Les Enyele : Complexité socio-historique, politique et socio-économique des peuples riverains de l’entre Ngiri et Ubangi

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La meilleure façon de lire et comprendre l’histoire événementielle, disait le Professeur Benoît   Verhaegen dans sa méthodologie de l’histoire immédiate, est celle qui consiste à interroger les sources sur la véracité des faits et le vrai entendement que leur donne les acteurs visibles et invisibles, ainsi que la déclinaison du champ dans lequel se déroulent les faits.

I .LA COMPLEXITE SOCIO-HISTORIQUE ET POLITIQUE DES PEUPLES RIVERAINS DE L’ENTRE NGIRI-UBANGI

 La première vérité tirée de sources historiques est qu’il n’existe pas un groupe ethnique Enyele, mais un village Enyele, de la tribu Lobala dans le secteur Dongo, Groupement de Lobala, Territoire de Kungu majoritairement peuplé de Ngbaka et Mbanza, District de Sud Ubangi, dans la Province de l’Equateur en République Démocratique du Congo. Ainsi donc, l’appellation « les Enyele » est une fausseté historique si elle veut désigner la tribu des Enyele et réduire toute la tribu Lobala , Makutu et Libinza de Kungu dans la singularité ou la particularité du village Enyele et de traîner ainsi des communautés entières à des moqueries, du genre : « celui qui n’est pas d’accord avec ceci ou cela est Enyele.
 Oui !  Moi j’ai ouï dire cela à l’Université de Kinshasa lors d’une réunion de l’APUKIN et les distingués et respectés collègues Professeurs originaires du coin s’en sont sentis très offusqués. Et un brillant Professeur d’ histoire me fit remarquer que même les FDLR ou les Interhamwe ne sont jamais confondus avec les populations Hutu du Congo, le CNDP avec les populations Tutsi du Congo, le Parti de Lubanga avec les populations Hema ou encore plus loin le Mouvement muleliste avec les populations Mbunda ou Pende.
 Eh bien si on n’est pas capable de comprendre et de rendre les choses politiques dans leurs termes réels, de préférence, il faut se priver d’en étaler  publiquement ses limites.

 La deuxième vérité relative à l’identification d’ordre racial est celle qui dénie les affinités identitaires entre les Lobala ou les Bamboma, les Makutu ainsi que les Libinza de souche bantu et les Ngbaka ou les Mbanza du Sud Ubangi de souche soudanaise. En conséquence, les fiefs socio-politiques et les pratiques coutumières des uns et des autres sont distincts et parfois même en opposition surtout à la deuxième République et même pendant la dernière rébellion du Mouvement de libération du Congo. Il est aussi un fait indéniable que dès la première République, cet espace de l’entre Ngiri-Ubangi n’a connu que peu de personnalités politiques au niveau national, dont on peut citer Louis Ekoko , Daniel Mbonzi, Ambroise Bongonga jusqu’à l’arrivée en politique de Mata Nkumu plus tard Edouard Mokolo (originaire du Secteur Makanza de l’ancien Territoire de Bomongo devenu Territoire de Makanza) et Mayombe, sans oublier certaines notabilités Libinza de Bomongo et de Kungu qui se sont distinguées dans l’Armée comme Molongya de Bomongo et Liwanga de Kungu.
