Les Congolais s’interrogent : où va l’Université congolaise ? (2)

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inconnuDans une première livraison, Le Phare a examiné quelques antivaleurs, telles que vécues dans les universités et instituts supérieurs de la République Démocratique du Congo (RDC). A cause de certains impératifs sociaux, certains enseignants – sinon la majorité – ont perverti la méthodologie de l’enseignement au niveau supérieur et universitaire au profit des pratiques qui décrédibilisent l’Université et tirent son enseignement vers le bas. Nombreux sont les enseignants qui confessent le dangereux principe selon lequel : « l’argent n’a pas d’odeur » ; un principe voisin de celui du Machiavel qui veut que « la fin justifie les moyens ».

Les grandes victimes de cette inversion des valeurs dans les milieux universitaires ne sont autres que les apprenants et leurs parents. Maints avertissements de la hiérarchie sont restés vains contre ces pratiques favorisées par la corrosion de l’autorité universitaire. Et dans ces milieux, il n’est pas rare d’entendre certaines gens dire que : «le chien aboie, la caravane passe». Devant cet état de choses, certains milieux d’étudiants ont développé aussi, de leur côté, une autre manière d’échapper au verdict final du jury de  fin de cycle – sanctionnant la défense d’un travail académique – par le système « alongi na ye ».

  Aujourd’hui, le quotidien de l’avenue Lukusa s’est décidé à creuser la question de la pléthore d’étudiants dans les auditoires des instituts et universités. Ces effectifs pléthoriques traduisent la volonté des gestionnaires des instituts et universités de dépasser volontairement les limites tracées par les autorités hiérarchiques sur base des capacités d’accueil.    Les différents contrôles faits par la tutelle sur le respect des effectifs d’étudiants à inscrire conformément aux prescrits des textes dévoilent souvent une grande différence de données entre les listes envoyées au ministère et le nombre réel d’étudiants inscrits. Une grande partie des effectifs pléthoriques ne sont jamais communiqué au ministère de tutelle ; alors que celui-ci utilise ces listes officielles pour calculer et percevoir sa quotité sur les frais académiques payés par les étudiants. La manœuvre est simple pour les autorités académiques des institutions à effectifs pléthoriques : détourner le surplus des frais payés pour couvrir leurs propres besoins et se couvrir mutuellement lors de divers contrôles.

Effectifs pléthoriques : un moyen des fabriquer des demi-lettrés. La modicité des frais de fonctionnement mis en cause

 Quelques autorités académiques reconnaissent qu’elles ne recrutent plus selon les places disponibles et ne respectent plus les effectifs prévus par les textes réglementaires. Elles justifient ce dépassement par la modicité des moyens financiers leurs alloués par l’Etat propriétaire pour fonctionner. Si elle respectent à la lettre les recommandations officielles, elles risquent de n’être pas en mesure d’honorer les primes des professeurs ; des professeurs visiteurs ;  les frais d’entretiens et de fonctionnement. Mais cette façon de recruter en masse les étudiants – sans plus tenir compte des pourcentages obtenus à l’Examen d’Etat ; parfois sans même un test sérieux – a des conséquences qu’on ne peut éluder. L’argent devenant l’objectif  principal à rechercher, l’enseignement est ravalé à l’arrière-plan. Celui qui possède l’argent – surtout s’il est un étudiant – mérite une attention particulière. Cette réalité est traduite par certains parvenus, commerçants ou diamantaires qui apostrophent constamment les intellectuels en leur disant que « Français eza nde mbongoo ? » (Est-ce le Français c’est l’argent ?). A partir de cet instant on peut comprendre que pendant longtemps l’Université congolaise ‘en crise’ a favorisé la résurgence de demi-lettrés, c’est-à-dire, des apprenants qui n’ont que des titres académiques, mais rien dans la tête. Et cela, parce qu’ils ont des avoirs sonnants et trébuchants. Qui peut s’étonner de voir plusieurs hommes politiques – sans parcours académiques connus – se vanter de posséder brusquement un titre universitaire.  L’Université congolaise est devenue un fourre-tout  aux antipodes de ce qu’elle devait demeurer : un baromètre de l’élitisme dans notre pays.

Cette situation est la même sur l’ensemble du territoire national : Kinshasa, Bas-Congo, Katanga, Kasaï Occidental, Kasaï Oriental, les deux Kivu et la Province Orientale etc. Ses conséquences sont catastrophiques sur l’enseignement. En effet, alors que dans la plupart des cas, les auditoires ont été construits pour 200 ou 300 étudiants au maximum, il est presqu’impossible de trouver aujourd’hui un auditoire qui possède moins de 500 étudiants dans les instituts et universités. Souvent, de la première année de graduat à la dernière année de licence, on retrouve 1000 à 2000 étudiants par promotion et par niveau d’études. Dans d’autres instituts, on a établi des vacations matin et après-midi. Alors que le niveau d’enseignement est au rabais, certains comités de gestion ont permis la fréquentation des promotions qui étudient les jours pairs et d’autres uniquement les jours impairs. Ce qui revient à dire qu’un étudiant ne pourra aller au  cours que deux à trois jours par  semaine. C’est vraiment ahurissant dans le contexte de notre pays.

Avec ce nombre de 1000 à 2000 étudiants par promotion, il se pose une simple question : au bas mot un professeur qui aurait 3000 copies d’interrogation pour les deux ou trois niveaux d’études auxquelles il convient d’ajouter à coup-sûr 3000 T.P. (travail pratique), comment saura-t-il les corriger ? Et encore cela est pour un seul cours. Les enseignants actuellement s’occupent de plusieurs cours dans plusieurs institutions universitaires publiques et privées. Ce qui multiplie d’autant les copies à corriger. Tout observateur sérieux devra reconnaître que la correction ne se fera jamais et que ce sont des points, des manques de points et des échecs fantaisistes qui seront collés aux pauvres apprenants. Cela n’est pas sérieux, d’autant plus que pour les frais académiques, ces établissements ne font aucune concession à leurs étudiants.

Des professeurs, chefs de travaux et assistants toujours absents au profit des cabinets politiques

 Des professeurs, des chefs de travaux ou des assistants, titulaires des cours sont constamment pointés absents, au profit des cabinets et émoluments politiques. Ils ont abandonné leurs cours entre les mains inexpertes des assistants ou des débutants qui en profitent aussi pour en rajouter. Et pourtant, ils font du boucan d’enfer lorsqu’il y a un moindre retard dans le payement de leurs salaires ou de leurs primes, prélevées sur les frais académiques payés par ces étudiants abandonnés à eux-mêmes. Parmi ces professeurs, très peu s’occupent encore correctement des structures officielles qui ont fait d’eux des professeurs. Ils se livrent davantage aux fameux extra muros. En plus, on déplore aussi qu’il y ait parmi eux des recteurs et directeurs généraux des institutions universitaires établies en provinces, alors que eux-mêmes résident en permanence ici dans la capitale et ne se déplacent pour l’intérieur que pour aller toucher les salaires et primes qu’ils ne méritent sûrement pas.

(A suivre)

SAKAZ

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