Les expériences africaines et les perspectives électorales de 2011 en RD Congo

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(Par Philippe BIYOYA MAKUTU, Professeur Ordinaire, avec la collaboration de Pascal KIVUILA NKUKA, Marc MAKENGA KALALA et Rossi MUKENDI TSHIMANGA)

C’est à la fin de cette année que la République Démocratique du Congo organisera les deuxièmes élections démocratiques de sa récente histoire. Un processus électoral qui s’étalera sur une période de trois ans soit de 2011 à 2013 au regard du calendrier proposé  à titre indicatif par la Commission Electorale Indépendante (CEI).
    Le peuple congolais sera une fois de plus appelé à se choisir par voie des urnes des dirigeants à tous les échelons du pouvoir (national, provincial, urbain, municipal et local). Il pourra, à cet effet, soit renouveler sa confiance aux décideurs qu’il s’est choisi en 2006 s’il juge le bilan de leurs actions politiques positif, soit les sanctionner si c’est l’inverse ; soit encore donner mandat à une nouvelle classe des politiciens qu’il jugera capable de répondre à ses aspirations pour les cinq années à venir.
    La tenue de ces élections générales sera sans doute la preuve qu

e le train de la démocratie est réellement en marche dans ce pays en dépit de certaines tares et non des moindres qui subsistent encore. Car, comme l’écrit Anicet Mungala : « Les élections sont une étape essentielle dans le processus de démocratisation. Elles présupposent le respect d’un large éventail des droits de la personne et des libertés fondamentales. L’expression libre de la volonté politique d’un peuple par un vote secret et participatif représente la pierre angulaire d’une démocratie inclusive durable » .
    Cependant, à cette ère de la mondialisation où les idéologies, les cultures, les comportements, les valeurs et antivaleurs s’exportent à grande vitesse accentuant du coup les risques d’assimilation ou de contagion des phénomènes, il serait limitatif voire inconcevable de penser l’organisation de ce processus politique sur base de nos rapports internes exclusivement. Les récentes expériences vécues dans la région ou la sous région peuvent nous aider à trouver des orientations nouvelles mais également et surtout à prévenir les dérapages éventuels qui pourraient compromettre sérieusement l’aboutissement heureux dudit processus.

Par rapport à toutes ces considérations, deux questions fondamentales méritent ainsi d’être posées à savoir :

– Qu’en est-il de la donne électorale en Afrique durant ces dernières années ?

– Comment la RD Congo peut-elle assurer son processus électoral futur partant de son contexte politique actuel et des antécédents que lui fournissent les autres nations du continent ?

    Nous sommes tenté de croire, au vu des événements que nous ont régulièrement rapportés les médias que, les processus électoraux en Afrique n’ont pas été reluisants durant ces dernières années. Ils ont en général débouché sur des situations confuses voire tragiques qui ont mis en difficulté les Etats comme le Kenya, le Zimbabwe, la Guinée Conakry et la Côte d’Ivoire.

    Mais  la survenance de ces événements, malgré leurs natures fâcheuses, est au bénéfice de la RD Congo qui dispose d’assez d’éléments pour recadrer, réajuster son processus électoral afin d’éviter toute forme de déroute à l’issu des prochains scrutins.

    Notre démarche dans la présente analyse consistera, dans un premier temps, à faire le point sur les processus électoraux de quatre pays africains essentiellement dont le Kenya, le Zimbabwe, la Guinée Conakry et la Côte d’Ivoire ; et nous dégagerons aussi des fondamentaux à la base des crises qui ont affecté ces pays à l’annonce des résultats que nous exprimons en termes de leçon à tirer pour des élections futures apaisées sur l’ensemble du continent.

    Dans un second temps, nous décrirons le contexte politique qui prévaut actuellement en République Démocratique du Congo à quelques mois seulement des élections avant de proposer des mesures préventives pour la réussite de ces scrutins tant attendus par la communauté nationale et internationale.

 

I. ANALYSE DES PROCESSUS ELECTORAUX EN AFRIQUE 

 

Il se développe depuis un certain temps en Afrique un théorème pervers qui voudrait qu’à chaque suffrage corresponde une crise plus ou moins violente qui hypothèque le fonctionnement normal des Etats et corse la souffrance des millions de populations déjà en proie à la pauvreté et à la famine.

    Les élections ont été indéniablement à l’origine de la plupart des conflits qui ont ensanglanté l’Afrique durant cette première décennie du XXIième siècle, donnant ainsi l’impression d’une contagion à l’échelle continentale. La situation a dégénéré tour à tour au Kenya en 2007, au Zimbabwe en 2008, en Guinée Conakry et en Côte d’Ivoire en 2010. Si dans les deux cas précédents les acteurs sont parvenus à des solutions négociées mais controversées qui ont quand même permis de juguler ces crises post électorales, en Côte d’Ivoire le blocage est plus qu’évident et en Guinée Conakry le président a été élu et investi dans la contestation.

 

I.1. Etude des cas

    Nous avons choisi d’examiner les quatre processus électoraux susmentionnés, non pas tant du fait de leur actualité et de l’insécurité qu’ils ont engendré dans ces Etats respectifs, mais davantage parce qu’ils constituent des cas de déclinaison dangereuse de la démocratie elle-même.

    Suivant les aires géographiques, nous avons considéré un Etat d’Afrique orientale (le Kenya), un Etat d’Afrique australe (le Zimbabwe) et deux Etats d’Afrique occidentale (la Côte d’Ivoire et la Guinée Conakry).

I.1.1. Le Kenya

    Au Kenya, l’élection présidentielle à un seul tour de Décembre 2007 qui avait vu la victoire du Président en exercice Mwaï Kibaki face à son rival et opposant Raïla Odinga, a fait l’objet des contestations et provoqué de graves violences. Le pays comptait à la fin du mois de janvier 2008 des pertes en vies humaines s’élevant à plus du millier. Les « Kikuyus », traditionnel soutien du Président Kibaki, ont été pris à partie à travers tout le pays. Beaucoup ont été massacrés et des milliers d’autres ont trouvé refuge dans les pays frontaliers. Le gouvernement et l’opposition s’accusèrent mutuellement de génocide, l’opposition reprochant notamment à la police d’avoir ouvert le feu sur des manifestants non armés.