La troisième vérité de localisation du village Enyele est que celui-ci n’est pas sur la rivière Ngiri ni sur la rivière Ubangi, mais dans l’entre Ngiri et Ubangi, donc à l’intérieur de la forêt marécageuse et voisin du village Munzaya du groupe ethnique des Bomboma et Makutu, jadis repoussés du Nord par les Ngbaka et Mbanza de race soudanaise entre les 18ième et  19ième siècle. Nombreux de ces Bamboma se sont installés dans le village Enyele et ses environs aménagés principalement par les nouveaux venus en étangs piscicoles (Bitima) et contrôler les traverses de petites rivières (Miluka) . Mais l’envahissement débordant des Bomboma dans ces espaces vitaux des Lobala a créé de nombreux affrontements dans le village Enyele et ailleurs depuis l’époque coloniale, dont le plus meurtrier est celui de 1946 qui obligea la force publique à intervenir énergiquement.  Et c’est pendant cette période que d’autres villages Lobala se sont déplacés vers le Sud-Est dans le Territoire de Bomongo avec les Libinza et le Loi au long de la rivière jusqu’à l’embouchure de Ngiri et certains autres ont  prolongé chez les Balobo dans l’entre Ngiri et Fleuve Congo. Notons également qu’en dehors de ces peuples Lobala, Bamboma et  Libinza d’autres communautés vivant de la culture de pêche comme les Lokele, les Topoke venus du haut Fleuve Congo et les Mpama, les Losakania, les Banunu et les Batende venus du Moyen Fleuve Congo cohabitent en toute intelligence dans ce grand espace riverain.
 Et donc ce foisonnement des communautés de souches traditionnellement différentes a créé de fortes mutations socioculturelles avec de nouvelles constructions et déconstructions de solidarité sur de nouveaux schèmes de valeurs et donné naissance à tout un autre esprit de compétitivité presqu’agressive entre les communautés respectives nourries par rites traditionnels empreints de sacralité ou mysticité  et par les croyances magico-religieuses qui s’affrontent sournoisement pour garder le contrôle des eaux les plus poissonneuses.
 Entendu ainsi, il est difficile de définir ces « Hommes d’eau » comme un groupe communautaire fort homogène et solidaire dans la poursuite de leurs objectifs communs, même s’ils arrivent à improviser des ententes circonstanciées et parfois contre nature comme il en fut le cas dans leur revendication portant sur la création d’une province proprement ngala au Moyen Congo entre 1960 et 1964. Les compétitions de leadership entre communautés, les vifs tempéraments, ainsi que le profond encrage au mysticisme et à la foi en la capacité magique d’anéantissement de l’ennemi ou de l’autre personne tout court,  vrai ou fictif finissent toujours par l’emporter sur la cohésion.
 Et c’est par ces mêmes croyances et pratiques que les Lobala de Kungu menacés par l’envahissement des Bamboma soupçonnés de bénéficier de l’appui de Ngbaka et Mbanza connus par les fétiches de guerre, se sont empressés à faire recours au Descendant d’un vieux Chef coutumier Lobala du village Enyele, jadis célèbre pour les invocations guerrières et  qui vit au Congo-Brazzaville depuis les années 30 au nom d’Ibrahim Mbangana. Celui-ci délégua à son tour son fils Udjani, surnommé « nganga ya etoko na mai », mais qui doit être fiché dans le passé par les services spécialisés bien sûrement pas comme un mystérieux personnage !
Ainsi, le choix pour l’attaque insurrectionnelle à Dongo s’explique par sa position géographique à l’extrême Nord-Ouest et au bord de la rivière Ubangui en face de Congo Brazzaville. Mais fort heureusement, le Congo-Brazza en pleine expansion économique dans cette zone d’Ifondo s’inquiète plus de la charge que présente des déplacés de ce conflit sur son territoire que d’apprêter attention à l’insurrection. Car il en connaît le prix.
 La quatrième vérité de peuplement est que l’espace de l’entre Ngiri-Ubangi jusqu’au Fleuve Congo est habité en grande partie par de populations venues du Congo-Brazza, d’origine Mboshi et qui se sont installées dans cet espace riverain et marécageux  jusque là inhabité à cause de l’inhospitalité due aux abords marécageux et rareté des terres arables.
