Les Congolais privés du «direct»

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Des millions de Congolais ont attendu en vain sur les écrans de leurs postes de télévision, durant tout l’après-midi d’hier mardi 23 novembre 2010, les images de la seconde audience du procès du sénateur et ancien vice-président de la République, Jean-Pierre Bemba. Celui-ci, rappelons-le, est poursuivi par la CPI (Cour Pénale Internationale) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, commis à Bangui par les soldats du MLC (Mouvement de Libération du Congo) entre octobre 2002 et mars 2003.

Pourtant, cette juridiction internationale leur avait promis, de longue date, la diffusion « en direct » de l’événement sur leur chaîne nationale de télévision. Le lundi, à l’ouverture, tout le monde pensait que la promesse était tenue. Aussi, avec le « raté » d’hier, nos compatriotes se perdent en conjectures. Ils aimeraient savoir pourquoi le « direct » n’a pas fonctionné à l’occasion de l’audition du « Témoin 38 ». Un problème technique aurait-il empêché la liaison entre Kinshasa et La Haye ? L’engagement pris par la CPI avec la RTNC aurait-il subi une entorse ?

            En attendant un éclairage sur ce qui a paru comme un « embargo » sur le procès Bemba, dont l’auteur reste à connaître, il convient de noter que l’intérêt de cette affaire réside avant tout dans le souci des Congolais, des Centrafricains et même des peuples de l’ensemble du continent de connaître la vérité sur ce qui s’était passé à Bangui entre octobre 2002 et mars 2003.

            Au-delà du désir de savoir si Jean-Pierre Bemba est effectivement coupable des faits mis à sa charge ou s’il est totalement hors cause, il faut retenir que la Cour Pénale Internationale joue là la carte de sa crédibilité. Chacun attend de cette juridiction internationale qu’elle fournisse la preuve de sa capacité de poursuivre, indistinctement, maintenant, aujourd’hui et demain, tous les présumés auteurs des crimes de guerre et crimes contre l’humanité, qu’ils appartiennent aux Etats d’Afrique ou à ceux du monde occidental.

            C’est l’occasion ou jamais pour elle de démontrer qu’elle ne s’acharne sur personne, qu’elle ne pratique pas une politique sélective dans la recherche de ses justiciables, et qu’elle ne condamne, le cas échéant, qu’après avoir réuni les preuves irréfutables de la culpabilité des présumés criminels ou donneurs d’ordres aux auteurs des crimes frappés du sceau de  l’imprescriptibilité.

            Aux quatre coins de la RDC particulièrement, on attend avec impatience le sort que la justice internationale pourrait réserver aux crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis des seigneurs de guerre sur le territoire congolais entre 1993 et 2003 et consignés dans le dernier « Mapping Report » du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’homme. Aujourd’hui, un grand battage médiatique est fait autour des victimes centrafricaines présumées avoir été violées, massacrées, pillées, torturées par les soldats du MLC. Mais des millions de Congolais avaient connu les mêmes violations de leurs droits pendant dix ans, avec la présence sur leurs terres d’une multitude de groupés armés et d’armées régulières venus se battre sur leurs terres. Les atrocités commises au Congo vont-elles rester impunies ?              

KIMP

 

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