Les élus se rebellent !

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Il y a une dizaine de jours, les députés provinciaux originaires de l’Ituri donnaient un coup de pied dans la fourmilière en annonçant l’érection de leur district en « province » à compter du 15 mai 2010, conformément à la Constitution. Ils ont, à cette occasion, rappelé à tous que leur entité remplissait les critères requis pour s’assumer comme entité provinciale, aussi bien aux plans institutionnel, administratif, logistique économique que sécuritaire. Pas plus tard que ce week-end, John Tibasima a conduit auprès d’Adolphe Muzito, une forte délégation d’élus et notables de la Province Orientale, qui sont allés lui faire part de la volonté de leurs concitoyens de proclamer, à la date du 15 mai 2010, la naissance de quatre nouvelles provinces dans cette partie de la République, à savoir les provinces de l’Ituri, du Haut-Uélé, du Bas-Uélé et de la Tshopo. Comme pour calmer la tempête, des élus et notabilités de la Tshopo viennent de rendre publique une déclaration politique dans laquelle ils invitent les leurs à la patience. La tonalité que prennent les différents messages relatifs au réajustement du format administratif de l’Etat congolais de 11 à 26 provinces charrie des relents de « rébellion ». Il ne s’agit pas d’une demande d’érection de quatre districts en provinces mais plutôt d’une simple information de rappel destinée au gouvernement central. En d’autres termes, le fait accompli est en mouvement.

Ainsi qu’on peut le constater, les dispositions des articles 2 et 226 de la Constitution posent au pays un problème politique crucial, lequel appelle une réponse urgente. Les animateurs des institutions nationales (Président de la République, Gouvernement, Sénat, Assemblée Nationale) auraient tort d’attendre le délai butoir du 14 mai 2010 pour réagir. C’est maintenant qu’ils devraient lancer des signaux clairs et rassurants en direction des compatriotes de l’arrière-pays visiblement gagnés par le virus de l’autonomie, pour ne pas dire de «l’indépendance».

Des observateurs pensent à deux scénarii : soit l’examen en urgence par le Parlement des dispositions constitutionnelles à problèmes en vue de leur amendement ; soit le feu vert aux districts qui le veulent de devenir des provinces. Dans un cas comme dans l’autre, la communication, qui semble jusque-là faire défaut, s’avère diligente. Le mutisme du pouvoir central face aux velléités d’autonomie de l’Ituri, de la Tshopo, du Bas-Uélé et du Haut-Uélé est de nature à ouvrir la voie aux opportunistes de tous bords, désireux de voir cette situation conflictuelle dégénérer.

Il est vrai qu’au regard de la conjoncture actuelle, la RDC n’a pas les moyens de s’assumer comme un Etat à 26 provinces. De même, la viabilité des districts candidats au statut de province est sujette à caution. Qu’à cela ne tienne ! Il suffirait que des politiciens les chauffent à blanc, en leur faisant croire que leur salut résiderait dans leur auto-prise en charge, pour que des populations des districts non seulement de la Province Orientale mais aussi d’autres provinces se mettent à rêver du paradis.

Dans cette perspective de la « libération » du joug de Kinshasa, tout est à craindre, même la revendication de l’autonomie provinciale par les armes. Il y a lieu de prévenir, avant l’échéance du 14 mai, la montée de nouveaux seigneurs de guerre dans cette partie du pays où les ressources minières, qui n’ont pas fait le bonheur des populations de ces contrées de 1996 à ce jour, continuent d’alimenter bien de convoitises. A une année des élections générales en effet, tous ceux qui ne sont plus sûrs de bénéficier des suffrages de l’électorat, seraient tout heureux de prendre des raccourcis. Pour installer et s’installer.      Il faut agir avant qu’il ne soit trop tard.                     

Jacques Kimpozo

 

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