 Ces populations nouvellement immigrés appelées généralement «  les Hommes d’eau » se sont donc essentiellement fixées dans les plaines herbeuses de 15 à 20 km aux abords de rives et tout au long de rivières. D’où la faible occupation de l’espace, une grande mobilité sur les eaux du type semi-nomade et surtout la faible densité démographique que les dernières estimations du février 2010 de la Commission Electorale Indépendante évalue entre 130000 et 170000 habitants à l’âge adulte (électeurs) pour les secteurs de Bomboma et de Dongo dans le territoire de Kungu  et pour les deux territoires de Bomongo et de Makanza.
 Cela se présente de la manière suivante : Territoire Mankanza avec 38375 électeurs potentiels dont Secteur de Bangala 5 986 : 1. BONDOKO 496 ; 2. BONKULA 426 ; 3. MABEMBE 489 ;4. MANKANZA 4 569 ; Cité de Mankanza 17 040 ; Secteur de Moeko 9 824  1. LUSENGO 2 792 ;.2. MALUNZA 3 322 ;.3. MOBEKA 3 707 ; Secteur de Ndobo 5 525 :1. BOBOKA 1 308 ; 2. BOLOMBO 1 551 ; 3. EMATELOA 1 338 ; 4. NDOBO 1 323
 Territoire Bomongo avec 48583 électeurs potentiels dont Cité de Bomongo 3 789 ; Secteur de Djamba 25 360  avec ses neufs groupements :1. BONSAMBI 2 804 ;.2. BOSIRA 2 646 ; 3. LIKOKA (LOBALA LIKOKA) 3 549 ;.4. LOBALA I  2 932;.5. LOBALA II  2 586 ; 6. LOBALA III  2 480 ; 7. MAKUTU 2 797 ; 8. MANGBA 2 840 ; 9. SIKORO 2 717 ; Secteur de Ngiri 19 434 avec ses douze groupements : 1. BIKUNDA 1 474 ;.2. BOBANGI 1 618 ;.3. BOKEMBE 1 306;.4. BOKENE 757 ;.5. BOMBENGA 1 859 ; 6. BOOMANA 2 595.7. BOSESERA 1 646 ;8. LIBELE 939 ; 9. LIBINZA 1 823;  10. LIMANYA 1 415;.11. MPOKO 2 371 ;12. MOBENA-BALOY 1 618
Territoire Kungu avec 245416 électeurs potentiels dont Secteur de Bomboma 47 072 avec ses seize groupements : 1. BOBEY 2 753 ; 2. BOKONZI 2 791;  3. BOMBOMA I  2 839; 4. BOMBOMA II  2 808; 5. BOSO KOLOLO  2 940; 6. BOSO-LITE 2 769; 7. BOSO-MBUMBU  2 729; 8. BOSO-MOKPELENGO  2 350; 9. BOSO-MOMBENGA  2 918; 10. BOSO-MONDEMBE 2 900; 11. DINGO-NGBANDI 3 619 ; 12. LINGONDA 2 986; 13. LOKOMBO 2 881 ; 14. MAKENGO 2 987 ; 15. MOTUBA 3 526 ; 16. NZUMBELE 3 258 ; Cité de Kungu 4 170 ; Secteur de Dongo 42 659  avec ses six groupements: 1. BOMBOLI 7 026 ; 2. LOBALA-POKO 7 016 ; 3. LOBALA-SUD 7 184 ; 4. LOBALA-TANDA 7 124 ; 5. MONZOMBO 7 184 ; 6. TANDA-KOMBE 7 121 ; le Secteur de Mwanda compte 30 156 avec ses dix-huit groupements : 1. BOMOLE 1 004; 2. BOMPELA 1 924 ; 3. BONDONGO-BOBAKA 1 924; 4. BONYANGE 1 005 ; 5 BOZABA 3 225 ;6 EBUKU-MONDANGA 1 031; 7 LIBOBI 1 901 ; 8. LIFUNGA 1 993 ; 9. LIKATA 2 251; 10. LIMPOKO 1 267; 11. LOKAYI 1 674; 12. LOKUTU 1 008 ; 13. MABOKO 1 368 ;14. MOLIBA 2 332;15. MOLUNGA 1 604; 16. MONDONGO 1 505 ;17. MONYA 1 582 ; 18. SOMBE 1 536 . Pendant que le Secteur de Lua compte  85 073 électeurs potentiels  avec ses dix groupements : 1. BOGBADONO 8 779 ;.2. BOMBILI-BODIGIA 8 561; 3. BOMINENGE-BOYASE 8 238 ; 4. BOZENE 8 462 ; 5. FULU-BOBANDU 8 072; 6. KONDONGA 8 548;  7. MBATI-NGBOLO  8 296;  8. MOLIA 8 903 1 2 4 903 ; 9. MUMBONGO 8 659; 10.  