Les Congolais s’interrogent : où va l’Université congolaise ? (3)

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IMG_0319tAprès avoir examiné dans une première livraison les conditions morales et psychologiques dans lesquelles nombre des professeurs dispensent actuellement leurs enseignement dans les auditoires, en dehors de tout précepte déontologique ; voire même méthodologique, nous avons ensuite, dans une deuxième livraison, abordé la question de la surpopulation de nos sites universitaires. Une pléthore d’effectifs des étudiants qui tire le niveau de l’enseignement universitaire vers le bas, et que plusieurs autorités académiques exploitent à leur profit, au détriment des apprenants et du ministère de tutelle. Dans un tel environnement, l’Université est devenue rien d’autre qu’un fourre-tout, très éloignée de sa mission originelle d’être une matrice pour la formation des élites et futurs dirigeants du pays. En outre, les étudiants en surnombre n’ont pour lot qu’une formation bâclée. Quant aux professeurs, ils sont constamment pointés absents dans les auditoires, au profit des émoluments des cabinets politiques. 

 L’analyse d’aujourd’hui se propose de regarder de près la situation des certaines universités locataires dans des maisons de résidence, des huttes ou même l’ombre des arbres qui sont brusquement transformés en sites universitaires par la seule volonté des politiciens. Cette situation concerne aussi bien les instituts et universités publics que privés. En effet, en vue de s’assurer que les étudiants suivront les enseignements dans un cadre approprié, l’Etat a fixé des critères précis pour la construction et l’agrément d’un site universitaire. Parmi ces paramètres indispensables il convient de souligner qu’une université doit obligatoirement posséder son propre corps académique et scientifique constitué des professeurs et assistants possédant des diplômes et spécialisations requis ; des agents et cadres administratifs ; une bibliothèque conforme aux filières organisées  par l’institution ; un site avec des infrastructures (bâtiments) propres, etc. Toutes ces exigences sont aujourd’hui foulées aux pieds ; non par amour de la science, mais par simple cupidité et une soif de positionnement politique.

 Des politiciens : principaux fossoyeurs du secteur de l’ESURS

Contrairement aux dispositions légales, une grande partie des établissements de l’Enseignement Supérieur et Universitaire (E.S.U.) ont été autorisés à fonctionner sans remplir les conditions exigées pour ce faire. La faute incombe, non seulement aux différents ministres de l’Enseignement Supérieur Universitaire et Recherches Scientifiques (E.S.U.R.S.) qui se sont succédé à ce poste depuis la Deuxième République, mais aussi et surtout aux différents politiciens, sénateurs et députés qui écument le cabinet du ministère de l’USURS pour obtenir l’agrément de ces établissements, pourtant non viables. Pour chacun d’eux, son village ou son territoire se doit absolument de posséder un institut supérieur ou une université pour qu’on se souvienne de lui et qu’il demeure comme l’unique représentant du coin. Mais cela faisant, tous ces politiciens contribuent lourdement au déclin du secteur éducatif de l’ESURS. Une université n’est pas à confondre avec un «ligablo».

On se souvient qu’à une certaine époque, certains ministres de l’ESURS, tels que Emile Ngoy ou Mashako Mamba, ont tenté de réformer ce secteur en supprimant plusieurs sites universitaires – qui ne remplissaient pas les conditions exigées – aussi bien au niveau de Kinshasa qu’à l’intérieur du pays. Mais ils ont été combattus par les mêmes prédateurs éducatifs. A ce sujet, Mashako Mamba avait rappelé que notre pays était parmi ceux possédant un foisonnement des institutions  universitaires, soit plus de 500 établissements de niveau supérieur et universitaire, tandis que des pays à traditions universitaires très anciennes et qui ont un corps professoral éprouvé, tel que la France, en avait moins d’une centaine.

 Des universités nomades, de huttes universitaires et des cours en langues locales

Une grande partie d’institutions universitaires – particulièrement du secteur privé de l’ESURS – se retrouvent locataires et nomades, squattant des parcelles résidentielles et changeant constamment d’adresse même ici dans la capitale.  On les retrouve dans les maisons abandonnées, des églises désaffectées, des bars, des cabanes et voire même dans les brousses. Cela est une réalité vécue autant pour les établissements du réseau public que privé de l’enseignement universitaire. Dans les provinces, un simple contrôle effectué il y a quelques années a révelé des universités fonctionnant sous les arbres.

 Des professeurs nommés comme recteurs ou directeurs généraux de ces nouvelles institutions ne sont jamais en place en provinces. Ils ne se déplacent que pour aller quérir leurs émoluments. Par ailleurs, le corps professoral constitue souvent un rêve pour les étudiants, particulièrement des universités et instituts privés. Ceux-ci recourent au corps professoral du secteur public de l’ESURS. En règle générale, ils ont quelques gradués ou licenciés – d’une formation et provenance douteuses – qui assurent les cours péniblement en Français et donnent souvent leurs explications en langues locales. Même ici dans la capitale, combien de ces institutions possèdent une bibliothèque ou un laboratoire ?

SAKAZ

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