    Le dénouement de la crise intervient lorsqu’en Avril 2008, appliquant un accord sur le partage du pouvoir obtenu grâce à une forte pression de la communauté internationale, le Président Kibaki nomme premier ministre le chef de l’opposition Raïla Odinga dans un cabinet de coalition.

 

I.1.2. Le Zimbabwe

Les élections présidentielle, municipales et législatives de mars 2008 se sont déroulées dans un contexte économique, politique et social très tendu. L’ancien grenier à blé de l’Afrique australe est alors en ruine, avec une hyperinflation annuelle supérieure à 100 000%, quatre adultes sur cinq au chômage, des magasins vides, des pénuries alimentaires et énergétiques à répétition alors que l’espérance de vie a dégringolé à 36 ans. Le chef de l’Etat sortant, Robert Mugabe, au pouvoir depuis 1980, bénéficie du soutien sans failles de la police et de l’armée ainsi que d’un système élaboré de clientélisme assorti de campagnes de répression ou d’intimidation des partis rivaux.

    Pour l’élection présidentielle, le président Robert Mugabe (Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique – Zanu-Pf), candidat à un 6ème mandat, affronte Morgan Tsvangirai (Mouvement pour le changement démocratique – MDC) et Simba Makoni, un ancien ministre des finances, dissident du Zanu-PF. Pour les élections législatives, le MDC et la Zanu-PF sont les principaux rivaux. Ces derniers accusent Robert Mugabe d’avoir conduit à la ruine le pays qui était autrefois prospère.

    Les élections ont lieu le 29 mars 2008 en l’absence de la plupart des correspondants de la presse étrangère et des observateurs européens et américains, le régime n’ayant accepté que la présence d’observateurs de pays africains ou « amis » comme la Chine, l’Iran ou le Venezuela. Plus de 5,9 millions d’électeurs sont concernés.

Le 31 mars, le MDC accusait les autorités de retarder les résultats pour les manipuler en faveur de Robert Mugabe, dénonçant notamment la présence de plusieurs milliers d’électeurs fantômes sur les listes électorales. Il revendiqua la victoire, proclamant que Morgan Tsvangirai, avait remporté 60% des suffrages contre 30% au chef de l’État et 96 sièges de députés pour le MDC, dans 128 des 210 circonscriptions où le MDC avait pu procéder au comptage des bulletins de vote. Le Réseau de soutien aux élections zimbabwéennes (ZESN), une coalition regroupant une trentaine d’ONG, projetait une victoire par 49,4% à Morgan Tsvangirai, contre 41,8 % à Robert Mugabe et 8,2% à Simba Makoni. Selon les projections émises par la Zanu-PF, le MDC obtiendrait cependant une courte victoire à la Chambre des députés mais pas au Sénat alors que Morgan Tsvangirai obtiendrait 48,3% des voix contre 43% pour Mugabe et 8% à Simba Makoni, signifiant qu’un second tour serait organisé dans un délai de trois semaines pour départager les deux candidats principaux à l’élection présidentielle.

Par crainte de violences, les forces de sécurité étaient déployées dans la capitale du pays.

C’est dans ce contexte tendu que la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) décernait un blanc-seing au scrutin électoral avant même la publication des résultats, déclarant ces élections « pacifiques et crédibles » et qualifiait le scrutin d’« expression pacifique et crédible de la volonté du peuple du Zimbabwe ». Pour le Mouvement pour le changement démocratique, «la Commission électorale et le régime étaient de mèche avec les responsables de la mission de la SADC.» Une députée sud-africaine de l’Alliance démocratique, Dianne Kohler-Barnard, refusa néanmoins de signer le rapport préliminaire de la mission d’observation de la SADC alors que la secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, qualifiait le régime de Robert Mugabe de « honte pour le peuple du Zimbabwe, pour l’Afrique australe et le continent dans son ensemble » et mettait en cause la SADC pour son inertie.

    Alors que le décompte se poursuit, le prix Nobel de la paix, Desmond Tutu, envisage l’envoi d’une force internationale de maintien de la paix pour protéger les droits de l’homme au Zimbabwe alors que le président Thabo Mbeki est accusé d’observer un «silence assourdissant» sur la situation politique du pays. Le quotidien gouvernemental zimbabwéen, «The Herald», reconnait cependant qu’aucun candidat ne recueillait plus de 50% des voix, manifestant ainsi la première reconnaissance semi-officielle de la défaite du président Robert Mugabe.

    De leur côté, les Occidentaux évoquent la victoire de l’opposition alors que le premier ministre britannique Gordon Brown et le président américain George W. Bush s’entretiennent avec Thabo Mbeki afin qu’il intervienne. Un «départ en douceur» de Robert Mugabe est alors évoqué dans les médias afin de lui épargner l’embarras d’un second tour à quoi s’opposerait cependant le chef de l’armée, Constantine Chiwenga.

    Le 2 avril, au bout d’un long décompte, la commission électorale du Zimbabwe déclarait finalement que, sur 210 sièges, le MDC obtenait 105 sièges (dont 5 MDC dissidents) contre 93 au Zanu-PF, signifiant ainsi que ce dernier ne pourrait pas obtenir une majorité parlementaire même en obtenant les quelques sièges encore à pourvoir. La commission reconnaissait également la défaite du ministre de la justice, Patrick Chinamasa dans la circonscription rurale de Makoni Central, celle d’un autre ministre, Chen Chimutengwende, à Mazowe Central et la réélection de la vice-présidente Joyce Mujuru. Par contre, au Sénat, les deux partis se retrouvaient à égalité. De son côté, le MDC proclamait que Morgan Tsvangirai était élu président avec 50,3% des voix mais aucun résultat officiel n’était encore proclamé.

    Le 7 avril, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, demandait aux autorités de procéder à la publication officielle des résultats de l’élection présidentielle alors que le ZANU-PF demandait un nouveau décompte des suffrages. L’absence de publication officielle des résultats fait alors craindre au MDC que la Commission électorale, dont les membres ont été nommés par Robert Mugabe, ne manipule les résultats. Bien qu’ayant déposé un recours devant la Haute Cour, celle-ci reportait à trois reprises sa décision.

