Les Congolais s’interrogent : RDC, un bateau ivre ?

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Au sortir d’une décennie de guerre et d’instabilité politique (1996-2006), le peuple congolais était en droit d’envisager, à partir de l’année 2007, des lendemains plus souriants, après sa participation au processus électoral ayant abouti à la mise en place d’institutions démocratiques, animées par des personnalités sorties des urnes. Hélas, quatre ans après la mise en oeuvre de la première législature, la RDC semble ne pas très bien cerner ses priorités que devraient être la reconstruction de ses infrastructures, la lutte contre la pauvreté, la consolidation de la paix, la création des richesses par la mise en valeur de ses ressources naturelles, le nouveau round des urnes en cette fin de législature, etc.  

            Il est vrai que les 5 chantiers de la République ont été lancés, que la dette extérieure estimée à plus de 13 milliards de dollars est annulée à hauteur de 90 %, que la mobilisation des recettes internes bat son plein, que la lutte contre les antivaleurs est résolument engagée… il persiste cependant des pesanteurs de nature à empêcher les Congolaises et Congolais de vivre mieux qu’il y a 40 ans. 

Pour et contre la guerre… 

            La mèche de l’insécurité, allumée par le CNDP ainsi que les nébuleuses « Mai-Mai » depuis l’entrée du pays dans un nouvel ordre institutionnel, est loin de s’éteindre. A une année des échéances électorales annoncées par la CEI (Commission Electorale Indépendante) de l’abbé Apollinaire Malumalu, il est de plus en plus probable que des millions de Congolais résidant dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Maniema, de la Province Orientale et même de l’Equateur, vont être absents du fichier électoral révisé.

            Les opérations préélectorales sont pratiquement interdites dans les contrées de ces provinces encore sous contrôle des groupes armés. Certes, l’armée nationale, seule ou avec le concours de ses alliées ougandaises ou rwandaises, se bat pour venir à bout des « forces négatives », internes comme externes, mais la tache est ardue. L’étendue des territoires à pacifier, le nombre de groupes armés à neutraliser, les difficultés logistiques, les complicités diverses entre les ennemis de la paix et certains politiciens présents dans les institutions de la République… sont autant de facteurs qui jouent contre le retour de la paix.

            Les Congolais donnent chaque jour l’impression d’être à la fois pour et contre l’unification territoriale, l’unité nationale, la concorde nationale, la reconstruction nationale, la paix, la réconciliation nationale, la stabilité institutionnelle, etc. D’aucuns misent sur le chaos politique, militaire, économique et social pour provoquer une nouvelle distribution des cartes politiques en dehors des urnes.

A ce sujet, le message du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) est sans équivoque. Il est prêt à de se désengager des accords de paix conclus avec le gouvernement en janvier-février 2009 si celui-ci refuse d’intégrer- comme c’est le cas- ses cadres dans les structures politiques et administratives de la République. Comme signal fort de sa revendication, son Bureau politique a dit niet à la décision de la hiérarchie des FARDC d’affecter ses ex-combattants dans des provinces autres que le Nord-Kivu.

            Malheureusement, certains animateurs des institutions semblent à leur tour travailler dans le sens de l’énervement de tous ceux qui sont restés au bord de la route lors des élections de 2006, donnant du coup la triste image de gouvernants allergiques à l’alternance politique que pourraient impulser les scrutins à venir. 

Mai-Mai contre Monusco 

            Non contents d’être étiquetés comme éléments incontrôlés, les combattants Mai-Mai poussent maintenant leur témérité jusqu’à lancer des attaques meurtrières dans les bases de la Monusco (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo). Quel type de messages veulent-ils véhiculer à travers des agressions contre des Casques Bleus, venus dans notre pays pour accompagner la paix ?

            Des observateurs y voient une volonté délibérée de les décourager, de manière à ce qu’ils puissent débarrasser le palier. Ces compatriotes qui ont eu à bousculer la Monusco en août et octobre 2010 ne peuvent qu’être soupçonnés de vouloir réinstaller le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et le Maniema dans la situation de jungle, comme entre 1996 et 2003. 

Pétrole : le grand flou 

            Pendant que l’Angola consolide son statut de grand pays producteur du pétrole et que l’Ouganda fait progressivement son entrée dans la « cour des grands », la RDC parait ne pas vouloir devenir un Etat pétrolier. D’une part, Kinshasa ne semble pas faire suffisamment pression sur Luanda pour clarifier les limites du Plateau continental et le partage des dividendes financiers découlant de l’exploitation de la « Zone d’Intérêt Commun », et d’autre part, elle s’est embarquée dans un safari de contrats pétroliers sur des blocs du Lac Albert, dont la transparence est sujette à caution.

            Le domaine des hydrocarbures est géré dans une opacité telle qu’il est difficile de savoir si notre pays a réellement envie de faire le bonheur de ses citoyens, à partir des revenus pétroliers. Pourtant, le potentiel pétrolier national l’autorise, aux dires des pronostiqueurs, à se faire agréer rapidement par l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs du Pétrole). 

Décentralisation : le pavé de l’Ituri 

            Le passage du pays de 11 à 26 provinces, au 15 mai 2010 au plus tard, a fait flop. Tout le monde s’est rangé à l’idée que la naissance de nouvelles provinces devrait, pour des raisons financières, administratives et logistiques, s’opérer de manière progressive. Il y a cependant ce son discordant qui continue de provenir de l’Ituri, où les députés provinciaux viennent de relancer la question de l’autonomie de leur province, alors que tous les paramètres plaident contre.

            Ce district souffre encore d’un tas de problèmes : l’insécurité entretenue par des milices incontrôlées, le manque d’infrastructures de base, la fragilité de l’administration publique, le trafic d’armes et de minerais, l’absence d’eau potable et d’électricité, la précarité des structures scolaires et sanitaires, etc. Bref, l’Ituri n’est pas prêt à s’assumer comme province.

            La revendication des députés provinciaux de ce district ressemble à une distraction, à la veille des opérations de révision du fichier électoral. 

Non au bateau ivre 

            La RDC n’a pas le droit de se comporter comme un bateau ivre. Elle a intérêt à se prendre sérieusement en charge, afin de rompre avec ce qui fait croire à une navigation à vue. Ses gouvernants devraient tout faire pour recadrer ses priorités politiques, sécuritaires, économiques et sociales, dans la droite ligne de l’Etat de droit et de l’Etat moderne que ses filles et fils appellent de tous leurs vœux. Le temps est la construction d’un Congo nouveau. Les idées et les actes de ses citoyens devraient tendre vers cet idéal.

                                       Kimp

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