Les dégâts de la politique de la territoriale des originaires

0
77

En organisant à l’Hôtel SULTANI à partir d’hier mardi jusqu’à demain
jeudi un colloque sur la problématique des originaires et non
originaires, les professeurs de l’Université de Kinshasa et de
l’Université Catholique du Congo ne s’attendaient probablement pas à
des débats palpitants et intéressants. Palpitants, parce que cette
question a toujours déchiré la nation congolaise, chaque fois que des
fauteurs des troubles en mal de positionnement et à court d’arguments
y recouraient pour régler des comptes aux adversaires politiques non
originaires. Intéressant car l’assistance à ce colloque va découvrir
deux tendances. La première qui est convaincue que la décentralisation
prônée par le gouvernement en exécution de l’une des résolutions
pertinentes de la Conférence Nationale Souveraine signifie que la
gestion des entités décentralisées sera uniquement confiée aux
originaires, quelle que soit leur compétence. En d’autres termes, ce
que l’on n’a pas pu obtenir par la chasse aux non originaires le sera
par cette décentralisation. Tandis que la seconde tendance est d’avis
que la notion des originaires devrait être dépassée et examinée sous
le prisme de véritables nationalistes. Dès lors que de plus en plus
des Congolais quittent leurs villages pour aller s’installer partout
sur la vaste étendue du territoire national où ils se sentent chez
eux.
Dans son discours inaugural, le professeur Elikya MBOKOLO a eu des
mots justes et prémonitoires pour recadrer ce thème par des approches
historiques pour une vision à court et long terme d’un espace
débarrassé de la misère et de l’injustice. Qui sont souvent à
l’origine des conflits basés sur les origines tribales. En rappelant
sa propre jeunesse et celle de tous ceux qui sont nés au lendemain de
la fin de la deuxième guerre mondiale, Elikya MBOKOLO a révélé que ses
condisciples et lui-même avaient une grande admiration à l’égard de
certaines figures emblématiques du Congo avant la colonisation.
Notamment le Roi NZINGA Nguvu 1er pour avoir accueilli les
explorateurs portugais au 16ème siècle. Ensuite à l’égard de
l’Empereur Nimy LUKENGU des Bakuba pour avoir fondé l’un des tout
premiers empires forts au centre du pays réunissant des dizaines de
tribus en son sein. Tout comme le chef MSIRI des Bayeke qui avait
défié les colonisateurs anglais qui cherchaient à lui ravir ses
terres. Le professeur MBOKOLO en a profité pour rendre un hommage
particulier aux artistes musiciens de l’époque avant l’indépendance
dont Léon BUKASA et Joseph KABASELE qui ont dépassé les clivages
tribaux par des chansons en l’honneur du Congo et de son unité sans
distinction des provinces, ethnies ou tribus.

La territoriale des non
originaires

En instaurant la politique de la territoriale des non originaires,
feu MOBUTU avait une vision d’un Etat fort, laïc et uni, où tous les
Congolais, toutes tendances confondues, se sentiraient chez eux sans
distinction des tribus ni provinces d’origine. Des exemples sont
éloquents quant aux hauts fonctionnaires de l’Etat qui ont été placés
à la tête des provinces et des entités administratives, judiciaires,
policières, militaires, sécuritaires, hospitalières, scolaires,
universitaires, et des entreprises du Portefeuille de l’Etat des
provinces autres que les leurs. Léon ENGULU, feu Désiré TAKIZALA, Paul
NAUWELAERT, MPAMBIA Musanga Bekaja, Louis-Alphonse KOYAGIALO, MAKOLO
Jibilayi, TSHIALA Mwana, KHONDE Vila Kikanda et bien d’autres ont
laissé des souvenirs indélébiles de bonne gouvernance, de probité
morale et de nationalistes convaincus dans les provinces qu’ils
avaient gérées. L’on n’est pas étonné de voir l’un d’eux, en
l’occurrence KHONDE Vila Kikanda, pourtant originaire du Bas-Congo, se
faire élire en 2011 avec des dizaines de milliers de voix comme député
national de la ville de Goma au Nord- Kivu.
C’est cet esprit d’appartenir à une même nation qui avait fait
applaudir tous les Congolais chaque fois que les équipes de football,
de basketball féminin, remportaient les coupes des Nations ou des
clubs champions. Il en fut de même pour les boxeurs comme TSHIKUNA,
MAMBA Shako, KALAMBAYI et BELCHIKA lors des  finales des compétitions
africaines et mondiales de cette discipline sportive.

La territoriale des
originaires

Alors que les choses marchaient merveilleusement au niveau de la
gestion des provinces et entités de tous genres, de la cohabitation
pacifique entre les originaires et les non originaires, le pouvoir
central prit la décision grave d’instaurer la territoriale des
originaires. Une politique qui se poursuivit jusque dans les
entreprises du Portefeuille de l’Etat suivant le système du fameux
quota provincial et même tribal. Voilà la source des maux qui ont
plongé le pays dans le gouffre de la misère, de l’impunité, de la
mauvaise gouvernance et surtout de la chasse aux non originaires. Avec
au sommet les évènements tragiques survenus en 1992 au Katanga à la
suite des expulsions sanglantes des originaires de deux Kasaï par les
miliciens de l’UFERI du duo NGUZ-KYUNGU, sous le nez et la barbe du
maréchal MOBUTU et des partisans de la mouvance présidentielle.
Cette politique de la territoriale des originaires sonna le glas de
la méritocratie dans tous les domaines de la vie de la nation et
surtout à tous les niveaux de l’enseignement. Le pays ne s’en est
jamais remis car les deux régimes qui ont succédé au MPR-parti-Etat
ont aggravé la situation par un tribalisme et un régionalisme
incroyables dans tous les domaines de la vie du pays. En plus de
l’impunité qui a été érigée en système de gestion de la chose
publique, on reconnaît le règne de la violation délibérée des droits
de l’homme, l’instauration de la terreur caractérisée par des
intimidations et arrestations répétitives des leaders des partis de
l’opposition, des journalistes et des activistes des ONG de défense
des droits humains, une justice caporalisée au service d’une
oligarchie au pouvoir, etc. Bref, le système odieux de la territoriale
des originaires a détruit non seulement l’esprit d’appartenir à une
même nation au cœur de l’Afrique mais il a surtout inversé l’échelle
des valeurs morales par la valorisation des vices en lieu et place des
vertus.
Alors que la RDC, de par ses immenses richesses humaines et
naturelles très variées et particulièrement le sens de l’hospitalité
de ses populations, est appelée à jouer le rôle de pôle d’attraction
tant pour l’Afrique que pour les autres pays de la planète étant donné
qu’elle est le seul pays au monde à disposer des neuf voisins en plus
de l’Océan Atlantique. Comment la RDC va-t-elle exploiter les
richesses immenses transfrontalières sans que ses populations n’aient
dépassé les clivages tribalo-ethniques ? Comment la RDC va-t-elle
protéger ses populations transfrontalières face aux pays voisins dont
les convoitises sont fortement déclarées si le gouvernement ne
restauree pas la cohésion nationale ? Destinée à servir de pôle
d’attraction, la RDC a le devoir de promouvoir une politique de la
bonne gouvernance et du respect des droits de l’homme, gages d’un
développement harmonieux.
F.M.

LEAVE A REPLY

*