NGUAGODO  8 543 ;  et; le Secteur de Songo 36 286 avec ses quinze groupements :1. BANZA-BALAKPA 2 200 ; 2. BANZA-WOLO 2 784; 3. BENDERE 2 081 ; 4. BOGBA 2 394; 5 BOMINENGE 2 556; 6. BOSO-NDONGO 2 585 ; 7 BOSO-NGONZO 2 561; 8. GBELE 2 568 ; 9. GUGA 2 254 ; 10. GULUKOLO 2 005 ;11. KUNGU 2 303; 12. LINGO 2 085 ; 13. MBATI-WENENGE 2 529 ; 14. NGBANDA 2 796 ; 15. NGELE 2 568
 La cinquième vérité vraiment cynique est celle fondée sur la tendance presque criminelle que certains milieux d’affaires maffieuses de l’Occident et de Proche Orient s’acharnent à profiter de toutes les occasions de conflit en RDC pour  grossir les faits, attiser  les oppositions internes et commanditer les coups de force pour déstabiliser le Pays. De cette manière espéreraient-ils procéder intensément  au blanchiment « l’argent sale » et imposer de « fonds vautours » aux entreprises publiques et à l’Etat congolais en difficulté pendant les crises et cela malheureusement avec le concours de certains congolais professionnels de l’opposition extérieure. Comme dans le cas de la compétence universelle de juge, ils instaurent la saisie immédiate de recettes et autres placements financiers tirés de leurs hypothèques ou crédits venant de partenaires extérieurs. Ils erigent ainsi leur action en règle de droit international jusqu’à ce que les Pays en développement s’insurgent encore une fois.
 En ce qui concerne le Congolais complices de ces abominations économiques, leur survie à l’extérieur devient totalement dépendante de l’exploitation de crises congolaises.
 Ainsi, le prétexte des certains Leaders  et Animateurs de l’opposition externe qui se consacrent   à la désinformation et intoxication à partir de l’extérieur au motif de  craindre les risques d’emprisonnement ou de traques  par le Pouvoir sur place est, à mon sens, une faible conviction et manque de sens de son combat politique suivant les formes démocratiques. Car, faire de l’opposition extérieure en laissant aux autres la charge de prendre ces mêmes risques et en imaginant que tout ce que les opposants internes disent et font politiquement  à l’intérieur du microcosme politique plaît nécessairement aux hommes du Pouvoir.
 Et bien que Non, les risques existent toujours et aucune démocratie au monde n’est parvenue à éliminer cet instinct de conservation de pouvoir, même si les méthodes varient suivant la maturité politique des Acteurs et l’imposition de règles de droit dans la protection de citoyens  !
 Puisque même au sein des partis politiques au pouvoir, les opinions s’expriment parfois de manière chaudement tranchée et les tentatives d’étouffement d’opinion contraire à la sienne existent toujours. Car, vouloir faire de la politique, c’est aussi prendre avec responsabilité et raison ce risque  pour la défense de ses convictions surtout sur le meilleur mode de gestion des affaires publiques.
