Les Fac et le discours de Kabila du 07 septembre 2013 : un coup d’Etat constitutionnel en préparation

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1260889_436382523137479_1107010035_nNous avons suivi le discours de Monsieur Kabila du 07 septembre dernier devant ce qui avait tout l’air d’un congrès du PPRD élargi à ses alliés, tous courants confondus. Un discours décousu mais sournois. Plus intéressant, il est également révélateur des desseins cachés de Monsieur Kabila.

Il ressort clairement de ce discours que Monsieur Kabila a décidé, sans y croire, d’emboucher la trompette de la cohésion nationale comme subterfuge subtil pour se maintenir au pouvoir démontrant ainsi qu’il n’a ni respect, ni considération pour les Congolais.

Qu’il soit entendu que les FAC et le peuple congolais ne lui donneront pas les « béquilles de légitimation » qu’il recherche désespérément.

Le discours controuvé et téméraire de Monsieur Kabila nous conforte plus que jamais dans notre position, disons-le encore, ferme, de rejeter « son concert national». A ce sujet nous tenons à informer l’opinion tant nationale qu’internationale, que toute personne se réclamant des FAC et qui participe à ces concertations s’est désolidarisée du regroupement et par conséquent s’est auto-exclue des FAC. C’est le cas, notamment, de  Messieurs Pathy Katanga et de Moise Monidela Idi.

Monsieur Kabila, après avoir démontré les limites de son leadership, conduit le pays au bord du gouffre et que son régime se distingue toujours dans le non-respect des droits de l’homme et des libertés publiques, veut se présenter en donneur de leçon de la citoyenneté.

Notre meeting du 1er septembre dernier au stade Vélodrome de Kintambo a été  illégalement empêché et brutalement réprimé. Jacques Chalupa, Fernando Kuthino, Eugène Diomi, Christian Badose, Zangi Mohindo, Patrick Palata et tant d’autres demeurent des victimes de l’intolérance de son régime.

A vrai dire, Monsieur Kabila nous demande d’être des amnésiques. En d’autres termes, il nous dit qu’il ne s’est rien passé dans ce pays le 28 novembre 2011, exactement comme si Chebeya n’avait pas été assassiné dans un bureau de l’Etat!

Ainsi, c’est à coup de menaces, de chantage, de débauchage et de corruption, que Monsieur Kabila recrute des « alliés de circonstance» pour élargir le cercle des « complices » dans un forum appelé « concertations nationales » ayant pour objectif ultime la mise à mort de la troisième république et la création d’une nouvelle république : la quatrième.

En somme, Monsieur Kabila et ses alliés préparent un coup d’Etat constitutionnel.

Il a donc beau affirmer que les concertations nationales sont « un cadre de travail apaisé, transparent et sans objectif caché », mais la démarche est fondamentalement politicienne et obéit à cet agenda-là.

Nous le répétons, Monsieur Kabila veut remplacer la Constitution du 18 février 2006 par une autre, celle qui est actuellement en élaboration au Palais du Peuple. Nous ne le laisserons pas faire.

Monsieur Kabila ne le dit pas clairement dans son discours mais, avec un peu d’intelligence, on peut aisément déceler la subtilité  de la démarche qui est logée dans le paragraphe suivant, nous citons : « Des présentes assises, le peuple attend plutôt un consensus sur les pistes réalistes de solution aux problèmes majeurs auxquels sont confrontés le pays et la Nation, de manière à permettre la cohésion nationale et la consolidation de la paix…», fin de citation.

Deux questions majeures. Primo : Quels sont ces problèmes majeurs auxquels sont confrontés le pays et la Nation et qui nécessitent un consensus sur les pistes réalistes de solution ? Secundo : Peut-on avoir la cohésion nationale, sans réconciliation de toutes les filles et les fils de notre pays ?

