la décision de l’Allemagne de «créer un nouveau territoire mandaté» qui couvrirait le Congo Belge ou pour le moins la plus grande partie des régions méridionales du Congo …»,  LE DERNIER REMPART DE NOTRE EXPANSION

ECONOMIQUE: LE CONGO.

N’ayant pas respecté la neutralité de la Belgique qu’elle occupa en quelques semaines, l’Allemagne toujours méprisante (cfr le Colonel Emmanuel Muller: Les troupes du Katanga §Ies campagnes d’Afrique 14-18) et fortement armée s’attaqua au Congo dès le 15 Août 1914. Le Congo Belge entra officiellement

en guerre dès la seconde attaque du 22 août 1914 qui vit tomber les deux premiers soldats congolais.

Bien qu’en pleine réorganisation et très peu équipée, la Force Publique riposta de la manière la plus énergique.

Au Cameroun, la Force Publique apporta son aide à la France et partant du Congo, s’empara de Nzimu, Mulundu et Lomie pour entrer triomphalement à Yaoundé le 1er janvier 1916 au terme d’une longue campagne de 16 mois exténuante et pleine de privations’, Des honneurs lui furent solennellement rendus dans la cour de l’ex-résidence du Gouverneur allemand reprise à Yaounde. Nous pouvons résumer la reconnaissance de la France par les déclarations du Général Almérich, du 24 février 1916 : «Avant de me séparer du contingent de la Force Publique Belge, j’ai le devoir d’exprimer combien la collaboration de ces belles troupes nous a ~té précieuse et l’adresse de tout coeur aux officiers, aux sous-officiers européens, à tous les soldats et gradés indigènes, le tribut d’éloge qu’ils ont mérité par leur bravoure au feu, par la patience et l’abnégation dont ils ont fait preuve pendant toute la durée de cette campagne. Cette fraternité du champ de bataille, ce sang versé en commun pour la même cause, auront resserré encore les liens d’amitié qui ont toujours uni les deux nations voisines … «(Général Tombeur, Campagne des troupes coloniales belges en Afrique Centrale)

Menacés en Rhodésie, à Abercorn, les Anglais  sollicitèrent l’aide de la Force publique qui avec deux compagnies parvint à défendre 60 kilomètres de frontière entre Abercorn et le poste de Saisi et à  repousser les assauts des Allemands ..

Depuis le Rwanda, en passant par le Burundi jusque dans l’actuelle Tanzanie, elle réduisit à néant les desseins allemands. Elle obtint la reddition des Allemands, en fit des prisonniers à Tabora. Rappelée à la rescousse des Anglais, elle vainquit les dernières troupes allemandes à Mahenge, et les récalcitrants durent fuir au Mozambique. Devant la Chambre des communes, M. Asquith, Premier ministre anglais dira entre autre: «le Gouvernement de Sa Majesté a appris avec satisfaction que la Chambre et le pays tout entier partageront, l’assistance rendue par les troupes belges. Ces troupes habilement conduites ont avancé du Lac Tanganyika et du Rwanda et se sont emparées de l’important centre de Tabora … Nous tiendrons tous à reconnaître la collaboration des plus efficaces que nous ont prêtée nos alliés belges» (Général Tombeur, Campagne des troupes coloniales belges en Afrique Centrale).

Toutes ces victoires rehaussaient le prestige de la Belgique et remontaient le moral au plus faible des troupes belges sur le bord de l’Yser (A.Michiels et N.Laude Congo Belge et Rwanda Urundi, Géographie et Notice Historique)

Outre ses enfants embarqués dans la guerre, le Congo Belge dut fournir, dans le cadre de l’effort de guerre, des produits devant servir aux besoins militaires des Alliés, notamment aux usines de guerre (cuivre, noix palmistes, huile de palme, coton, caoutchouc). Il fallut doubler et même quintupler la production. (Notice sur notre belle colonie Africaine. -Suite 5)

Les Anglais, les Français ne tarirent pas d’éloges et même les Allemands et les Portugais reconnurent tous la combattivité et la bravoure de ces troupes congolaises. Leurs hauts faits d’arme ajoutaient des lettre de noblesse à l’armée belge alors même que la Belgique opprimée subissait la barbarie teutonne (cfr: introduction Les troupes du Katanga §Ies campagnes d’Afrique 14-18, Colonel Emmanuel Muller):

Que serait devenu le monde si l’Allemagne avait réussi comme en Europe à neutraliser cette Force  Publique?

La Force Publique avait réussi à sauver le monde de la domination prussienne en contenant son

expansionnisme en Afrique et permis à la Belgique de garantir les frontières Ouest et Est de sa colonie!

L’honneur de la Belgique occupée par les grosses Bertha fut vengé par les vaillants soldats congolais de la Force publique.