 On ne peut se cacher derrière une muraille en jetant de petites pierres et entretenant des rumeurs qui parfois font tourner les auteurs en bourrique comme il fut avec celles plus grossières pendant la campagne. Certains qui se sont acharnés avec des photos en mains de pires saloperies sont aujourd’hui plus zélés lorsqu’ils accèdent aux postes politiques. En tout cas, moi j’en connais beaucoup : Ministres, Gouverneurs, Administrateurs d’Entreprises et je ne me ferai pas trop prier pour en déballer.
 J’ai le grand avantage d’avoir traité et négocié pendant près de sept ans de 1985 jusqu’en 1992 le dossier aussi bien de l’opposition interne avec les leaders de l’UDPS et du PALU que celui de l’opposition extérieure sous l’autorité politique de Nkema Liloo et logistique de Christophe Beyeye Djema avec d’autres  de leurs collaborateurs comme Katende wa Ndaye, Mondo et Tshiyoyo. Nombreux de ces opposants de l’intérieur comme ceux de l’extérieur sont des hommes de valeur souvent revoltés par des reniements  du pouvoir insoutenable ou encore tenus en otage à l’extérieur par le syndrome de liquidation et du chaos politique au Congo.
 Et pourtant nombreux d’entre-eux ont contribué de manière significative à la libéralisation politique engagée à la deuxième moitié des années 80 et 90. Avec mes excuses à l’avance, je citerai  nommément ceux dont j’ai eu des contacts particuliers aussi bien à l’intérieur comme Etienne Tshisekedi, Marcel Lihau, Frederic Kibasa Maliba, Mbakiem, Paul Bandoma, Paul Kapita, Lumbu, Mpindu, Bosasi,  Faustin Birindwa pour l’UDPS et de MNC aux années 90 avec Thambwe Mwamba, Mwando Nsimba, Kamanda-wa Kamanda, Tshibwabwa Ashila Pashi, Christophe Lutundula, Kiro, Nyamwisi Muvingi, Bidi-Bidi, Théophile Bemba, Pierre Lumbi de l’Union Sacrée, Lambert Mende et Francois Lumumba de MNC ou d’autres opposants  dans les corporations associatives comme Dr. Baudouin Bwasa, Dr. Numbi, Dr. Sondji et Baudouin Hamuli, Madame Lukiana  qu’avec ceux de l’opposition extérieure comme Célestin Kabuya Lumuna, Ndom Nda Ombel, François Mwamba, Elie Mayele, François Kadima et bien d’autres dont j’ai oublié  les noms par usure de temps.
 J’en profite également pour saluer les Amis journalistes qui ont lutté presque tous ici sur place, avec de risques de plasticage de leurs maisons d’édition, des enlèvements et parfois même de liquidation physique, mais qui ont servi à faire avancer avec courage et détermination le processus de libéralisation politique. Je pense particulièrement aux journalistes de Umoja, de Potentiel, du Phare, de la Référence Plus, de Forum des As, de Palmarès, de Grognon et de Pot Pourri, etc…
 Mais, il y a aussi à l’intérieur comme à l’extérieur des opposants qui ont perdu tout le sens de l’engagement politique et de contribution à l’édifice national à cause de la poursuite effrénée de gains personnels ou de l’esprit de révolte instinctive parfois criminelle, de frustrations ou de revanche sans convictions structurées ni objectifs d’intérêt général. C’est surtout ceux-là qui font des événements congolais, même les plus fratricides et douloureux un objet marchand ou une occasion pour se faire entendre dans l’opinion publique ou encore une justification pour prolonger leur statut d’exil. L’histoire après toutes les rebellions et insurrections et les négociations qui s’ensuivent pour le repositionnement politique a démontré, qu’ils sont tout simplement des délinquants politiques, sans aucun sens de l’Etat ni de l’intérêt général. Et l’adage suivant en vaut l’alerte : « on peut tromper un peuple pour un temps, mais on ne peut le tremper tout temps. Cela vaut aussi bien pour l’opposition que pour le pouvoir.