A ces questions, Monsieur Kabila donne la seule réponse révélatrice: « C’est conscient de la gravité de la situation sécuritaire dans la Province du Nord-Kivu, et de la menace existentielle qui en découle pour l’ensemble de la Nation…, que j’ai décidé d’organiser les présentes Concertations».

Outre que la guerre à l’Est de notre pays s’est empirée sous son régime, on peut légitimement aussi se demander comment les concertations de Kinshasa, en elles-mêmes, peuvent mettre fin à la guerre à l’Est. Car, pour Monsieur Kabila, la solution est à rechercher aux pourparlers de Kampala plutôt qu’aux concertations de Kinshasa.

En fait, les deux se recoupent : Kampala va jeter les bases de l’accord imminent qui doit être signé entre le gouvernement et le M23  tel qu’imposé par la communauté internationale et les concertations de Kinshasa vont tout formaliser sous la forme de recommandations  à présenter au Parlement par Monsieur Kabila. Kampala va donc imposer son diktat et Kinshasa va avaler la couleuvre !

Mais, pour que ce schéma aboutisse, une large adhésion congolaise abusivement appelée: « cohésion nationale » est nécessaire.

Voilà pourquoi, les thématiques comme Crise de légitimité et Guerre à l’Est ne sont pas retenues pour être débattues en profondeur. Pourtant, Monsieur Kabila affirme que les délégués aux concertations ont, nous citons : « le loisir d’aborder tout sujet d’intérêt national en toute liberté et sans contrainte» fin de citation. Mais en même temps il fixe lui-même les « priorités du moment » dans cinq thématiques décidées unilatéralement par lui sans qu’aucune d’elles n’aborde les problématiques ci-dessus. Après, il balaie les cinq thématiques en assurant, nous citons : « La situation politique, économique, sociale, culturelle et sécuritaire de notre pays a déjà fait l’objet de plusieurs réflexions, analyses, études et rapports, souvent de haute facture. Ce fut le cas, notamment, lors de la Conférence nationale souveraine, des Concertations du Palais du Peuple et du Dialogue Inter-congolais. C’est à cet exercice que Députés et Sénateurs consacrent l’essentiel de leurs délibérations ».

Une autre question : Puisque des rapports de haute facture sur la situation politique, économique, sociale, culturelle et sécuritaire de notre pays existent déjà et que les Députés et Sénateurs consacrent l’essentiel de leurs délibérations  aux réflexions, analyses et études de ces rapports, pourquoi avons-nous besoin des concertations nationales avec les mêmes  thématiques?

Se dévoilant, Monsieur Kabila oriente les délégués, leur disant, nous citons: « les concertations ont pour objectif de dégager les voies et moyens susceptibles de rétablir et de consolider la cohésion interne, en vue d’assurer la victoire sur toutes les forces d’agression, de renforcer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national, de mettre fin au cycle infernal des violences à répétition, principalement dans le Nord et le Sud-Kivu ainsi que dans l’Ituri, de conjurer toute velléité de s’associer aux tentatives exogènes de déstabilisation du pays et de planifier, ensemble, son développement socio-économique dans la paix et la concorde », fin de citation.

Pour nous, ce paragraphe de son discours est non seulement un aveu d’impuissance et d’échec mais aussi celui de sa responsabilité dans la déliquescence de l’Etat congolais.

La vérité est que Monsieur Kabila sait ce qu’il attend des délégués aux concertations, et il le leur dit, nous citons : «les délégués aux concertations nationales n’ont pas vocation à se substituer au Souverain primaire ; moins encore, à remettre en cause les décisions qui relèvent du pouvoir exclusif de ce dernier. Cependant, leur marge de manœuvre demeure importante ». « Se mobiliser, s’organiser et agir sont une condition de la victoire », lance-t-il.

Voilà les trois verbes du « moment constituant », celui qui précède la naissance d’une nouvelle République ! Monsieur Kabila le sait et il le dit aux délégués présents ce jour-là au Palais du Peuple, nous citons : « Ce moment historique est à saisir aujourd’hui ». Et de poursuivre, nous citons : « J’ai foi en vos capacités pour ce faire», fin de citation.