L’Institut des Vétérans a organisé plusieurs expositions sur cette contribution congolaise, essentiellement en Flandre (Tokopesa Saluti ; Congo à l’Yser). De même que le Musée de l’armée (Lisolo na Bisu, 18851960: «Notre histoire» Le soldat congolais de la Force Publique, Musée royal de l’Armée, 2010). Des expositions qui ne sont pourtant pas passées inaperçues auprès des autorités belges.

            La Belgique, qui fut un des théâtres de cette guerre, a été placée à la tête de ces commémorations appelées à rendre hommage à tous les morts des pays belligérants.

            Un des théâtres, car comme repris plus haut, la guerre n’eut pas lieu seulement sur le territoire belge.

Tous les belligérants, car guerre mondiale ayant entraînée l’implication de plusieurs pays dont les colonies de principaux antagonistes.

            Dans leurs discours lors de la visite du président Obama au cimetière des soldats américains à Waregem, le Roi Philippe, le président Obama et le Premier ministre Elio di Roupo ont tous les trois repris ces mots : Etre reconnaissant; commémorer le souvenir des anciens combattants.

• Il faut être reconnaissant envers tous ces soldats qui ont fait le sacrifice de leur vie, versé leur sang pour l’honneur et la liberté de la Belgique et de la planète toute entière.

• Commémorer les anciens combattants est aussi une marque d’hommage, de reconnaissance, un signe de Respect envers leur famille. Car Nul ne peut être privé du droit au respect.

• Nous ne les oublierons jamais et que leurs sacrifices doivent rester dans nos mémoires et être un exemple pour la postérité afin que pareille situation ne se reproduise plus.

Cependant, il est étonnant de constater qu’à l’heure où vont débuter toutes ces grandes commémorations historiques, hormis l’invitation adressée au président Kabila, la RDC, dont la Force Publique a permis à la Belgique, défaite par les Allemands, d’être comptée parmi les vainqueurs de cette  guerre, n’est mentionnée nulle part dans [es programmes officiels mis sur pied!

Le programme flamand parle de l’Afrique du Sud, l’Allemagne, l’Australie, le Canada, la Fédération russe, la France, l’Inde, l’Irlande, l’Italie, le Maroc, la Nouvelle-Zélande, la Pologne, et le Royaume-Uni et dans sa brochure de tourisme cite le Cameroun! Certains de ces pays étaient encore des protectorats et colonies et pour le cas du Maroc, pays en pacification jusqu’en 1934.

Interpellé par le président du parlement wallon, Patrick Dupriez, sur l’oubli de la contribution congolaise, tant militaire qu’économique, le ministre président du gouvernement wallon Rudy Demotte répondra: « on va rendre hommage à tous les soldats ! Ajoutant que Tabora fut remis aux Allemands» sic!

            Est-ce de l’oubli, de l’ignorance ou s’agit-il d’une omission volontaire? Ou peut-on comprendre que les autorités belges actuelles tiennent à s’aligner à tout prix sur une position visant à ne pas remettre en question l’ordre colonial établi et relaté dans les manuels officiels d’Histoire de la Belgique où les exploits  de la Force publique sont absents même dans le cours d’Histoire militaire dispensé à l’Ecole Royale Militaire, écrit par le professeur Luc Devos. ,»

Oublier, c’est trahir, avait déclaré le Maréchal Foch.

Des milliers de soldats congolais, des porteurs accompagnés de femmes et même des enfants ont sacrifié leur vie loin de chez eux pour la liberté de la Belgique et de l’Europe. Soumis à la faim, aux intempéries, en haillons, ils ont mené des combats héroïques dont seule la .Belgique a tiré profit. Au traité de Versailles, ce sont les victoires de ta Force Publique qui ont rapporté à la Belgique, le mandat sur le Rwanda, le Burundi

mais aussi les territoires allemands d’Eupen et de Malmedy. Sur le territoire belge 32 congolais avaient accepté de se battre pour la Belgique aux côtés des belges.

A l’ouverture de la «Semaine du Souvenir des Tirailleurs Africains tenue en 2011 à l’Ecole Militaire de Paris, amphi Foch et à I’Assemblée nationale, Pascal Delaunay déclarait:

 «Oublier des hommes qui ont fait le sacrifice ultime de leur vie pour leur pays est toujours un crime. Ne pas se souvenir de ceux qui ont donné leur vie pour un pays qui n’était pas le leur, serait une injure plus grande encore. Nous allons donc réparer ensemble cette erreur et leur rendre la noblesse, la dignité et la reconnaissance que réclame leur courage.

.•• Oublier l’histoire commune et glorieuse de nos ancêtres, ce serait ne pas savoir à qui nous devons notre liberté, ce serait nous priver de modèles de fierté pour construire ensemble le présent et l’avenir de notre pays. Sachons toujours à qui nous devons quoi, et nous saurons alors qui nous sommes et ce que  nous avons à faire». Le Colonel Guy Overlack ajoutait: «D’une guerre à l’autre, l’héroïsme n’a pas de couleur même fait pour le même drapeau ».