De son côté, Robert Mugabe en appelait les zimbabwéens à protéger leurs terres des Blancs et la Zanu-PF accusait le MDC de vouloir annuler la redistribution des terres aux Noirs alors que «d’anciens combattants» de la guerre d’indépendance défilent dans Harare et que d’autres envahissent les fermes encore détenues par les blancs.

    Les résultats furent finalement officiellement publiés le 2 mai, imputant 48% des suffrages à Morgan Tsvangirai contre 43% à Robert Mugabe. Un second tour est alors nécessaire pour les départager bien que le MDC persiste à déclarer que Morgan Tsvangirai avait obtenu 50,3% des voix et que les résultats ont été truqués.

    Alors que les partisans de Robert Mugabe continuent à commettre de nombreux actes de violences à travers tout le pays, notamment dans les communes rurales, afin d’intimider les électeurs du MDC, Morgan Tsvangirai se résoud à accepter de participer à un second tour.

Durant la campagne électorale du second tour, les partisans de Morgan Tsvangirai sont harcelés, pourchassés, voire torturés et tués par les partisans de la ZANU-PF avec la complicité de l’appareil d’état. Le MDC est dans l’impossibilité de mener normalement campagne. Le 21 juin, Morgan Tsvangirai annonce alors son retrait de l’élection programmée 5 jours plus tard.

    Le 23 juin 2008, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, apportait son soutien à la demande de Morgan Tsvangirai appelant au report du second tour de l’élection présidentielle, déclarant notamment qu’il y avait « trop de violences et d’intimidations » au Zimbabwe et qu’une élection ne pouvait être tenue dans ces conditions et serait dépourvue de toute légitimité. Pour Ban Ki-Moon, « la situation au Zimbabwe représente aujourd’hui le plus grave défi à la stabilité de l’Afrique australe » estimant même que le principe d’élections en Afrique était en jeu. Par une résolution non contraignante, le Conseil de Sécurité de l’ONU condamnait à son tour la crise politique au Zimbabwe, accusant spécifiquement le « comportement du gouvernement » pour avoir « dénié à ses opposants politiques le droit de faire librement campagne » et rendu impossible, par ses violences et restrictions, « la tenue d’une élection libre et équitable le 27 juin ». Alors que le Britannique Paddy Ashdown, ancien haut représentant de l’ONU et de l’UE en Bosnie-Herzégovine, exprimait ses craintes de voir la violence au Zimbabwe déboucher sur un « génocide », le sud-africain Jacob Zuma, chef de l’ANC, dénonçait à son tour le comportement de Robert Mugabe, demandant une intervention d’urgence aux Nations unies et à la Communauté pour le développement de l’Afrique australe.

    Suite à la pression de l’ONU quant aux fraudes concernant l’élection présidentielle et craignant les sanctions internationales qui s’annonçaient des plus sévères, Robert Mugabe décide en 2009, comme au Kenya, de partager le pouvoir avec son opposant Morgan Tsangiraï du MDC.

 

I.1.3. La Guinée Conakry

    Si la Guinée est arrivée à avoir des élections à l’issue d’une transition, quoique tumultueuse, mais qui a quand même abouti, la volonté, la détermination et l’honnêteté de Sékouba Konaté y sont pour beaucoup. En effet, après le décès le 22 décembre 2008 de Lansana Conté à l’âge de 74 ans, rongé par une longue maladie (leucémie et diabète aigu), le même jour, le capitaine Moussa Dadis Camara est porté à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) et devient le troisième président de la République de Guinée. Mais des événements malheureux se précipitent en Guinée. Moussa Dadis Camara sera victime de la tentative d’assassinat par son aide de camp Aboubacar Sidiki Diakité. Celui-ci, mis en cause explicitement par les diplomates étrangers pour son rôle dans le massacre du 28 septembre 2009, craignait d’être «lâché» par son président et livré à la justice. Dadis Camara est hospitalisé au Maroc le 4 décembre. Sékouba Konaté, qui était en voyage au Liban, rentre au pays pour assurer l’intérim.

    Le 7 mars 2010, Sékouba Konaté fixe par décret la date du premier tour de l’élection présidentielle au 27 juin 2010. Il tient parole et pour la première fois une élection présidentielle en Guinée se déroule sans qu’aucun militaire ne soit candidat.

    Les Guinéens ont  eu une seule chance : leurs candidats à la magistrature suprême n’étaient ni du pouvoir, ni de l’opposition. Donc, personne d’entre eux n’organisant ces élections puisque étant au pouvoir, personne, par conséquent, ne peut prétendre être floué par le pouvoir en place. En effet, dans la plupart des cas, les élections mettent en compétition les candidats de ceux qui sont au pouvoir et ceux des opposants.

    Au premier tour, deux candidats recueillent le plus grand nombre des voix Alpha Condé  et cellou Dalein Diallo. Il fallait procéder au second tour pour départager les deux candidats. Le second tour des élections présidentielles devait se tenir le 19 septembre 2010 mais a été reporté à une date ultérieure, avant d’être fixé au 7 novembre.

Mais le second tour du scrutin a été précédé de violences entre les militants et partisans d’Alpha Condé du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) et de Cellou Dalein Diallo de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Pour y parvenir, il a fallu beaucoup d’énergie, de discours, de conciliabules, de réunions pour baliser le chemin d’un scrutin qui s’annonçait explosif.

    Que d’appels au calme et à la sérénité, que de déclarations conjointes de bonnes intentions signées entre les deux candidats. Les candidats sont même si méfiants et pointilleux que leurs susceptibilités ont poussé le Président à prendre un autre président de la CENI. Pour mettre toutes les chances de leur côté, un Malien était préféré à un compatriote. La junte au pouvoir est allée plus loin jusqu’à accéder à la quasi-totalité des revendications des candidats, pour que les élections se tiennent sans aucun prétexte.

    Les guinéens se sont finalement  rendus aux urnes le 7 novembre en vue de départager Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo dans un contexte général tendu sur fond des suspicions.  Depuis le 15 Novembre 2010, après la première élection présidentielle libre depuis l’indépendance en 1958, Alpha Condé est élu à la tête du pays dans la contestation.

 

I.1.4. La Côte d’Ivoire

    La présidentielle, repoussée depuis cinq ans, visait à mettre fin à une décennie de violences ou de tensions dans l’ex-colonie française productrice de cacao, où une rébellion nordiste contre  Laurent Gbagbo a provoqué depuis 2002 une partition de fait.

