Les laïcs chrétiens catholiques en colère

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Constat 
 
1.Le Bureau du Conseil National de l’Apostolat des Laïcs Catholiques du Congo suit avec une attention toute particulière l’évolution de la situation politique du pays depuis les élections du 28 novembre 2011. Quelques jours après la publication des résultats provisoires par la CENI, force est de constater que toutes les missions d’observation de ces élections ont relevé de « graves irrégularités ». A leur tour, la CENI, le Gouvernement et le Président de la République ont reconnu ces irrégularités et les justifient par « l’inexpérience de la jeune administration électorale ».
 
Position de l’Eglise 
 
2. Dès les premières heures de l’annonce des résultats partiels, précisément le dimanche 4 décembre, la Conférence Episcopale Nationale du Congo, CENCO, a attiré l’attention de la CENI sur sa manière de travailler. L’Eglise a exhorté la CENI à « s’en tenir impérativement à la vérité des urnes telle qu’exprimée et affichée au niveau des bureaux de vote ». Quatre jours plus tard, le 8 décembre, le Secrétariat général de la CENCO a récusé une interprétation forcée de la communication du Président de la CENCO qui voulait faire dire que « l’Eglise catholique était en accord avec les résultats de la CENI et le bon déroulement du scrutin ». Le 1er Secrétaire général adjoint de la CENCO a déclaré : « L’auteur de l’article, posté sur un site qui doit être celui de l’Ambassade de la RDC en Belgique, a  fait un choix tendancieux allant jusqu’à déformer la vérité ». Au lendemain de la publication des résultats provisoires, soit le 12 décembre, Son Eminence Laurent Cardinal Monsengwo, Archevêque de Kinshasa, a conclu, après analyse, que les résultats rendus publics par la CENI « ne sont pas conformes à la vérité ni à la justice », priant les contestataires à ester en justice devant la Cour suprême. 
 
3. En recommandant la voie judiciaire, nonobstant la réputation peu heureuse de notre système judiciaire, l’Eglise cherche non seulement à promouvoir le droit et le respect de la loi, mais aussi à éviter à la Nation les affres des manifestations publiques qui souvent dégénèrent en affrontement et provoquent la destruction des biens et des pertes en vies humaines. L’Eglise met ainsi les magistrats de la haute cour devant leurs propres responsabilités. Que chacun fasse son devoir en âme et conscience, dans la vérité et la justice. L’Eglise demande que « les cas de fraudes avérés soient sévèrement punis ». 
 
4. Pour notre part, nous affirmons que les irrégularités observées et surtout la qualité  des personnes impliquées dans ces actes posent un sérieux problème moral qui ne pourra pas être résolu par le système judiciaire. Comme disent les Romains : « fraus omnia corrumpit », la fraude corrompt tout. En toute objectivité, si nous aimons notre pays, nous devrions avoir le courage de réorganiser ce scrutin. A défaut de tout reprendre, nous espérons que la Cour suprême pourra ordonner l’annulation des résultats des circonscriptions électorales où l’on a signalé des irrégularités y compris les actes de violence ayant entraîné la perturbation du scrutin et qu’elle ordonnera des sanctions exemplaires contre tous ceux qui ont provoqué la violence et la fraude.
 
Indignation
 
5. Pour avoir clairement remis en cause la crédibilité des résultats provisoires publiés par la CENI,  l’Archevêque de Kinshasa fait l’objet d’une campagne inacceptable, à la limite de l’insulte de la part du Gouvernement, de la Majorité présidentielle et alliées. 
 
6. Depuis son élévation à la dignité cardinalice, lorsque l’Archevêque de Kinshasa prend parole et que sa parole indispose les gouvernants, on le traite de politicien qui divise au lieu d’être le pasteur qui rassemble. Pire, on lui dénie le droit de parler au nom de l’Eglise et même en tant que citoyen. Et, le langage utilisé pour lui répondre est dénué de tout égard. Même des cadres formés par l’Eglise, voire des personnes issues de famille catholique et qui se disent catholiques, ne s’entourent d’aucune précaution pour vilipender celui qui parmi les Evêques de la RDC est élevé en dignité. 
 
La vérité reste vérité.
 
7. Y a-t-il des personnes avisées qui ignorent les conditions dans lesquelles ont été organisées nos élections ? Pensons-nous qu’il n’existe pas dans ce pays des personnes équilibrées et qui ont une mémoire ? Pour ne pas remonter jusqu’au déluge, la Majorité Présidentielle est-elle vraiment convaincue que les élites de la Nation n’ont rien vu ? De la révision de la Constitution à la compilation des résultats, l’organisation de ces élections était parfaitement cafouilleuse, à dessein.
 
8. Pense-t-on que le Pasteur doit rassembler ses brebis en taisant la vérité ? C’était à Rome, au cours du repas offert en l’honneur du Cardinal Monsengwo qu’un haut dignitaire du régime avait déclaré : « si vous ne voulez pas qu’on vous dénonce, abstenez-vous de poser des actes susceptibles d’être dénoncés ». A ce jour la CENI et le Gouvernement congolais ont posé des mauvais actes. Souffrons que le veilleur les dénonce. 
 