 La cinquième vérité est celle de l’impénétrabilité et la mysticité de cet espace marécageux et dangereux où se véhiculent plusieurs légendes et pratiques mystico-religieuses depuis l’époque de conquêtes coloniales jusqu’à la période de rébellion muleliste du début des années 60 et années 2000.  Ce bief impose des limites de franchissement pour la prise de la ville de Mbandaka et  donc atteindre Kinshasa par le Fleuve Congo. Mais les derniers événements de Pâques 2010 ont démontré de la part des forces gouvernementales de grandes failles stratégiques pour la protection de la ville de Mbandaka à partir de ce rempart  riverain dont Makanza est l’avant poste sur le Fleuve Congo et Bikoro sur la route venant de MaiNdombe.
Mais aussi et surtout il faut décrier l’irresponsabilité coupable de la part de l’Autorité provinciale, en ce qu’elle était prévenue d’une attaque audacieuse des insurgés défaits par les FARDC à Makanza et laissant polluer pendant de long mois de querelles infantiles voire sentimentales et de règlement de compte une ambiance politique tumultueuse aussi bien à l’Assemblée provinciale qu’au niveau du Gouvernement, où fut même nommé à la tête du Ministère de l’Intérieur, une ancienne et brave religieuse sans expérience politique et à ce moment précis.
Au-delà de ces crises politiques répétées, il y a  la mauvaise gestion de la question de Démobilisés de MLC jadis considérés comme une priorité sécuritaire pour la Province  après la fin de la rébellion, mais aussi la précarité de nombreux Déplacés de conflit armé venus de Makanza sans une identification précise. En même temps, l’insécurité  grandissante dans les zones de pêches depuis l’insurrection de Lobala entretenue par les insurgés inciviques et certains Démobilisés semant la désolation rajoutant ainsi un autre handicap majeur pour une population qui ne vit que de la richesse d’eau, comme eux-mêmes le disent : « mosolo molo o mai ».
 C’est tout cet ensemble de méprises qui justifie de la part des insurgés le goût du risque extrême et de bravoure suicidaire mais en même temps dangereux  pour les populations civiles très exposées.
 Le réconfort moral soutenu et l’encadrement performant des troupes engagées aux opérations de protection des populations et de pacification de la zone menacée de déstabilisation et l’implication plus suivie de l’autorité politique provinciale sont les voies royales pour maitriser la situation et donner les preuves de l’intérêt porté à cette population.

II. La complexité socio-économique

La situation socio-économique actuelle tient au fait que, dans tout cet espace de l’entre Ngiri-Ubangi, l’activité économique dominante est la pêche artisane par ailleurs périlleuse, de laquelle la population tire les maigres revenus, malheureusement grevés par toutes les tracasseries policières ou administratives et les risques imprévus de noyade lors des intempéries, de piraterie et de bradage de prix par les commissionnaires érigés en incontournables intermédiaires selon les règles du commerce triangulaire. 
 En dehors de la pêche, l’administration coloniale a imposé la culture de palmerais et implanté une huilerie prospère à Ebeka, mais malheureusement de laquelle s’est greffée celle de vins de palme ou « masanga ya mbila » et dont les nouvelles techniques artisanales de fermentation ont fortement augmenté les doses d’alcool en détruisant ainsi davantage la santé des gens déjà appelés à de dures labeurs de pêche, surtout aux heures nocturnes les plus périlleuses et dont la seule protection de pêcheurs est le recours  permanent aux pratiques  magico-religieuses et le respect de rites traditionnels, où se mêlent le charlatanisme et intégrisme conservateur bien exploités par certains esprits malins . 
 Notons également qu’ avec l’arrivée des missionnaires catholiques vers les années 20, il fut introduit l’élevage de bovins dans les plaines herbeuses de la rivière Ngiri à Libanda et dans d’autres villages avoisinants et qui a fait prospérer la région de l’Entre Ngiri-Ubangi jusqu’a atteindre  10 à 20000 têtes. Aussi tôt après l’indépendance, les populations locales ont vite repris voire même amélioré l’élevage jusqu’aux années 80 correspondant à la période de zaïrianisation .