    Ces élections devraient, en principe, sanctionner la fin d’une transition politique obtenue  grâce à l’accord de Linas-Marcoussis  qui est suivi par plusieurs autres, conclus en Afrique et mis en œuvre par les gouvernements successifs de Seydou Diarra, Charles Konan Banny et Guillaume Soro, nommé 1er ministre à l’issue de la signature de l’accord politique de Ouagadougou conclu entre celui-ci et Laurent Gbagbo, sous l’égide du président burkinabé Blaise Compaoré, facilitateur. Le Gouvernement de Guillaume Soro, un gouvernement d’union nationale, était composé de 33 membres issus de la formation militaro-politique auquel appartient le Premier Ministre (les Forces nouvelles de Côte d’Ivoire) et le Front populaire ivoirien (FPI), formation politique dont est issu le Président Laurent Gbagbo, disposent chacun de huit portefeuilles (le Premier ministre y compris). Les autres portefeuilles étaient répartis entre divers autres partis politiques. Ainsi, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) en détient 5, le Rassemblement des républicains de Côte d’Ivoire (RDR) 5, le Mouvement des forces d’Avenir (MFA) un, le Parti ivoirien des travailleurs (PIT) un, l’Union démocratique de Côte d’Ivoire (UDCI) un et l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) un ; deux autres ministres sont réputés proches du Président de la République et un ministre est issu de la société civile.

    Deux candidats vont recueillir le plus des voies au premier tour d’une élection politique qui s’est déroulée sur fond de violences, le 31 octobre. Le président sortant Laurent Gbagbo a recueilli 38% des suffrages et Ouattara, ex-directeur adjoint du FMI, 32%.

 

Quelque 5,7 millions d’Ivoiriens se sont rendus aux urnes le dimanche 28 novembre 2010  pour choisir celui qui dirigera le pays dans les cinq années à venir. A l’issue d’une élection présidentielle sous tension, les deux candidats arrivés au second tour, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, prêtent serment comme Président du pays. Alassane Ouattara a été déclaré vainqueur par la commission électorale, résultats certifiés quelques heures après par le Représentant du Secrétaire Général des Nations Unies en Côte d’Ivoire conformément à la loi électorale. Laurent Gbagbo de son côté a été déclaré vainqueur par le conseil constitutionnel, la plus haute instance judiciaire du pays censée publier les résultats définitifs des élections.

    Siégeant à l’hôtel du Golf sous haute surveillance des forces de l’ONUCI, Alassane Dramane Ouattara a reçu le soutien de quasiment toutes les forces politiques de l’opposition dont celui très remarqué de Guillaume Soro, ancien chef rebelle des Forces nouvelles et premier ministre pendant la transition issue des accords de Ouagadougou ; ainsi que le ralliement de la CEDEAO, de l’Union Africaine et d’une grande partie de la communauté internationale. Laurent Gbagbo qui investit le palais présidentiel a, par ailleurs, reçu le soutien substantiel du Général Philippe Mango commandant des Forces Armées Nationales Ivoiriennes (FANCI), de l’Angola et de son homme de main, l’intrépide Charles Blé Goudé, leader des Jeunes Patriotes.

    La situation sur terrain reste tendue. Tous les appels à la résignation lancés à l’endroit de Laurent Bagbo dans les premières heures de la crise ont échoué et ce malgré les sanctions financières et diplomatiques infligées à ce dernier et à son entourage. Toutes les médiations entreprises pour trouver un règlement pacifique ont, elles aussi, échoué ; et l’option d’un recours à la force pour déloger celui que la communauté africaine et internationale considère comme le grand perdant de l’élection semble pour le moment peu évident.

    Que retenir alors de tous ces processus électoraux en Afrique subsaharienne ?

 

I.2. Des leçons à tirer

 

    Au regard des processus électoraux pris en référence, nous pouvons arguer que les crises post électorales en répétition dans les Etats d’Afrique subsaharienne ne sont pas le fait d’un quelconque sortilège, moins encore la preuve d’une prétendue incompatibilité de nos sociétés aux valeurs démocratiques, mais plutôt la conséquence des maladresses et carences constatées dans le chef aussi bien des hommes politiques que des populations des Etats concernés.

    Globalement, ces facteurs déclencheurs s’expriment entre autre en termes de conception érodée de la fonction présidentielle ; d’absence de consensus politique sur des questions essentielles ; d’irresponsabilité des acteurs engagés ; d’une constante militarisation du processus électoral ; d’inculture démocratique du souverain primaire et d’une malveillante perspective de dénaturer la démocratie en Afrique.

 

I.2.1. La conception érodée de la fonction présidentielle

    Il apparaît clairement dans les différents cas présentés supra que la présidentielle est le seul et véritable scrutin à problème en Afrique. L’élection du Président est la dernière grande bataille que personne ne souhaite réellement perdre car, le président en Afrique est le cœur du système politique. Il contrôle voire subordonne à son autorité tous les organes attributaires des fonctions politiques essentielles pour assurer son hégémonie. Le pouvoir c’est la présidence.

    Au delà de  ce débat d’ordre structurel se pose un problème de conception de la fonction présidentielle, c’est-à-dire son objet et sa finalité. C’est cette conception qui postule l’importance que les politiques attachent à l’élection présidentielle et l’intolérance qui en découle en cas d’échec probable ou évident occasionnant par là même les différentes crises que nous avons relevées.

    La fonction présidentielle est convoitée en Afrique non pas tant du fait d’un réel souci de réaliser le bien être collectif mais plutôt pour défendre, préserver ses intérêts personnels et ceux de son entourage. Robert MC Namara faisait constater que, «  le problème du sous développement en Afrique vient en grande partie des politiciens africains qui se servent de leur position pour se procurer, à eux seuls, ainsi qu’à leurs amis, des emplois, des marchés, des monopoles publics et des gains illicites ».

    Dans ces conditions, l’élection présidentielle n’est plus considérée comme un jeu démocratique normal mais plutôt comme une menace, un facteur de déclin des affaires de ceux qui sont au pouvoir et un début de tout pour le successeur éventuel. C’est la peur de l’inconnu qui impose, surtout à ceux qui sont au pouvoir, ces attitudes d’intolérance et d’agressivité. L’on jette tout son dévolu sur l’élection du président sortant généralement favori et assuré de briguer un autre mandat en recourant à toute forme de machination politicienne même les plus cyniques, simplement pour assurer la survie de l’empire clandestin.