9. Les auteurs des actes de fraude savent très bien, chacun dans sa conscience, ce qu’ils ont fait. Même si devant la justice, les contestataires auront du mal à produire les preuves matérielles de leurs forfaits, la réalité ne changera pas. Même si publiquement, les faussaires se disent blancs comme neige et s’en prennent à l’Eglise qui justement demande à chacun d’être vrai avec lui-même, il est impossible de tromper sa conscience, le siège de l’esprit saint de Dieu en nous. 
 
Responsabilité  d’un Cardinal.
      
10. Au sujet de l’autorité du Cardinal, il faut savoir qu’il est « primus inter pares » et sa parole, autant que celle de tout autre Evêque engage bel et bien l’Eglise entière qui est une, sainte, catholique et apostolique. Dans le cas d’espèce, la position du Cardinal s’inscrit dans la ligne de celle présentée dès le 4 décembre par le Président de la CENCO. Tout lecteur attentif et honnête peut comprendre que la position exprimée par le Cardinal était presqu’inscrite dans le message du 4 décembre et est plus que conforme à la pensée de notre épiscopat qui n’a cessé de dénoncer la banalisation de la corruption et de la tricherie. 
 
11. En plus, plus que tout chrétien, un Cardinal fait le serment de défendre la vérité et la foi jusqu’au sacrifice de sa vie. Dans un moment aussi difficile que celui-ci, le Cardinal regarde la pourpre qu’il porte et qui lui rappelle à tout instant ce serment. Si l’on comprend ce que cela signifie, il faut un minimum de retenue et surtout une bonne dose d’humilité avant de le vilipender. En ce moment particulier, ce que l’Eglise lui demande à lui particulièrement bien plus qu’à tout autre chrétien, prêtre ou Evêque, c’est offrir sa vie pour défendre la vérité, jusqu’au sacrifice suprême, même si cette vérité ne plaît pas à quelques uns parmi nous. Car en soi, la vérité libère. 
 
12. L’exemple nous est donné avec le Cardinal Malula, Père de l’Eglise de Kinshasa. Au moment de l’institutionnalisation du MPR, il s’est dressé contre l’Etat au prix de sa vie. En ces années-là, comme aujourd’hui, il y avait des cadres chrétiens et même catholiques pour dénigrer le Pasteur dont la parole contrariait le Prince. Comme aujourd’hui, les médias publics étaient mis à contribution pour salir la réputation du veilleur. 
 
13. Le Cardinal ne se lève pas pour un candidat et contre un autre. C’est pour la vérité qu’il se lève ainsi qu’il l’a inscrit dans sa devise épiscopale : « in fide veritas », dans la foi en la vérité. L’enjeu de son engagement et de l’engagement de l’Eglise, ce sont les valeurs qui fondent l’action publique. Quel Etat va-ton bâtir sur base des actes de tricherie et dans l’impunité? N’avons-nous donc pas de mémoire pour oublier que ce dont nous souffrons c’est de la banalisation de la corruption et de la tricherie ? Nous nous en plaignons dans les écoles, dans les entreprises, dans l’administration publique, et nous voudrions l’approuver et la promouvoir dans le processus d’accès aux charges les plus hautes de la Nation. 
 
Appel à l’apaisement  
 
14. L’heure est grave. En effet, la Nation est devant un grand défi. Les conséquences, non pas des déclarations du Cardinal mais plutôt de l’organisation de la tricherie que l’Eglise dénonce, sont inimaginables. A cause des actes de tricherie, des vies humaines ont été fauchées. A cause des actes de tricherie, la Patrie est de nouveau menacée de sombrer dans la violence. Ceux qui ont conçu, organisé et exécuté la fraude que tous les observateurs ont vue, portent une très lourde responsabilité. Malheureusement, ils tentent de la faire porter à ceux qui dénoncent.
 
15. Aussi lançons-nous un appel à tous les fidèles laïcs catholiques et à tous les chrétiens et hommes de bonne volonté de nous mettre autour de nos pasteurs en cette période. On ne s’en rend peut-être pas compte assez. C’est l’esprit Malin lui-même qui se déchaîne contre la Nation dont le peuple a dit OUI au CHRIST et à son Evangile. Par divers stratagèmes, il essaie d’inoculer le venin de la haine, il inspire le mensonge, l’orgueil, l’arrogance, tous ces vices cultivés en nous par le désir du pouvoir et de l’avoir, et qui souvent nous conduisent à poser des actes affreux et abominables que les Saintes écritures interdisent. 
 
16. Nous saisissons cette occasion pour appeler nos frères et sœurs d’arrêter sans délai toute la campagne orchestrée pour saper l’autorité de l’Eglise. Nous devons tous travailler pour que les passions ne se déchaînent pas afin de traverser ensemble et sans casse, la tempête qui se forme autour de la Patrie. Nous vous supplions d’y mettre fin afin de ne pas obliger les fidèles à y répondre de manière incontrôlée. 
 
17. Confiant dans l’amour de Dieu et dans sa miséricorde, le CALCC appelle tous les fidèles catholiques à intensifier nos prières par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, notre Mère pour que le Malin ne réussisse pas à nous entraîner dans la violence qui nous éloigne des desseins de Dieu et du merveilleux destin de notre pays. 
 
     Fait à Kinshasa, le 15 décembre 2011
 

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