Les Congolais s’interrogent : Où va l’Université congolaise ?

0
117

inconnuL’Enseignement Supérieur, Universitaire et Recherche Scientifique (E.S.U.R.S.) est un secteur très sensible qui conditionne l’avenir de notre pays ; un creuset destiné à façonner les intellectuels, les dirigeants et les savants appelés à diriger la République Démocratique du Congo (RDC) aujourd’hui et demain ; des hommes et des femmes qui doivent être des modèles et des producteurs de valeurs. D’ailleurs le ministre a.i. actuel de l’E.S.U.R.S., Maker Mwangu Famba – qui est aussi le ministre de l’Enseignement Primaire, secondaire et professionnel (E.P.S.P.) – n’a cessé de souligner cette noble mission dans plusieurs de ses discours en montrant que l’éducation a pour finalité de « former des femmes et des hommes utiles à eux-mêmes et à leur pays » ; et que l’éducation conditionne le développement de tout pays. Un secteur auréolé de tant de noblesse et d’espoir pour tout un pays ne peut être confié aux amateurs. Par contre, il doit être dirigé par des professionnels, convaincus de la noblesse de leur métier ; formés et ayant la vocation d’enseigner et des valeurs éducatives à défendre.

Malheureusement, le tableau qu’offre chaque jour de ce secteur interpelle chaque Congolais. Les gestionnaires des institutions de l’ESURS et leurs enseignants travaillent souvent à l’encontre des règles édictées par la hiérarchie; mettent fréquemment les autorités devant des situations de faits ; situations où l’on constate un manque d’autorité (ou une complicité) des recteurs, directeurs généraux, doyens etc. sur le personnel académique, scientifique ou administratif. De même, dans plusieurs établissements d’enseignement de l’ESURS, on déplore des nominations des assistants sur base des critères subjectifs, très éloignés de la méritocratie et surtout ayant un impact négatif sur le niveau de l’Enseignement supérieur et universitaire. Cette corrosion de l’autorité dans la gestion quotidienne des institutions de formation supérieure et universitaire se répercute inéluctablement dans les auditoires et dans le rapport entre les enseignants et les étudiants. Le corps académique et scientifique se comporte dès lors comme sur un terrain conquis en imposant leurs propres règles, parfois aux antipodes des instructions officielles. On dénombre ainsi plusieurs systèmes d’enseignement ; de cotation ou de jury de fin de cycle.

Des systèmes d’enseignement hybride au résultat incertain

Les étudiants qui suivent actuellement les enseignements de niveau supérieur ou universitaire sont confrontés à des systèmes d’évaluation bizarre que leurs prédécesseurs n’ont sans doute pas connus. N’ayant aucun scrupule, de nombreux professeurs et assistants recourent – pour des raisons diverses souvent moins avouables – au bradage ou simplement à la vente des cotes de leurs cours. Cela se fait de plusieurs façons. Tout d’abord par l’achat obligatoire par chaque étudiant du syllabus de chaque cours ou de son envoyé. Après cet achat, l’étudiant doit s’acquitter auprès du professeur responsable du cours – et cela avant de passer son évaluation (ou interrogation) – d’une taxe nommée ‘enrôlement’ et équivalant à un ou deux dollars. Un étudiant qui a acheté un syllabus reçoit son code qu’il mettra sur sa copie d’examen. Son nom est noté pour qu’il réussisse à tout prix. Alors que jadis l’interrogation et les travaux pratiques intervenaient à la fin de chaque cours, nombreux sont les titulaires des cours qui interrogent après la fin de chaque chapitre pour recevoir davantage des «taxes d’enrôlement» et gare aux apprenants récalcitrants.

L’argent qui était censé être un simple accompagnateur de l’instruction en devient un acteur principal. Les parents, principaux partenaires de l’éducation et financiers des études de leurs enfants, sont particulièrement peinés par cette évolution. Ils ne parviennent plus à identifier les vrais ou faux frais académiques réclamés chaque fois par leur progéniture. Ensuite, un autre système de cotation s’appelle «enfants des professeurs et apparentés». Ils sont appelés nécessairement à réussir, à moins que leur tuteur soit distrait et n’établisse pas des contacts « utiles » avec ses collègues.

Jury sectoriel : une hérésie

Une autre anomalie d’évaluation dénoncée par les professeurs eux-mêmes s’appelle « jury sectoriel ». Selon ce système de cotation, il n’y a que le directeur responsable du travail de fin d’études de l’étudiant – ou de son T.P. – qui doit estimer la cotation finale (moyenne) à attribuer à ce travail. Les cotations des autres lecteurs lui sont remises, et c’est à lui à en tenir compte ou non. Pour plus d’un enseignant de l’ESURS, la cotation moyenne se doit d’être la vraie moyenne mathématique de toutes les cotations et non de celle donnée par le seul directeur du travail. Les professeurs dénoncent aussi le mauvais comportement des finalistes symbolisé par le système «alongi na ye», qui tend à plébisciter un étudiant en le portant en «tshipoyi» (c’est-à-dire sur le dos ou sur les bras) à l’issue d’une défense de travail de fin de cycle ou avant même que cette défense de s’achève et que le jury ne délibère. Ce système vise à forcer une décision positive du jury, alors que l’étudiant peut aussi échouer. Mais dans ce dernier cas, les membres de jury sont sérieusement menacé voire même tabassés.

RSK

LEAVE A REPLY

*