    Les crises post électorales en Afrique résulterait, de ce point de vue, d’un calcul stratégique pour la préservation des intérêts perfides des hommes politiques. En changeant de conception par rapport à la fonction présidentielle on réduirait sensiblement les risques d’embrasement post électoral.

 

I.2.2. l’absence de consensus politique sur des questions essentielles

    Les élections en Afrique s’obtiennent très souvent par un forcing plutôt que par un consensus autour de certaines questions capitales. Les choses se brusquent étonnamment  à l’approche du scrutin occasionnant ainsi des frustrations inutiles au sein de la classe politique et même de la société civile. Ces dissensions portent généralement sur la mise en place de la commission électorale et principalement dans la nomination des membres directeurs, le découpage électoral, l’accès aux médias publics et le temps d’antenne, le report des scrutins, le rôle de la police et de l’armée, l’accréditation des témoins, observateurs et journalistes…

    Cette absence de consensus est un présage à l’implosion qui survient à l’annonce des résultats définitifs.

 

I.2.3. L’irresponsabilité des acteurs engagés.

    Les hommes et femmes politiques engagés dans la course au pouvoir sont eux-mêmes aussi à l’origine des troubles liés au processus électoral. Leur malveillance se traduit par la surenchère politique qu’ils entretiennent dans leurs discours pour s’attirer la sympathie des électeurs , par des appels à la solidarité ethnique qui prennent très vite des allures de haine tribale , par des annonces anticipées des résultats des élections et des dénonciations sans preuves des irrégularités dans certains centres ou bureaux de vote, voire dans une ou plusieurs circonscriptions,  par la négation de la nationalité des candidats les plus gênants, etc.

    Toutes ces attitudes irresponsables, incongrues n’ont pour principale finalité que d’entretenir la confusion et l’exaspération qui dégénèrent en crise par la suite.

 

I.2.4. la militarisation constante du processus électoral

    L’armée est encore aujourd’hui le cœur du système politique en Afrique noire. C’est celui qui tient la grande muette qui conserve le pouvoir peu importe l’avis du peuple. Or l’un des bénéfices attendus des processus de démocratisation en Afrique était sans conteste la démilitarisation du jeu politique.

    Dans tous les cas sus évoqués, l’armée a joué un rôle de premier plan dans l’assouvissement des ambitions  politiques de certains candidats qui l’ont utilisée à dessein pour terroriser leurs adversaires et conserver le pouvoir. Au Kenya et au Zimbabwe, la police a réprimé aussi bien les partisans que les leaders politiques de l’opposition ; Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire doit son entêtement actuel au seul ralliement de l’armée, et Ouattara résiste un peu plus grâce au spectre des Forces nouvelles non entièrement démobilisées. Et en Guinée, la menace militaire qui a pesé sur la classe politique a permis au processus d’aboutir malgré les contestations. Ces différentes ingérences de l’armée violent le principe de l’égalité des chances des candidats faussant ainsi le jeu démocratique.

    L’on est donc en face d’une alternative qui consisterait soit à croire en une prise en otage de la démocratie par les hommes en armes soit en une certaine ignorance par l’armée de son rôle véritable dans ce système qui se met en place. 

    Toute proportion gardée, nous estimons qu’au regard de ce qui se passe dans les vieilles démocraties occidentales,  la neutralité des armées africaines serait un atout majeur pour l’éclosion de la démocratie sur l’ensemble du continent. L’armée doit rester à l’écart du jeu politique et se contenter de  sa mission traditionnelle de défendre  la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays. L’histoire nous renseigne d’ailleurs que partout où l’armée a pris conscience de son rôle, les choses ont évolué favorablement.

 

I.2.5. L’inculture démocratique du souverain primaire

    Platon disait déjà en son temps que la démocratie est pernicieuse lorsque la population est inculte. Cette thèse se vérifie-t-elle évidemment encore aujourd’hui en Afrique où les populations semblent s’enthousiasmer d’une démocratie dont elles ne disposent même pas un minimum de connaissance de ses valeurs fondatrices ainsi que de son mode de fonctionnement.

    Le peuple s’entredéchire, s’entretue parce qu’il n’a pas conscience du caractère indivisible et inaltérable de sa souveraineté surtout en matière électorale. Il demeure l’objet et la finalité de toute action politique en dépit du jeu démocratique qui porte chaque citoyen à manifester sa préférence pour l’une ou l’autre des parties engagées dans la course au pouvoir. Quand bien même le candidat perdait l’élection, le citoyen est en droit d’exiger de celui qui la remporte des résultats dans l’exercice de son mandat. C’est pour ainsi dire que la défaite d’un candidat n’est pas synonyme de dénégation de la souveraineté de ceux qui l’on soutenu moins encore celle du candidat lui-même.

    Dans cet entendement, l’emportement et l’agressivité de la population par rapport aux résultats des élections ne se justifieraient pas si non par sa propre ignorance. Elle peut à la limite exiger la vérité des urnes et non céder aux manipulations politiciennes au point de remettre en question les fondements de la république. L’ignorance de sa vraie valeur dans le système démocratique rend le peuple vulnérable et manipulable par des politiques sans âmes et qui n’ont jamais crus aux vertus de la démocratie.

 

I.2.6. La dénaturation programmée des démocraties africaines

    Les solutions inventées pour résoudre les crises post électorales au Kenya et au Zimbabwe constituent des fâcheux précédents pour les démocraties africaines. Cette nouvelle formule  d’accord sur le partage des pouvoirs mise en œuvre pour contenter les protagonistes a déprécié complètement la portée du suffrage dans ces Etats. L’Afrique est en passe d’accéder à une ère politique où il n’y aura ni gagnant ni perdant des élections. Or dans un système démocratique, c’est celui qui gagne les élections qui gouverne tout en reconnaissant et garantissant les droits et libertés des opposants.