En d’autres termes, je sais que vous allez le faire et il ne vous reste qu’à vous exécuter!

Et, pour corrompre l’amour propre des fidèles à la messe déjà dite des concertations, Monsieur Kabila leur jette des fleurs, affirmant qu’ils ont, par leur présence, donné, nous citons, une « réponse responsable et patriotique » à son appel, fin de citation.

Non, Monsieur, un chef de faction, diviseur et débaucheur ne mobilise pas un peuple! Seule, une personne qui symbolise l’unité nationale, au sens de l’alinéa 1er de l’article 69 de la Constitution, c’est-à-dire celui qui a la légitimité du peuple qui peut le mobiliser.

Sans la présence de la majeure partie de réels représentants des forces vives de la nation, ces concertations sont vouées à l’échec.

Cerise sur le gâteau, c’est avec une cravate noire que Monsieur Kabila va blasphémer, en citant les saintes écritures à sa manière et sans référence, disant: « le Très haut ne tente jamais personne au-delà de ses capacités », fin de citation.

Sauf à comprendre que Monsieur Kabila se substitue lui-même au Très Haut, mais nous tenons à lui dire que nulle part dans la sainte bible, il est écrit que Dieu tente ses enfants.

Au contraire, Paul dans 1 corinthiens 10 :13 nous dit « Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été humaine, et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais avec la tentation il préparera aussi le moyen d’en sortir, afin que vous puissiez la supporter».

Et le livre de Jacques, dans son premier chapitre, verset 13, dit, nous citons : « Que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise : C’est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne ». Au sens donc de la Sainte Bible, Dieu, le Très Haut, ne tente jamais ses enfants.

Les jeunes Kinois diront: mukolo moko akolelaawa (un adulte va pleurer ici) ! Que celui qui a écrit son discours nous fournisse les références de la citation que Monsieur Kabila attribue aux saintes écritures.

Entre Monsieur Kabila et nous, il y a une divergence fondamentale dans la perception des échanges que les filles et les fils de notre pays doivent absolument avoir pour s’attaquer une fois pour toutes aux causes profondes de la crise multiforme qui mine notre société.

Pour nous, la réconciliation nationale, la tolérance et la démocratisation dans notre pays, point 6 des engagements renouvelés de la République dans l’accord-cadre du 24 février 2013, ne peuvent provenir que d’un dialogue national et inclusif entre toutes les parties prenantes suivant l’esprit et la lettre du point 14b de la Résolution 2098 du 28 mars 2013 née du sévère et implacable réquisitoire du Secrétaire Général des Nations-Unies et contenu dans son rapport spécial présenté au Conseil de Sécurité le 27 février 2013. Et nous continuons de réclamer ce dialogue-là.

Nous invitons le peuple congolais à redoubler de vigilance tout en lui rappelant que l’article 64 de la Constitution  de la République lui impose le devoir citoyen de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation de la constitution. Ce sera notre réponse citoyenne aux velléités téméraires de Monsieur  Kabila à qui nous disons que le peuple  congolais ne le laissera pas réussir son coup d’Etat constitutionnel même si, comme c’est le cas, il bénéficie du concours intellectuel ‘’d’éminents professeurs’’ nationaux de droit qui lui vendent le projet de « démocratie consensuelle » comme fondement d’un ordre constitutionnel nouveau.

En attendant, nous invitons le peuple congolais à continuer de signer la pétition : « Touche pas à mon 220 et pas de Présidence à vie en RDC ».

Vive la République Démocratique du Congo ;

Vivent les Forces Acquises au Changement.

Nous vous remercions.

Fait à Kinshasa, le 14 septembre 2013

Pour les FAC

Martin M. Fayulu

Coordonnateur

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