Les députés nationaux appelés à reconstruire leur crédibilité

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assemblée nationaleDepuis le week end dernier, certains députés nationaux ne se gênent plus de lancer des invectives en direction de la chambre haute du parlement. Nous sommes les vrais élus directs, crient-ils à tue-tête à chaque occasion. Le climat n’est plus au beau fixe.

Pour d’aucuns, les députés devraient reconstruire leur crédibilité fortement entamée au regard du rejet par la véritable majorité populaire de leur adoption du projet de la loi électorale tel que leur présenté par le gouvernement de la République. Un rejet qui s’est soldé par un bilan macabre des morts par balles réelles, des pillages sélectifs des biens appartenant à autrui, des destructions méchantes des églises, des bâtiments de la Police et de l’administration communale, des véhicules privés et de transport en commun, des arrestations des gens accusés d’avoir perpétré des pillages, de la coupure de l’Internet et des SMS, de la fermeture des bureaux privés et publics, des restaurants, des magasins, des marchés, des écoles, instituts supérieurs et universitaires tant privés que publics, bref de la paralysie partielle du pays. Des scènes qui se sont observées aussi dans certaines villes comme Lukala et Kimpese, Mbuji-Mayi, Goma, Bukavu, Mbandaka.

Le commun des mortels est d’avis que l’adoption de ce projet de la loi électorale par l’assemblée nationale tard dans la nuit du 17 au 18 janvier dernier constitue l’élément déclencheur de ces évènements tragiques qui ont endeuillé la République. D’autres voix se sont élevées pour condamner le fait que les députés nationaux se sont permis de siéger pendant une journée déclarée chômée et payée sur toute l’étendue du territoire national pour commémorer l’assassinat du Héros National P. Lumumba. N’est-ce pas un acte qui peut être considéré comme un second assassinat du tout premier Ministre de ce pays pourtant béni des dieux.

La crédibilité des députés nationaux est encore fortement entamée, indique-t-on, parce que ce sont eux qui sont chargés d’élaborer des lois de la République, en conformité avec la Constitution, avant leur promulgation par le chef de l’Etat. Or, indique-t-on, ce projet de loi électorale viole manifestement la Constitution en son article 73 qui stipule que : « le scrutin du vote du chef de l’Etat doit être convoqué 90 jours avant l’expiration du mandat du président de la République en exercice ». Etant donné qu’il conditionne l’organisation et la tenue des élections législatives et présidentielle à la publication des résultats du recensement que doit lancer l’Office National de l’Identification des Populations créé récemment et piloté par des membres notoirement connus de la majorité présidentielle.

D’ailleurs, au lendemain de la mise en place de cet Office, de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer cette nouvelle tentative de contourner l’article verrouillé 220 qui limite le mandat du chef de l’Etat à cinq ans une seule fois renouvelable. On rappelle qu’il y a près d’un an, un cacique du pouvoir actuel avait publié un ouvrage dans lequel il proclamait la main sur le cœur que tous les articles de la constitution sont révisables. Une prise de position qui avait provoqué un tollé généralisé car elle visait tout simplement à toucher au fameux article 220 verrouillé pour permettre à l’actuel locataire du Palais de la Nation de postuler pour un troisième mandat. Ainsi donc, ce projet de la loi électorale conditionnant l’organisation et la tenue des élections présidentielle et législatives à la publication des résultats du recensement cache une énième tentative de contourner l’article 220 car il allait permettre le fameux « glissement du mandat » de l‘actuel président de la République au-delà du délai constitutionnel. Du fait que selon de nombreux spécialistes en démographie, pour être crédibles, les opérations du recensement et d’identification des populations dans un pays aux dimensions continentales ne peuvent pas s’effectuer en moins de quatre ans.

Il faudra donc du temps pour que les députés nationaux parviennent à reconstruire leur crédibilité vis-à-vis des Congolais. Comme il n’est jamais trop tard pour changer, la balle se trouve dans leur camp pour poser des gestes visibles en prenant leur courage entre leurs mains pour demander l’indulgence de tous ceux qui pleurent les leurs tués et blessés par des balles réelles et ceux qui ont perdu leurs biens lors de ces quatre journées très chaudes. Les congolais trimballent la légende d’un peuple réputé très hospitalier, accueillant, généreux et affichant un sens très élevé du pardon.

De même, les députés nationaux devront adopter le plus rapidement possible des mesures d’indemnisation de ceux qui ont perdu leurs biens et surtout demander aux limiers des parquets et de la Police criminelle de lancer des enquêtes pour situer les responsabilités de ceux qui tiré à balles réelles sur des manifestants pacifiques. En attendant, il leur demandé de cesser avec ces invectives sur les sénateurs. Alors qu’ils devraient avoir la courtoisie, l’élégance et l’humilité de reconnaitre que c’est grâce au courage et au patriotisme des sénateurs que le pays a échappé de sombrer dans la guerre civile la semaine dernière. Ce sont eux qui avaient dénoncé cette énième tentative de la violation de la constitution en vigueur par ce projet de la loi électorale tel que présenté par le gouvernement. Car, une faute avouée est à moitié pardonnée, dit une sagesse populaire.

                                                F.M.