    Ce recours au mode villageois de gestion consensuelle de la cité pour préserver la paix parait rationnelle en surface mais au fond, c’est la démocratie elle-même qui s’effondre. L’Afrique n’invente pas sa démocratie, elle adhère à un système universel qui existe déjà et dont les principes sont connus. Lorsqu’on imagine, comme dans ces deux cas précis, des procédés qui contrastent avec ces principes que l’on considère comme étant l’âme de la démocratie, on dévie de sa trajectoire, on s’éloigne carrément de l’idéal en créant ainsi des démocraties dévoyées, des pseudo démocraties.

    L’événement disant l’intention des acteurs, nous pouvons penser que la médiation menée par Raïla Odinga en Côte d’Ivoire sous le couvert de l’Union Africaine avait pour objet de convaincre les deux parties à se partager le pouvoir au nom de la paix. L’échec serait du au fait que les deux parties ne se sont pas mises d’accord sur l’ordre d’arrivée ou la prééminence, c’est-à-dire qui serait président.

    Si cette pratique se cristallise en Afrique, les élections prendront désormais des allures d’un marché des dupes entre un peuple présumé souverain qui s’époumone pour voter et des politiques qui s’arrangent pour passer outre la volonté de ce même peuple en se partageant le pouvoir sur les tombes des partisans qu’ils ont manipulé et envoyé à la mort.

    En effet, qu’il s’agisse d’un scrutin présidentiel à un tour ou à deux tours, les risques d’implosion demeurent les mêmes aussi longtemps que certaines préalables ne sont pas pris en compte.

    Comment assurer alors le processus électoral futur RD Congo à la lumière de ces différentes expériences  africaines ?

II. NOUVEAU CONTEXTE POLITIQUE AU CONGO-KINSHASA ET       PERSPECTIVES PAR RAPPORT AUX EXPERIENCES DES ETATS PRECITES.

Nos analyses à ce stade reposent sur une démarche à deux temps. Il s’agit d’abord de procéder à une configuration de la scène politique congolaise, c’est-à-dire son état des lieux, son évolution ainsi que les mutations qui s’y opèrent à quelques mois des élections générales. En suite, nous tenterons d’imaginer des scénarios possibles pour un atterrissage en douceur de ce processus électoral en nous  inspirant bien entendu des expériences recueillies sur le plan continental.

 

II.1. Le contexte politique congolais

 

    II.1.1. Etat des lieux

La scène politique congolaise est la conséquence directe du régime semi-présidentiel consacré dans la constitution de la république du 18 février 2006. On peut nettement distinguer d’une part une majorité présidentielle au pouvoir (AMP), d’autre part une opposition qui joue le contre poids du pouvoir établi et une société civile censée s’interposer entre les deux camps en demandant aux uns et aux autres de privilégier avant tout les intérêts de la population en dépit des querelles politiciennes.

    La concordance des majorités, c’est-à-dire un Président de la république élu au suffrage universel par la population congolaise et un gouvernement issu d’une majorité parlementaire de l’obédience du chef de l’Etat, permet à la classe au pouvoir non seulement de disposer d’une marge de manœuvre considérable pour réaliser son programme politique en faisant passer certaines reformes, en se dotant des lois nécessaires pour appuyer ces réformes et légaliser ses actions mais aussi de modifier certaines lois, la constitution y comprise, lorsque c’est nécessaire. Cette majorité au pouvoir,  plurielle dans sa composition, est soumise à l’autorité du chef de l’Etat qui la concerte lorsqu’il le juge opportun. 

    L’opposition politique, de son côté, est divisée en deux branches notamment opposition institutionnelle et celle dite non institutionnelle. Tout comme leurs adversaires de la majorité, les opposants siégeant dans l’hémicycle sont organisés en groupes parlementaires comprenant un nombre donné des partis politiques. Bien qu’étant de la même composante, ces formations politiques évoluent en ordre dispersé et n’ont pas pu accorder leurs violons autour d’un porte-parole unique tel que prévu dans la loi portant fonctionnement de l’opposition politique en RDC. C’est ce qui les fragilise un peu plus davantage face à une majorité au pouvoir apparemment disciplinée. L’autre moitié de cette opposition dite extra parlementaire est constituée d’une confondante mosaïque des partis politiques hostiles au pouvoir en place, mais à l’exemple de la première, celle-ci n’est pas également fédérée autour d’un seul leader. Si au départ un accord entre ces deux blocs de l’opposition en vue de mener des actions concertées contre le pouvoir en place semblait incertain, les événements des dernières heures ont permis cependant des tractations dans ce sens et certaines alliances semblent d’ailleurs être en gestation.

    La société civile en perte de vitesse offre-t-elle une image encore plus complexe. Au delà du fait qu’elle affiche de son côté aussi un déficit de leadership, celle-ci est pénétrée de toute part par des influences politiques soit de l’opposition, soit du pouvoir qui ruinent son image et la décrédibilise continuellement. Ces leaders d’hier ont franchi le Rubicon et les initiatives relatives à la formation d’une autre génération des leaders semblent moins envisageables. Cette désorganisation ne lui permet plus de jouer convenablement son rôle et laisse la population sans défenseur. Malgré ce recul,  il y a cependant encore dans cette société civile des organisations citoyennes crédibles et capables de piloter un processus de sa redynamisation afin de jouer son rôle décisif  pour le bonheur du peuple congolais.

 

II.1.2. Evolutions

La scène politique congolaise, du moins au niveau de ses acteurs, ne s’est pas départie de ses caractéristiques d’antan. Elle connaît une prolifération des partis politiques, tendance qui s’accélère un peu plus à l’approche des élections ; nous assistons encore à des migrations aussi bien des cadres que des partisans des partis politiques de l’opposition vers la majorité et vice- versa, à des invectives entre camps politiques et même entre les personnes, à l’achat des consciences et des contrevérités,… Bref, le mal congolais persiste encore malgré les avancées significatives réalisées dans le processus de démocratisation enclenché depuis environ deux décennies.

    L’on note une grande évolution que ce soit du côté de la majorité comme celui de l’opposition. La majorité n’a cessé d’élargir ses rangs, beaucoup d’autres formations politiques  ont adhéré cette plate forme, augmentant la force et la représentativité  de celle-ci à l’échelle nationale. Il est cependant évident que plus il y aura des alliés les dissensions internes se feront des plus belles.