            En France, le président Hollande a promis que pour le défilé du 14 juillet tous les belligérants, 72 au total, défileront. Et parmi tous ces pays figure la RDC dont 570 soldats de la Force publique appuyèrent les détachements français à l’assaut du Cameroun.

Le monde commémore en ce mois de juin les 70 ans du débarquement de la deuxième guerre mondiale. la Belgique entièrement occupée, tout le poids de la guerre fut porté par le Congo, la population congolaise et la Force Publique qui se battra sur divers fronts augmentant le prestige de l’armée belge qui pourtant ne se battait pas hormis la résistance dans laquelle se retrouveront à nouveau des Congolais vivant en Belgique. Le grand historien belge Stengers déclare lui-même que le poids de la Belgique dans la guerre fut le poids du Congo: poids militaire, poids financier, pOids minier, poids agricole, poids humain, poids stratégique. Dans son ouvrage «1941-Les misères et les chagrins de l’année (a plus noire Pierre Stéphany écrit: «Si l’on voulait que la Grande Bretagne, un jour, contribue à la restauration de l’indépendance du pays il fallait d’avance en payer le prix».

Pour le seul cas du gouvernement belge en exil à Londres, le Congo belge prit à son compte tous ses frais plus ses services diplomatiques et l’armée: près de 40 millions de livres sterling; 15.771.000.000 francs belge de l’époque (R.Goddin, ministre des colonies en exil) A propos de la participation du Congo à la deuxième guerre mondiale, le texte suivant est assez concis:

«8lancs et noirs du Congo en guerre n’ont épargné ni le travail ni l’effort, ni l’argent. Cependant ce ne sont ni les richesses industrielles mises dans la communauté des nations alliées, ni les dépenses engagées à l’intérieur et à l’extérieur de la Colonie qui sont la partie la plus précieuse de notre prise depuis 1940 dans la guerre mondiale. Le prix de notre effort de guerre c’est le prix même de notre sang! Il ne faut pas que ces sept cent septante morts aient fait en vain le suprême sacrifice. Ni ceux tombés dans le choc du combat, ni ceux qui pendant des semaines souffrirent sur les grabats d’hôpitaux. Ils méritent plus notre respect et que notre souvenir: ils méritent de commémorer aux yeux des nations étrangères le long et obscur effort qu’accomplit le Congo à chacune des étapes de la guerre. Il faut que, le cas échéant, nos droits dans la victoire soient appuyés par la voix des morts eux-mêmes». (André Scohy; Les Corps expéditionnaires congolais, 1 mars 1945)

            En ce qui nous concerne, nous estimons qu’en cette année du Centenaire de la grande guerre, la Belgique a, au-delà du devoir de mémoire et de restitution historique, l’obligation morale, socioculturelle, diplomatique et politique de revoir le programme de ces commémorations du centenaire en y incorporant la RDC qui a joué un rôle majeur pendant la première guerre mondiale. La RDC doit figurer, mais également occuper une place primordiale au regard de sa grande contribution sur le front mais aussi par la fourniture d’une quantité énorme de produits de guerre.

            L’Allemagne triomphante en Europe perdit toutes ses batailles en Afrique face à la Force Publique. Son rêve de s’accaparer du Congo et de bénéficier de cette fameuse grande expansion économique s’évanouissait avec ces brillantes victoires de la Force Publique. Si le Congo avec ses grandes réserves de minerais dont l’uranium, le cobalt, le diamant avait été conquis par l’Allemagne impérialiste, la face du  monde aurait sans doute était différente de ce qu’elle est aujourd’hui et la Belgique, en tant qu’Etat libre et indépendant, certainement inexistante!

            Les anciens combattants de la Force Publique, ainsi que les porteurs et les femmes les ayant accompagnés sur les divers fronts et les volontaires congolais enrôlés en Belgique méritent la reconnaissance et le respect de la Belgique et des nations alliées. Leurs familles, leurs descendants également.

            Ces grandes commémorations sont aussi une occasion de rendre hommage au soldat inconnu congolais mort pour la Belgique, mort pour la France, mort pour le Royaume Uni, bref mort pour que le monde soit

            Il est inadmissible que seuls les officiers belges tombés sur les champs de bataille aient été cités comme héros et aient bénéficié d’inhumations dignes pendant que les soldats des troupes congolaises ou les volontaires en Belgique soient morts dans l’anonymat et dans l’indifférence totale des autorités belges. De même, il est consternant de constater que les survivants vécurent dans l’anonymat et sans aucune reconnaissance de forme qu’ils méritent.

