Les intérêts de la RDC d’abord !

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Daniel Yengo Massampu, Administrateur Délégué Général de la Société Nationale d’Electricité (Snel) et son Administrateur Directeur Financier, Muhiya, étaient entendus le vendredi 12 février 2010 à la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe pour deux griefs principaux à leur charge : détournement d’un montant de 15.650.000 Usd (quinze millions huit cents cinquante mille dollars américains) et dissimulation de la Convention liant la Snel à la firme canadienne MagEnergy, chargée de la fiabilisation du Groupe 23 du barrage hydro-électrique d’Inga. Les deux prévenus, jusque-là libres de leurs mouvements, sont attendus ce lundi matin devant la même juridiction. On rappelle que dans leurs moyens de défense, lors de la première audience, ils ont d’une part expliqué la traçabilité des fonds présumés détournés et d’autre part indiqué que la Convention Snel-MagEnergy avait été négociée par un Comité de gestion antérieur au leur.

Le fait le plus préoccupant dans ce dossier, c’est la fameuse convention qui devait lier la Snel et MagEnergy dans le pur style de ce que l’on a pris coutume de qualifier de « contrat léonin ». Et, c’est au regard du risque de bradage des intérêts de la République, à travers le hold up que MagEnergy s’apprêtait à opérer sur l’énergie d’Inga, que la ministre du Portefeuille, Jeannine Mabunda, avait souscrit à l’option du comité Yengo, de renégocier les termes d’un contrat où la visibilité de l’investissement de 110 millions de dollars promis par MagEnergy n’était signalée dans aucune banque.
Par ailleurs, la ministre du Portefeuille était d’accord avec l’Adg Yengo et ses collaborateurs au sujet de leur refus d’hypothéquer 84 mégawatts par mois au profit de MagEnergy sur 15 ans pour le 1er Groupe, 13 ans pour le 2me Groupe, 10 ans pour le 3me Groupe et 5 ans pour le 4me Groupe, mais aussi de continuer à payer un cachet de 200.000 dollars par mois à la firme canadienne, au titre de la rémunération de ses services, alors que la dette contractée par la Snel, dont aucun rond n’était libéré jusqu’en mai 2008, demeurait intacte.
On se souvient que ce dossier avait fait l’objet d’un débat houleux en plénière de l’Assemblée Nationale. Les députés étaient unanimes au moins sur un point : la RDC ne devait pas laisser à une firme étrangère, le contrôle d’un produit aussi stratégique que l’énergie électrique. L’unique ouverture laissée à MagEnergy était de poursuivre la réhabilitation du Groupe 23 d’Inga, en attendant une claire analyse de la clause qui réservait à la firme canadienne le droit de vendre, aux preneurs de son choix, les 84 mégawatts que devait lui concéder la Snel.

Le barrage d’Inga n’est pas à vendre

Le barrage hydro-électrique d’Inga est signalé, dans les annales de la République, comme l’un des investissements qui pèsent le plus sur la dette extérieure de notre pays, en raison du service de la dette dont les rééchelonnements se chiffrent à plusieurs milliards de dollars. Mais, en retour, le même ouvrage offre à la RDC d’immenses possibilités de commercialisation, au prix fort, de son potentiel énergétique en Afrique centrale, australe, orientale et occidentale, voire au Moyen-Orient.
Son avenir se conjuguerait en termes de dizaines de milliards de recettes annuelles si des fonds requis pour la construction d’Inga III et du Grand Inga étaient disponibilisés. Réservoir d’une énergie électrique renouvelable et bon marché, Inga ne peut souffrir d’un contrat léonin, comme tente de l’imposer MagEnergy.
Il appartient à la justice congolaise de bien lire les enjeux financiers et stratégiques de la Convention dénoncée par le Comité de gestion actuel de la Snel, avec l’aval de la ministre du Portefeuille, encore en poste, pour ne pas galvauder les intérêts de la République. Ce que l’opinion attend de la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe, ce qu’elle fasse la part des choses entre les intérêts de la RDC et les règlements des comptes entre Yengo et ses « ennemis ». Nous pensons que la revisitation des termes de la Convention tant querellée, de même que celle des actes financiers posés par Daniel Yengo Muhiya aiderait à mieux cerner les contours d’un dossier où l’Etat-Nation joue une carte décisive au sujet du sort du barrage d’Inga. En tout cas, dans l’imagerie populaire des Congolais, ce barrage hydro-électrique n’est pas à vendre, à aucun prix. Et si Yengo et Muhiya ont des ennuis pour s’être opposés à la liquidation d’Inga, ils devraient compter sur le soutien moral de vrais patriotes.

Kimp.

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