    C’est dans l’hémicycle du palais du peuple que l’évolution s’est faite sentir de manière prononcée. Si au début, la majorité a été quelque peu tolérante et transigeante, en cette fin de législature, les choses semblent se durcir davantage. Ce changement stratégique de taille s’est traduit notamment par le remplacement du speaker originel de la chambre basse du parlement jugé laxiste par un autre plus coriace et cela après une consultation directe du chef de l’Etat suivant les enjeux qui pointaient à l’horizon.

    Il faut par ailleurs admettre l’évidence d’une refonte lente mais certaine de cette majorité au pouvoir. Les déclarations des alliés et leurs entre déchirements sur la place publique, autour de certaines questions sensibles nous en donnent la preuve : Le PPRD annonce ouvertement ses intentions de cavalier seul lors de l’élection présidentielle à venir ; l’ARC et le RCD-KML ont pris l’habitude de fustiger l’attentisme et l’immobilisme du gouvernement et dont le courant rénovateur à été étouffé dans l’œuf, l’UDEMO et le PALU sont constamment en désaccord ; au sein des entreprises du porte feuille les bras de fer entre mandataires et ministres de tutelles qui n’en finissent pas ;  la récente démission du PPRD d’une figure de prou du camp présidentiel Vital Kamerhe créant son propre parti politique, l’UNC, qu’il affilié à l’opposition ; etc.

    Du côté de l’opposition, l’évolution est-elle aussi perceptible. Cette composante quitte de plus en plus la léthargie qu’a occasionnée l’absence prolongée du leader du MLC Jean Pierre Bemba en procès à la Hayes. Le retour du traditionnel opposant et leader de l’UDPS, Etienne Tshisekedi, et la traversée de l’ancien speaker de la chambre basse du parlement ont booster cette opposition qui semble plus solidaire et ambitieuse qu’au début de la magistrature. On évoque même la possibilité de la création d’une union sacrée de l’opposition acquise à l’alternance qui déciderait de l’éventualité d’une candidature unique de l’opposition aux prochaines élections au regard des changements notables qui se sont opérés à la suite de la révision constitutionnelle.

    La marginalisation de la société civile éveille le sursaut d’orgueil de certains de ses membres. La position de l’Eglise catholique, à travers son Cardinal, sur la révision constitutionnelle a fortement secoué la classe politique et  démontré que, malgré son déclin, la société civile conserve sa capacité d’influencer la population dans un sens comme dans un autre sans pour autant désirer le pouvoir.

 

II.1.3. Nouvelles donnes

 

    Les changements sur la scène politique congolaise sont, en grande partie, liés à la récente révision constitutionnelle qui a même donné lieu à une rixe entre députés de l’opposition et de la majorité au sein de la chambre haute du parlement. A l’exemple des députés, les sénateurs de l’opposition qui ont, par contre, participé aux débats ont boycotté le vote de cette loi de révision constitutionnelle. Cette loi qui ramène à un seul tour le scrutin présidentiel accorde aux députés la possibilité de retourner à l’hémicycle après l’exercice d’un mandat non électif au détriment de son suppléant ; reconnaît au Président de la république le pouvoir de dissoudre les assemblées provinciales en cas de crise persistante et de déposer les gouverneurs élus par ces assemblées ; donne au Ministre la compétence d’intervenir dans les affaires des parquets ; vient corser les discordances déjà fortes entre les deux camps.

    Le changement concerne aussi l’investiture des membres du bureau de la nouvelle Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), institution qui va organiser les prochaines élections à la place de la défunte CEI. Cette investiture, devons-nous rappeler, a fait l’objet des fortes dissensions  entre la majorité et l’opposition en ce qui concerne les critères de désignation de ces différentes personnalités. Cette avancée est un signe avant coureur mais pas déterminant pour la tenue des élections futures.

    Nous pouvons sans doute nous rendre compte de la méfiance grandissante entre les deux camps. Connaissant la nature de nos hommes et femmes politiques, il y a lieu de craindre que ces suspicions aient des conséquences néfastes dans une phase ultérieure du processus politique.

 

II.2. Perspectives électorales de 2011 à la lumière des récentes  expériences africaines

Au regard du contexte politique actuel au Congo-Kinshasa et des fâcheux antécédents existant sur le plan continental que nous avons d’ailleurs sus évoqué, il nous semble impérieux de proposer des mesures préventives pour des élections apaisées dans notre pays. Ces préventions requièrent deux niveaux de profondeurs, l’un interne et l’autre international.

 

II.2.1. Sur le plan national

 

Les efforts   sur le plan local devront consister à :

 

– Rechercher le minimum de consensus

 

    A défaut du consensus absolu, ce qui n’est d’ailleurs pas le cas dans les vieilles démocraties, le politique congolais devra constamment rechercher un minimum de consensus surtout en ce qui concerne les questions substantielles, sensibles. Ce qui nécessite un renoncement au forcing ; des moments de concertation entre les deux camps, n’en déplaise aux spéculateurs; et une flexibilité de part et d’autre pour des compromis qui devront éviter à ce pays les effervescences qui caractérisent les suffrages en Afrique. La transparence et la fluidité des informations sur les différentes opérations avant, pendant et après le vote seraient des atouts majeurs pour lutter contre des supputations à la base des crises.

 

– Eviter des  mesures discriminatoires

 

    Il est tout autant vrai que le gouvernement en place est en campagne permanente, mais ce fait ne le soustrait pas de l’obligation de protéger les droits et libertés de ses adversaires politiques. Il faudra que le pouvoir puisse, dans la mesure du possible, prendre des mesures qui garantissent l’égalité des chances entre les candidats, notamment en ce qui concerne l’accès aux médias publics et l’égalité des temps d’antennes. Cela parait paradoxal lorsque les hommes au pouvoir sont eux-mêmes aussi candidats à l’élection et surtout lorsqu’on sait qu’en Afrique, les dirigeants ne placent aucune césure entre leurs moyens et ceux de la république. C’est cependant le prix à payer pour la construction d’une démocratie  inclusive et durable.

    Le pouvoir évitera donc de faire de l’âge un facteur censure dans le perspective de mettre hors course des candidats gênants, recourir à travers le Ministère de l’intérieur notamment à la technique de Gerry Marding pour créer des circonscriptions électorales qui le favorise outrageusement ; interdire à l’opposition de se rassembler quand bien même elle serait en ordre au regard des préalables requis dans la constitution ; utiliser la police et l’armée pour terroriser les partisans adverses  et en même temps immuniser ses partisans, etc.

