Les Kuluna réinvestissent la ville de Kinshasa

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kuluna1Vagues d’arrestation des marginaux, dans un premier temps, coups de filet ciblés des criminels en herbe, dans un second temps, l’opération « Likofi » qui a démarré avec pompes au mois d’octobre 2013, à travers toute la ville de Kinshasa, connait aujourd’hui une sorte de relâchement dictée par les critiques sur le respect des droits de l’homme et le changement de stratégies pour plus d’efficacité. Cette opération «  coup de poing » s’est révélée payante en ses débuts, puisqu’elle a poussé les bandes des Kuluna à battre en retraite dans leurs derniers retranchements. A part une poignée appréhendée, nombreux ont déserté les toits familiaux, déménagé de leurs termitières pour s’installer ailleurs. On a vu la plupart d’entre eux se coiffer et s’habiller comme des personnes respectables et renoncer à la consommation publique de la drogue. Un changement était opéré dans les mœurs des malfaiteurs. Et l’on croyait qu’il allait entraîner l’éradication du phénomène.

            Un miracle a été réussi. Kinshasa a connu pour la première fois de son histoire, une petite saison de zéro kuluna. On n’en voyait plus dans les lieux criminogènes, tels que les brousses séparant les quartiers, les ponts reliant les communes et les sentiers conduisant vers les champs. Même dans les petits marchés, les immeubles inachevés et les chantiers abandonnés, qu’ils squattaient pendant la période de grande criminalité, il n’y avait plus une seule ombre de ces malfaiteurs.

            Depuis un certain temps, des cris de détresse viennent de partout. A Bandalungwa,  quelques agressions perpétrées par les Kuluna ont été enregistrées dernièrement. La semaine passée, Mme Lusakueno habitant le quartier Lumumba, revenait d’un voyage d’affaires dans le Bas-Congo.  Après avoir entreposé ses marchandises dans un dépôt aux environs du marché de ce quartier, elle devait dispatcher des courriers et des fonds auprès de certaines personnes au quartier Makelele. Il était 21 heures quand elle fera la rencontre avec une bande des Kuluna qui lui ont arraché sous la menace des armes blanches, la somme de 2.160 dollars et 580.000 Fc.

            Bolamba, tenancier d’une cabine téléphonique, est de ceux qui en ce mois de janvier, garde de mauvais souvenirs du phénomène Kuluna qu’il savait éradiqué après des opérations « Likofi ». Mais c’est vers la frontière entre Selembao et Bandalungwa  qu’il s’est rendu à l’évidence. Regagnant son domicile à pied, ce jeune homme a croisé un groupe de sept Kuluna brandissant des armes et qui lui a arraché les recettes de son commerce, un lot de cartes prépayées et ses téléphones portables.

Un taximan a été victime de ces marginaux. La voiture garée dans la parcelle du propriétaire, Sim’s non autrement identifié, est allé partager un verre avec ses copains et une meute de filles de joie dans le quartier Lingwala. Vers 2 heures du matin, et dans les parages de Didialu, il devait escorter l’une d’elles, et c’est chemin faisant que les Kuluna basés au camp Luka, leur ont extorqué les recettes de la journée, son argent de poche et ses téléphones.

            Au moment où à Bandalungwa, les cris de révolte montent, les mêmes réactions sont entendues auprès des populations de Selembao, Bumbu, Makala, Camp Mombele, Ngaba, Ngiri-Ngiri, et Camp Luka. Les habitants de Kinshasa constatent que le phénomène qui n’était pas totalement éradiqué, refait malheureusement surface dans plusieurs coins de la ville. A en croire une source policière, les modes opératoires ont changé. Ce ne sont plus des attaques aux endroits précis et tous les jours, mais des extorsions sporadiques des téléphones portables, des sacs à main, des bijoux et des billets de banque, ces délinquants ne visent que ce genre de butins. A en croire de quelques plaintes formulées par quelques victimes, ces marginaux utilisent des armes blanches ( machettes, couteaux et gourdins), non pas pour blesser ou tuer de paisibles citoyens, mais pour les intimider. Les menaces sont proférées, comme on peut s’en rendre compte, pour amener les victimes à ne pas résister. Mais dans l’hypothèse d’une résistance farouche, les spécialistes des questions de sécurité, pensent que le pas serait franchi pour exercer les violences physiques.

            Et avec cette réapparition du phénomène kuluna, sous d’autres formats, des voix s’élèvent pour tirer la sonnette d’alarme et inviter les autorités urbaines à réactiver l’opération Likofi. La population kinoise craint de voir le relâchement de la traque des malfaiteurs, redonner des ailes aux marginaux. Car de toute évidence, de nouveau nuisibles, ces délinquants pourraient multiplier des attaques sur de paisibles citoyens, pire qu’avant.

                                   J.R.T.                       

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