Les groupes d’autodéfense populaire mis à mal face aux Kuluna ?

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Nés à la suite de la révolte des habitants de nombreux quartiers de Kinshasa en proie aux vagues épisodiques de banditisme, les groupes d’autodéfense populaire ou « les fameux antigang » ont démarré de façon timide avec dans leurs rangs, quelques bénévoles dont entre autres, de jeunes sportifs, d’anciens militaires  et de surveillants au chômage, soucieux de se rendre utiles à leurs communautés.
Comme il fallait s’y attendre, à Masina d’abord, et bientôt dans d’autres communes, ils s’imposent comme une réponse efficace au besoin de sécurisation exprimé par les Kinois de plus en plus indignés de voir des marginaux arrêtés par certains postes de police, remis aussitôt en liberté, venir les narguer et leur proférer des menaces. Beaucoup se demandent s’il n’existe pas une complicité entre certains policiers et les malfrats. Les riverains de certains sous-commissariats ont fait savoir que les malfaiteurs, enfants des militaires ou des policiers, ne pouvaient être déférés au parquet, solidarité de leurs parents avec leurs compagnons d’armes, oblige. Tout se règle à l’amiable à l’ombre des regards indiscrets au grand dam des victimes qui ne savent plus à quel saint se vouer.

On apprend même que pour n’avoir pas pu corrompre certains OPJ de la police, les délinquants réussissent toujours à graisser la patte à certains magistrats qui se réfugient derrière le sacré principe d’«insuffisance des preuves ». Cette disposition, ont laissé entendre quelques personnes déçues, est évoquée à tort même quand les bandits ont été appréhendés sur le lieu du crime, avec des armes, ces pièces à conviction irréfutables. Aussitôt remis en liberté, les bandits rentrent dans leurs quartiers, paradent à travers les avenues, et prouvent qu’ils jouissent de l’impunité et qu’ils vont récidiver sans crainte d’être récupérés. Personne, prétendent-ils, ne pourra alors les inquiéter.
C’est excédés par les « marches de colère » des bandits que certains habitants ont été tentés par un projet qui a fait jadis succès à Kinshasa, plusieurs années après l’entrée de troupes de l’AFDL. Il s’agit des groupes d’autodéfense populaires de quartiers.

Dérapages et règlements de comptes

Ces groupes dépourvus d’un règlement d’ordre intérieur, de code de bonne conduite, de notions de droit et de sécurité publique, ou de règles déontologiques, sont tout simplement mus par leur seule détermination à traquer des marginaux, des «kuluna» et des shegués dangereux. De nombreux dérapages sont enregistrés et déplorés.
Car, on voit leurs membres réclamer d’être armés, dotés d’uniformes et payés par le trésor public. La plupart avaient été intégrés au sein de la défunte Police communale.
Aujourd’hui que les unités de la police territoriale semblent dépassées par des hordes des Kuluna, menacées de représailles par des gangs, et même des policiers tués par des brigands à leurs postes de service, la criminalité a atteint des proportions alarmantes. Ce qui exige la mise sur pied d’une nouvelle stratégie de sécurisation des quartiers.
Cette stratégie reposerait sur plusieurs axes, la localisation des nids des malfaiteurs avec le concours des chefs de quartiers, l’identification des bandits dangereux à partir de leurs antécédents judiciaires et des plaintes des habitants des quartiers, la traque des éléments qui insécurisent certains secteurs et leur transfert aux parquets.
Le regain de criminalité constaté ces temps derniers, serait-il dû à la carence des effectifs au sein des unités territoriales, dont on sait qu’elles avaient connu un dégraissage ?
La sécurité est une denrée si précieuse qu’il ne faudrait pas la laisser sous la gestion de quelques « cascadeurs » sans formation policière de base qui accepteraient, moyennant le paiement de quelques primes, de prendre le risque d’affronter les malfaiteurs patentés, armés des machettes et autres armes blanches.
S’il faudrait recourir à ces bénévoles, ce serait juste pour recueillir des informations, en vue de dresser la cartographie des secteurs criminogènes, des bandits qui sèment la terreur et la désolation, leurs caches d’armes, leurs différents repaires. Dès que les bandits se sentent traqués sans relâche, ils n’ont plus qu’un seul réflexe, celui de s’exiler vers d’autres villes. Or, avec l’échange d’informations entre les commissariats provinciaux à partir de communications radio, ils ne sauront plus où se réfugier.
La police doit donc faire sentir à la pègre qu’elle est toujours présente et opérationnelle. Et à ce moment-là, la peur du policier deviendrait réellement le commencement de la sagesse.

J.R.T.