            Le Philosophe et poète Georges Santanya écrivait: Il Celui qui oublie est condamné à revivre! « Le prix Nobel de la Paix Elie Wiesel a écrit: «Ceux qui ne connaissent pas leur histoire, s’exposent à ce qu’elle recommence».

Durant la guerre de 1914-1918, le gouvernement belge de Broqueville, en exil à Ste Adresse en France, ainsi que le gouverneur général du Congo, Félix Fuchs, refusèrent que la Force Publique se rende en Belgique pour combattre.

            En 1940-1945, après sa grande victoire sur l’Italie fasciste en Abyssinie (Assossa, Gambela, Saïo), la Force Publique qui avait participé à d’autres campagnes en Afrique et dans le Sud-Est asiatique et qui s’entraînait, au Moyen Orient en tant que First Belgian Congo Brigade Group en vue du débarquement, reçu du gouvernement Belge de Pierlot, en exil à Londres, reçut l’ordre de rentrer au Congo!

            Aujourd’hui, ce sont les différents gouvernements belges qui refusent de faire mention de la participation de la RDC et les anciens combattants de la Force Publique sont tout simplement ignorés.

            Cela ressemble à s’y méprendre à la thèse selon laquelle l’autorité belge ne voulait tout simplement pas faire appel à la main d’oeuvre noire africaine entre 1945-1960 pour raisons d’ordre idéologico-racial visant à préserver l’homogénéité raciale basée notamment sur l’inégalité des races humaines et l’idée d’une supériorité raciale qui, en 1945, dominait depuis un siècle et défendu par des figures comme le diplomate français Arthur de Gobineau et son ouvrage «Un traité sur l’inégalité des races humaines» (18531855). (Ure «Pourquoi la Belgique n’a pas recouru entre 1945 et 1960 à la main d’oeuvre ouvrière de sa colonie congolaise ?’: Rina Rabau in http://desc-wondo.orq/pourquoi-Ia-belqique-na-pas-recouru-entre1945-et-1960-a-la-main-doeuvre-ouvriere-conqolaise-rina-rabau/J.)

Triste est de constater que dans un monde multiculturel qui prône la rencontre des peuples et des cultures, les différents gouvernements belges successifs et actuels refusent de faire mention de la participation active de la RDC à la victoire des alliés. Pire encore, les anciens combattants de la Force Publique sont tout simplement ignorés. Par ailleurs, ces commémorations vont se dérouler sans associer ni consulter la communauté congolaise de Belgique dont les ressortissants ont joué un rôle déterminant dans la victoire des alliés. Faut-il encore le rappeler, la Force Publique s’était aussi engagée dans la guerre pour défendre l’honneur de la mère Patrie envahie et occupée pendant 4 ans par les grosses Bertha. Et ses victoires retentissantes rehaussèrent le prestige et l’estime de l’armée belge.

 La RDC, à l’instar des nations alliées de la grande guerre, doit absolument avoir sa place au Mémorial Interalliés prévu le 4 août 2014, aux commémorations du 28 octobre 2014 à Ypres et Nieuport, aux grandes commémorations du 11 novembre 2014 et durant les quatre années que vont durer les célébrations.

            Car comment peut-on prétendre conscientiser et sensibiliser les générations actuelles et futures à propos  de l’importance de thèmes comme la tolérance, le dialogue interculturel et la compréhension internationale réciproque, ou contribuer à l’ouverture et à la tolérance dans la société ou favoriser une  orientation internationale active quand on choisit délibérément d’ignorer certains acteurs clés?

            Dans le programme mis en place par la Wallonie, Laurence van Ypersele, Présidente du groupe «Commémorer 14-18 « écrit: «Commémorer, c’est se souvenir de l’ensemble d’événements passés en tant qu’ils fondent notre identité, notre être ensemble et notre rapport au monde. On ne commémore pas tout et n’importe quoi. Il y a bel et bien un choix du passé qui implique des politiques de mémoire: en se remémorant le passé, on affirme des valeurs pour aujourd’hui. Toutefois, ce choix ne peut être ni tout à fait arbitraire ni en contradiction avec la vérité historique».

            Il est encore temps de réparer l’erreur, d’effacer l’insulte faite aux anciens combattants congolais et à leurs familles.

            En outre, et à notre grande stupéfaction, nous apprenons qu’au niveau fédéral, deux comités dont un scientifique s’attèlent à mettre au point une exposition sur la Force Publique, destinée à circuler en RDC.  Et ce, alors même que sa participation aux guerres mondiales n’est évoquée nulle part! Ne faudrait-il pas d’abord commencer par reconnaître cette participation et rendre hommage à ces hommes qui ont sacrifié leur vie pour la liberté de la Belgique et du monde?

DlBUA MBOMBO

ANNE M-G

MBUNGU KANDAMANA JOSEPH

LEAVE A REPLY

*