 Et plutard pendant la rébellion  menée par les combattants de MLC et pour contrer leurs avancées vers le Sud de l’Equateur vers les années 2000, il fut renforcé la défense militaire avec plus de contingents à Makanza et Bomongo , lesquels étaient obligés de se servir pour leur ration alimentaire jusqu’à la liquidation de tout le bétail. Il s’en est suivi aussi la perturbation de la pêche et l’installation de l’insécurité causées par les pirates dans les différents cours d’eau.
C’est donc dans ce contexte de destruction socio-économique que surgissent les messagers de libération et les nouveaux messies violents, auquel s’ajoutent les multiples manipulations politiciennes contre le pouvoir.           
  A ce stade, le pouvoir doit doser ses répliques surtout massives et développer les stratégies fines dissuasives , très circoncises et à forte démonstration des résultats pour ne pas dire tactiquement et sélectivement, je veux dire intelligemment ciblés aussi bien contre les faux messies, pour le renforcement de l’administration de proximité que pour augmenter la présence des services spécialisés plus que tout déploiement militaire impressionnant et parfois contre productif, parce qu’il leur permettrait ainsi d’oser porter de coups à grands risques pour marquer l’image mystique d’invincibilité des insurrectionnels et atteindre le moral des troupes déjà trop exposés aux infiltrations.
 La dernière et grande vérité est celle d’un espace riverain qui depuis la colonisation et les cinq décennies d’indépendance est sous-administré, avec une faible couverture scolaire et sanitaire et la pénurie de moyens transport, alors les rivières coulent de partout. Aussi, les ruineux gaspillages de fonds de rétrocession, dont le montant mensuel avoisinent une moyenne de 600000000 FC par mois et donc 6000000000 FC  par an et donc l’équivalent de 6000000 de dollars US par an ne peuvent pas être stoppés pour enfin reconstruire nos provinces. Et les sanctions ne peuvent pas être engagées contre les auteurs de cette action de sape contre le pouvoir institutionnel issu des élections. Encore pouvons-nous nous poser la question de savoir si cette gestion calamiteuse ne nous conduirait pas à engraisser les Potentats de demain qui rejetteraient toute la responsabilité de la ruine des provinces sur les autorités du pouvoir central aux prochaines échéances à leur bon profit.
 A bien voir l’allure des choses, nous risquons de passer de l’escroquerie montée de dernières alliances politiques sans cohérence idéologique et qui a fait  bloquer toute la machine politique du Gouvernement, réduisant ainsi toute sa performance sous le coup des grandes enchères imposées par une cohabitation nébuleuse, où se mêlent indifféremment  incompétence et immoralité dans la gestion des affaires publiques pour aboutir prochainement au règne des Gouverneurs qui imposeraient leurs propres candidats dévolus à leurs propres causes  lors des élections législatives nationales, provinciales ou locales et se voir ainsi imposer un pouvoir institutionnel central commandé à partir de Gouverneurs de Provinces. Je suis grand adepte idéologique et conformiste de la décentralisation. Mais celle engagée sans directives précises du pouvoir central et en toute opacité de gestion  inquiète. C’est aussi cela une des causes complexes de frustrations et de revolte généralement avec de soubassement socio-économique que politique.
 Yango wana tofungola miso mpo na litomba mpe nkita ya mboka ! Bolimbisa ngai soki nalobi mabe !
 S’il vous plait, ce n’est pas une hypothèse d’école, cela est déjà arrivé dans l’Empire Ottoman au XIXème siècle et qui a vu un des plus grands empires modernes ployé au début de XXème siècle devant les volontés et dictats de Gouverneurs ou leurs puissants Mandarins dans toutes les Provinces respectives de l’Empire Ottaman.

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