 

– Responsabiliser la société civile

    Même si le pouvoir et l’opposition ne semblent pas lui accorder beaucoup de crédit et l’ont d’ailleurs marginalisé lors de la constitution du bureau de la CENI, la société civile doit trouver dans ce processus le moment de réaffirmer son caractère implacable, indispensable dans la gestion de la cité. Elle doit dans cet environnement contraignant revendiquer sa place au centre et non à la périphérie comme le voudraient les politiciens. Elle doit jouer pleinement et avec ardeur son rôle d’éducatrice et d’éveilleuse de la société par des techniques que les organisations qui en font partie maîtrisent suffisamment bien.

    La société civile devra avant, pendant et après les élections agir efficacement en faveur de la paix, la tolérance, la non violence, la solidarité et l’amour mutuel ; car elle sera en face des populations qu’elle a toujours soutenues, appuyées et aidées lorsque le pouvoir n’a pas été capable, en partie ou dans l’ensemble, de remplir ses missions. Il faudrait pour plus d’efficience dans les actions à mener que tous ces ensembles qui composent la société civile puissent fédérer et se reconnaître, même pour des raisons protocolaires, en une seule autorité malgré leur pluralité.

 

– Obtenir la neutralité de la police et de l’armée

 

L’armée et la police devront être neutres durant tout le processus parce que déjà la constitution a consacré leur caractère apolitique et établi la responsabilité individuelle des hommes en uniforme en leur reconnaissant la latitude de ne pas exécuter un ordre formellement mal donné. Cette neutralité sous-entend un refus des militaires et des policiers de servir d’outils à la dévotion des politiques pour satisfaire leur boulimie du pouvoir. Même la loi électorale de la CEI les a exclu du processus en interdisant leurs votes et leurs candidatures.

    Ces forces militaires et policières doivent circonscrire leurs missions, chacune en ce qui le concerne, à la défense de l’intégrité territoriale et de la souveraineté du pays ainsi qu’à la sécurisation des personnes et de leurs biens. Elles ne doivent en aucun cas se ranger du côté d’un candidat avant la fin définitive du processus électoral pour ne pas bloquer la machine.

    A ce niveau aussi, l’apport de la société civile est fortement attendu. Celle-ci devra mobiliser et sensibiliser conséquemment l’armée sur son rôle dans le processus ; rappeler aux militaires qu’ils sont des patriotes originels et  qu’à défaut d’être des acteurs actifs de la démocratie, ils en sont des remparts, et pour cela ils méritent le respect de toute la république, qu’ils ne peuvent pas se compromettre par de vilaines techniques de prises de partie.

 

– Appeler le peuple à l’engagement et à la vigilance

 

    Le peuple devra à la fois participer et défendre les élections parce qu’il en est le propriétaire et le destinataire. Propriétaire dans la mesure où c’est lui le souverain primaire, c’est avec l’argent de l’impôt et autres richesses nationales que ces élections seront organisées et les résultats seront fonction des calculs mathématiques du vote de chaque citoyen. Destinataire parce que le pouvoir qui sortira des urnes devra le gérer, c’est-à-dire prendre sur lui certaines mesures contraignantes pour réaliser le bien être général.

    Les élections sont en effet le moment d’accomplissement et de fierté de tout  un peuple ; elles ne sont pas, contrairement à ce que pense une grande partie de la population congolaise, l’affaire des politiciens. C’est l’instant ultime pour lui de décider de son avenir et qui ne doit pas, en tout cas, aucunement être négligé.

    Puisque tout peuple doit mériter ses dirigeants, le peuple congolais doit prendre part massivement à toutes les phases du processus électoral, s’enrôler en grand nombre, voter rationnellement et massivement, s’engager pour être soit témoins indépendants ou d’un candidat dans un bureau ou centre de vote, être observateur pour le compte d’un organisme quelconque, et par-dessus tout, rester vigilant. Il doit travailler consciencieusement, où qu’il soit et quelle que puisse être sa position, pour que triomphe la vérité des urnes. Cela d’autant plus que l’expérience de 2006 nous a suffisamment démontré que c’est la façon dont les hommes accèdent au pouvoir qui détermine ce que seront les rapports dans la société. Celui qui s’y faufile a toujours tendance à niveler les choses vers le bas. Un corrupteur ne peut pas croire aux valeurs de la bonne gouvernance, mais fera de la corruption un mode de gestion. Voter pour le rond perçu d’un politique cynique est un crime social.

 

II.2.2. Sur le plan international

La communauté internationale doit aider la RD Congo  à réussir son processus électoral. Son accompagnement pourrait aider notre pays à faire face à certaines difficultés évidentes. Elle peut l’aider à couvrir les charges financières liées à l’organisation du processus, demander à la MONUSCO, comme ce fut le cas avec la MONUC, d’apporter l’appui logistique nécessaire à la CENI et d’accréditer des observateurs et des journalistes crédibles qui veillent avec les nationaux au bon déroulement des élections.

 

CONCLUSION

Le Congo-Kinshasa peut faire des élections qu’il compte organiser à la fin de l’an 2011 un cas d’école, un vrai modèle pour plusieurs nations africaines. Il a l’avantage de les organiser après plusieurs suffrages africains qui ont dégénéré et qui, certainement, pourraient lui servir de marqueur pour essarter certains facteurs déclencheurs qui malheureusement minent déjà son espace.

    Mieux vaut prévenir que guérir, dit-on. La RD Congo a encore le temps de rectifier les tirs et de ne pas céder à la facilité ni à l’orgueil moins encore au fantasme car, les élections ne sont pas une finalité en soi, la seule finalité possible,  c’est le fait qu’elle permet à un peuple de légitimer des dirigeants qui devront l’aider à atteindre son bonheur.

    Loin de nous la prétention d’avoir épuisé tous les contours de cette question relative aux élections de 2011 en RD Congo. Toute fois, notre réflexion constitue une vision objective des analystes géopolitologues apportée dans ce corpus de stratégies politiques et politiciennes variées à expérimenter dans un cadre ou un moment voulu si l’on veut anticiper les événements.

 

 

 

 

   

 

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