Les Congolais de l’Est et du Nord inquiets : Concertations d’abord… la guerre après ?

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Zemanta Related Posts ThumbnailAnnoncées pour le mercredi 04 septembre 2013, pour une durée qui ne devrait pas dépasser quinze jours, les « Concertations nationales » interviennent au moment où la République Démocratique du Congo fait face à une double guerre. La première lui est imposée par le Rwanda au Nord-Kivu, à travers le M23, tandis que la seconde a pour animateur l’Ouganda, qui vient d’ouvrir un front à Mahagi, en Province Orientale. Pendant que des bruits des bottes rwandaises se font entendre dans la périphérie de Goma, ceux des bottes ougandaises résonnent déjà du côté d’Aru, Mambasa, Beni et Lubero.

A la lumière des dernières déclarations de Léon Kengo et Aubin Minaku, les deux co-animateurs du présidium des «Concertations nationales», celles-ci semblent avoir relégué au second plan toutes les urgences nationales. L’on constate une forte mobilisation des ressources humaines, logistiques et financières en vue de la totale réussite de ce forum. Toutes les dispositions sont prises pour le transport des participants de leurs milieux d’origine jusqu’à Kinshasa, puis de la capitale jusqu’à Lubumbashi pour le « groupe » appelé à travailler au chef-lieu du Katanga. Leur logement, restauration et perdiem sont également budgétisés.

A en croire des chiffres en circulation, l’organisation de ce mini-dialogue intercongolais d’un format de près de 700 participants va coûter au trésor public congolais plusieurs millions de dollars américains.

En temps normal, un tel sacrifice financier aurait été perçu comme le juste prix à payer par la Nation pour booster « cohésion nationale », la réconciliation nationale, la paix, la réforme institutionnelle, l’autorité de l’Etat, la bonne gouvernance, la justice distributive, le respect des droits humains, la réforme de l’armée, de la police et des services spéciaux, la décentralisation, etc. Bref, s’il n’y avait pas une situation sécuritaire particulièrement préoccupante dans les parties Nord et Est du pays, les Congolais ne devraient pas trop gesticuler autour de la facture très salée nécessitée par la construction d’un Congo nouveau.

Malheureusement, le pays a un problème qui exige des réponses immédiates pour le respect de sa souveraineté et de l’intangibilité de ses frontières, la crédibilité de son armée, la dignité et la sécurité de ses citoyens.

La guerre après ?

Si les besoins de défense du territoire national, dont plusieurs localités sont déjà sous le contrôle des armées ougandaise en Province Orientale et rwandaise au Nord-Kivu, ne jouissent pas du bénéfice de l’urgence, cela pourrait avoir pour effet d’accroître le doute chez nos compatriotes de l’Est et du Nord, qui risquent de se croire abandonnés par ceux qui devaient garantir leur protection ainsi que celle de leurs biens. Les récentes manifestations d’hostilité contre la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo), accusées d’inaction face aux exactions des rebelles du M23 sur des civils, devraient constituer aussi une interpellation pour Kinshasa.

Si les organisateurs des «Concertations nationales» persistent à les tenir pendant que des villes, des territoires et des villages de la Province Orientale et du Nord-Kivu sont en train de passer sous le contrôle des armées des pays voisins, il s’agirait là d’un très mauvais signal pour la « cohésion nationale ». Comment la RDC pourrait-elle se réconcilier avec ses fils et filles privés de liberté et rendus apatrides sur les terres de leurs ancêtres ?

Quels dividendes la Nation escompte-t-elle tirer des « Concertations nationales », si les résolutions de ce forum ne peuvent être « opposables » aux troupes ougandaises et rwandaises d’occupation ainsi qu’aux compatriotes pris en otage par ces dernières? Mettre une parenthèse autour de la guerre pour y revenir après le dialogue entre Congolais, n’est-ce pas là un gros risque pour les gouvernants congolais ? Le pays a-t-il les moyens de faire la guerre à deux armées qui pourraient profiter de la « distraction générale » pour consolider leurs positions à travers des « fronts » qui ont tendance à s’étirer sur près de 1.000 km ? Si cela ne dépendait que des Congolais de Goma, Rutshuru, Kiwanja, Bunagana, Lubero, Beni, Butembo, Mahagi, Aru et Mambassa, le choix de la priorité entre les « Concertations nationales » et la guerre n’appellerait même pas de débat.

                                                                 Kimp

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